Trottinettes à Bruxelles : les chiffres qui motivent l'interdiction

Le gouvernement bruxellois a décidé d'interdire les trottinettes électriques en libre-service à partir du 1er janvier 2027. Les chiffres révèlent une hausse préoccupante des accidents et des blessures graves.

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Trottinette électrique en libre-service/ Photographe : Jerome - stock.adobe.com

Le gouvernement bruxellois a décidé d’interdire les trottinettes électriques en libre-service à partir du 1er janvier 2027. Les chiffres révèlent une hausse préoccupante des accidents et des blessures graves.

Trottinette électrique en libre-service/ Photographe : Jerome – stock.adobe.com

A Bruxelles, l’histoire des trottinettes électriques partagées s’apparente à une saga politico-juridique, et ce moyen de transport de plus en plus populaire a beaucoup fait parler de lui cet été. Déployées de façon chaotique depuis fin 2018, les trottinettes partagées ont fait l’objet de régimes de plus en plus restrictifs ces dernières années. En juin, le gouvernement régional a décidé d’interdire les trottinettes partagées après l’expiration des licences de Bolt et Dott, au 1er janvier 2027. Quelques semaines plus tard, un arrêt du Conseil d’État a jeté la pagaille en suspendant l’ensemble des licences accordées aux opérateurs de vélos et de trottinettes en libre service dès le 1er septembre. Un régime transitoire a été adopté en urgence par le gouvernement bruxellois pour assurer la transition jusqu’à la fin de l’année. A partir de l’an prochain, seuls les vélos partagés pourront continuer d’être exploités. Les trottinettes, elles, devront disparaître.

Si ce débat crée autant de remous, c’est parce qu’au fil des années, la trottinette électrique a conquis le paysage urbain belge et s’est imposée comme un moyen de transport idéal pour se déplacer en ville. Mais derrière ses atouts, les accidents augmentent chaque année.

Le succès de la trottinette est paradoxal. Dans son dernier baromètre de la sécurité routière, l’Institut VIAS constate que plus les années défilent, plus le nombre d’accidents mortels augmente en Belgique. Jusqu’en 2024, pas plus de deux victimes n’étaient enregistrées dans les neuf premiers mois de l’année. En 2025, le bilan a triplé, avec sept morts sur la route. 

Si l’augmentation du nombre d’accidents de trottinettes est indéniable, la cause ne réside pas uniquement dans la démocratisation de ce mode de déplacement : “Certaines règles ne sont toujours pas respectées, notamment le fait de rouler à deux sur les trottinettes électriques (…), le fait que des enfants de moins de 16 ans continuent de rouler sur ces engins alors que c’est interdit ou bien le fait de continuer à rouler sur le trottoir. Tout ça ne joue pas dans le bon sens”, avance Benoît Godart, porte-parole de VIAS.

Camille Thiry, chargée de communication à Bruxelles Mobilité, abonde dans le même sens : “En matière de sécurité routière, la trottinette électrique reste un moyen de transport peu sécurisé. Avec leur centre de gravité bas, ces engins entraînent plus de chutes, souvent plus violentes.

Trottinette ou vélo : attention au mirage des chiffres

À première vue, les statistiques semblent sans appel : 5 697 accidents à vélo contre
1 849 à trottinette sur les 9 premiers mois de 2025
. Le vélo paraît donc plus dangereux. Mais à y regarder de plus près, cette conclusion est trompeuse.

Une fois rapportés au nombre d’usagers, les chiffres racontent une toute autre histoire. La Belgique compte environ vingt fois plus de cyclistes que d’utilisateurs de trottinettes. À proportion égale, les trottinettes électriques s’avèrent donc bien plus accidentogènes : pour un trottinettiste, le risque d’être impliqué dans un accident est 650 % supérieur à celui d’un cycliste.

Le bilan humain confirme cette fragilité. Sur les neuf premiers mois de 2025, Vias a recensé 25 décès à vélo et 7 à trottinette en Belgique. À nouveau, au delà des chiffres bruts, le ratio par utilisateur révèle une insécurité flagrante des trottinettes : 1 décès pour 21 400 pratiquants de trottinette, contre 1 décès pour 140 000 pratiquants de vélo (estimation basée sur des chiffres du SPF Mobilité et Transports).

Les utilisateurs de trottinettes sont non seulement plus souvent impliqués dans des accidents, mais ceux-ci sont aussi plus graves. La conception même de l’engin accroît la vulnérabilité des conducteurs, avance Camille Thiry. Résultat ? Lorsqu’un accident survient, la probabilité de blessures graves est deux fois plus élevée en trottinette qu’à vélo. De plus, six blessés sur dix pris en charge par les urgences après un accident de trottinette souffrent d’un traumatisme crânien, contre quatre sur dix chez les cyclistes. 

Au-delà des chiffres qui objectivent les accidents liés à l’usage des trottinettes, Benoît Godart insiste aussi sur plusieurs dispositions légales, toujours ignorées par la population. « En 2024, un accident sur dix à trottinette impliquait un jeune de moins de 16 ans. Cette étude de VIAS démontre aussi que la sensibilisation doit être renforcée. Quatre Belges sur dix ignorent toujours que l’âge minimum pour conduire une trottinette est de 16 ans, quand un Belge sur trois ignore qu’il est interdit de rouler à deux sur ce type de véhicule. » L’institut belge sur la sécurité routière estime que les parents doivent participer à cette sensibilisation et cette prévention. 

Bruxelles : épicentre de la micromobilité

Bruxelles domine largement le paysage de la micromobilité belge, loin devant la Wallonie et la Flandre. La trottinette électrique s’est imposée comme un moyen de déplacement populaire dans la capitale.


En Belgique, un tiers des accidents impliquant des trottinettes, avec des blessés, se produit à Bruxelles. Un chiffre qu’il faut interpréter avec précaution : la capitale compte à elle seule 15 000 trottinettes électriques, selon les derniers chiffres de Bruxelles Mobilité. Le service public nuance : “L’offre est considérable, et le nombre d’utilisateurs augmente de façon exponentielle. Il est donc logique que le nombre d’accidents progresse également”. En d’autres termes, si les chiffres absolus sont en hausse, ils doivent être relativisés au regard de l’usage croissant. Bruxelles concentrait d’ailleurs plus de la moitié des trottinettes partagées en Belgique en 2024.

Des mesures à la hauteur ?

Depuis le 1er juillet 2022, la législation belge a précisé certaines règles encadrant l’usage des trottinettes électriques. Outre l’âge minimum fixé à 16 ans et l’interdiction du transport de passagers, déjà citées, il faut noter que les usagers doivent emprunter les pistes cyclables ou la chaussée comme les cyclistes ou encore que la vitesse a été réglementée, limitant l’allure à 20 km/h maximum.

Ces mesures ont eu un effet immédiat sur la réduction du nombre de blessés à Bruxelles entre 2022 et 2024, selon les chiffres de Bruxelles Mobilité. En Wallonie, le nombre de blessés, après une légère diminution, a continué de croître jusqu’à dépasser le seuil atteint en 2022. C’est la raison pour laquelle VIAS plaide pour des mesures plus importantes : “À un moment ou un autre, il va certainement falloir plus de contrôles. Les mesures ne sont pas suffisantes, puisque le nombre d’accidents augmente”, commente Benoît Godart.


Avec la suppression des trottinettes partagées, l’utilisation des trottinettes va diminuer drastiquement, mais aussi et par conséquent, le nombre d’accidents dans la capitale.

Méthode : Notre base de travail se base sur des données fournies par VIAS, dans le baromètre de la sécurité routière, et par Bruxelles Mobilité. Nos données, ainsi que nos calculs sont consultables via notre tableur, disponible via ce lien.

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