Rentrée académique fantôme au Sud-Kivu

Les rebelles de l’AFC/M23 et le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) s’opposent sur l’organisation de la rentrée universitaire 

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©photographe souhaitant resté anonyme

Les rebelles de l’AFC/M23 et le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) s’opposent sur l’organisation de la rentrée universitaire 

©photographe souhaitant resté anonyme

Depuis juin 2025, les rebelles de l’AFC/M23 (actuel Front pour la Refondation de la Nation) ont nommé de nouveaux comités de gestion dans 11 universités et instituts supérieurs publics, auparavant désignés par Kinshasa. En réaction, le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a suspendu toute activité académique dans ces établissements.

Dans ces 11 établissements publics, les rebelles qui occupent Goma et Bukavu dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu annonçaient pourtant la rentrée académique pour le 15 octobre. L’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Bukavu est resté fermé, obéissant à Kinshasa. De leur côté, l’Université Officielle de Bukavu (UOB) et l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) ont ouvert leurs portes pour la rentrée conformément à la volonté des rebelles. Malgré l’ouverture, les cours n’ont repris que pour les étudiant·es de 1re année et en comité très restreint. «L’UOB n’a communiqué aucun horaire de reprise pour les autres promotions», notifie une étudiante en 2ᵉ année de baccalauréat. 

De l’autre côté, le gouvernement de Kinshasa prévoit sa rentrée académique le 26 octobre sur l’ensemble du territoire congolais. Au vu de la suspension des activités académiques, l’effectivité de cette rentrée demeure incertaine au sein des 11 établissements concernés à Goma et Bukavu.

«La rébellion place nos étudiant·es qui sont dans ces territoires face au  risque que leur diplôme ne puisse jamais être reconnu, ni sur le plan national, ni sur le plan international», exprime M. Ilosyo Imonano, secrétaire général de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovation (ESURSI).

Les étudiant·es et les membres du personnel universitaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu se retrouvent pris·es entre deux autorités aux décisions contradictoires. Le gouvernement congolais conteste la légitimité des nominations effectuées par l’AFC/M23 à la tête de plusieurs établissements publics à Goma et à Bukavu. En parallèle, le ministère de l’ESURSI a ordonné la suspension du paiement des rémunérations de certains membres du personnel accusés d’avoir rejoint le mouvement rebelle, de lui avoir prêté allégeance ou d’avoir accepté d’exercer des fonctions sous son autorité.

Une rentrée peu fréquentée

Cette rentrée académique organisée par les rebelles a été très peu couverte et commentée dans les médias locaux. Elle a aussi connu une faible affluence d’étudiant·es. «Au vu des images qui circulaient le jour de la cérémonie (…), il n’y avait pas 100 étudiant·es», affirme un assistant d’université. «C’est plus de 30 000 étudiant·es qui sont aujourd’hui coincé·es et qui ne savent pas quoi faire», précise-t-il. 

Parmi le personnel académique contacté, peu de personnes acceptent de témoigner, par peur des représailles. Selon des sources sur place, des professeurs réfractaires à enseigner seraient en danger de mort. Une partie d’entre eux aurait déjà pris la fuite. Nous ne sommes cependant pas en mesure de vérifier ces informations.

Partir n’est pas simple

Le gouvernement affirme soutenir les étudiant·es en exhortant les établissements supérieurs des autres provinces à faciliter leur intégration. Par ailleurs, l’Université de Kisangani (UNIKIS) a accueilli 157 étudiant·es en médecine originaires de Goma et de Bukavu. Plusieurs d’entre eux avaient déjà payé leurs frais académiques dans leurs universités d’origine et dès lors, sollicitent un allègement des charges liées à leur intégration. 

Beaucoup de mes camarades dans ma faculté ont décidé de quitter l’établissement et d’arrêter leurs études.

Dans un communiqué publié le 17 octobre, la cellule de communication de l’ESURSI précise pourtant qu’il est interdit de faire payer une seconde fois les frais académiques pour une même période. Mais dans les faits, il y a des difficultés sur ce point. Le ministère reconnaît que la voie administrative ne suffit pas à résoudre toutes les difficultés. 

Autre obstacle : les programmes diffèrent entre établissements, ce qui pose des problèmes d’équivalence entre les cours. Les conditions d’admission ne sont pas non plus identiques entre les universités. L’examen du dossier académique et l’autorisation d’accès posent donc problème. 

«Beaucoup de mes camarades dans ma faculté ont décidé de quitter l’établissement et d’arrêter leurs études. Ils choisissent d’entrer directement dans la vie active. Ils espèrent que la situation se stabilise un jour pour avoir l’occasion de reprendre et d’achever leur formation», déplore un étudiant de l’ISP-Bukavu faculté d’informatique et gestion.

«L’éducation ne doit pas devenir une arme de guerre»

Le 10 octobre 2026, l’archevêque métropolitain de Bukavu, Mgr François-Xavier Maroy Rusengo, a adressé une lettre ouverte à l’AFC/M23 et au ministère de l’ ESURSI intitulée Remets ton épée au fourreau. Il appelle les parties à ne pas utiliser l’éducation et les services sociaux comme des armes de guerre ou des instruments de règlement de comptes.

La Représentation nationale des étudiants du Congo (RNEC) a, elle aussi,  réagi à la situation dans un communiqué publié sur Facebook. Le collectif exprime son indignation face à l’occupation des deux provinces et dénonce ses conséquences sur le parcours académique des étudiant·es. Il appelle le gouvernement et le ministère de l’ESURSI à accorder une attention particulière à leur situation, notamment en facilitant le transport, l’hébergement et l’accès aux biens et services essentiels pour les étudiant·es contraints de se relocaliser.

À Goma comme à Bukavu, les amphithéâtres sont devenus le reflet des fractures qui traversent l’est de la RDC. Beaucoup de jeunes doivent mettre leurs projets d’avenir en pause à cause des décisions de l’administration et d’une guerre entre deux autorités rivales. Tant qu’aucune solution consensuelle n’émerge, des milliers de jeunes risquent de payer le prix d’une guerre qui s’invite désormais jusque dans les universités.

Nord-Kivu et Sud-Kivu dans la République démocratique du Congo

Nord-Kivu et Sud-Kivu
Autres provinces
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ISP Goma et ISAM : localisation précise introuvable, non représentés
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Auteurs: Vanessa Simbaña, Nathan Carrette, Espérance Furaha et Anaïs Escudero

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