Post-partum sous covid

Après l'accouchement, les mamans sont nombreuses à passer par un baby blues, voire une dépression post-partum. Les hormones, le stress et la fatigue peuvent former un cocktail explosif. L'anxiété liée à la pandémie et au confinement n'aide en rien.

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Crédits Photos : CC Sam Moqadam on Unsplash

Après l’accouchement, les mamans sont nombreuses à passer par un baby blues, voire une dépression post-partum. Les hormones, le stress et la fatigue peuvent former un cocktail explosif. L’anxiété liée à la pandémie et au confinement n’aide en rien.

Crédits Photos : CC Sam Moqadam on Unsplash

On le sait, la période postnatale est délicate. Surtout en ce moment. Les jeunes mamans ont été particulièrement touchées par l’épidémie et par le confinement : “On dénombre beaucoup plus de dépressions post-partum actuellement. C’est un phénomène assez courant, a fortiori avec la pandémie”, explique Dr. Sandra Tassart, gynécologue et obstétricienne au CHwapi de Tournai. En effet, les mamans ne sont plus accompagnées par leur partenaire lors des consultations pendant la grossesse et ont moins de contacts sociaux avec le monde de manière générale. Elles sont fragilisées et peuvent plus facilement sombrer dans la dépression.

La grossesse en confinement était déjà pénible car je ne pouvais pas voir ma famille, mais l’accouchement a été le pire jour de ma vie

Elena

À cause des mesures restrictives, Johanna aussi a dû accoucher seule, sans le soutien de son mari : “La grossesse en confinement était déjà pénible car je ne pouvais pas voir ma famille, mais l’accouchement a été le pire jour de ma vie. Au lieu d’être un jour de fête, j’étais dans un grand état de stress. Totalement déconnectée de moi-même.”

Ludivine a commencé à souffrir de dépression post-partum durant la crise sanitaire. Elle estime elle aussi que le covid et l’isolement sont la cause de son trouble : “Je me sentais hyper angoissée, je ne profitais de rien. Mes parents n’ont pas pu voir mon fils, alors que j’avais besoin d’eux près de moi. C’était assez dur à supporter. Mon état mental était entre l’angoisse d’attraper le virus et la frustration.”

Le covid empêche de vivre sa grossesse sereinement

Elena se trouve dans un moment charnière de sa vie, elle est au dernier mois de sa grossesse: “J’ai peur parce que je vis dans l’insécurité“. Pour toutes les visites chez le gynécologue, elle doit se présenter seule. Elle n’a pu partager ce moment avec son mari qu’une seule fois. “C’est comme si le temps passait mais sans moi. Le Covid nous a volé l’insouciance de la grossesse.”

Au delà de la période post-partum, le confinement a aussi eu un impact sur les grossesses. Louise était à 4 mois de grossesse quand le confinement a frappé : “J’étais dans un état d’âme très sombre et morbide. J’avais peur que mon bébé s’imprègne de mon état psychologique et en souffre”.

Dépression post-partum et baby blues racontés par les mamans 

Malika, que nous entendons aux côtés de Bouchra dans le témoignage sonore ci-dessous, a passé toute sa grossesse seule : “J’ai accouché en janvier, toute seule. Mon mari était à l’étranger. Et, en mars, le délire de la pandémie a commencé“. Elle sera diagnostiquée comme dépressive. quelques semaines plus tard. “C’est cent fois plus difficile de rester confiné à la maison sans pouvoir sortir et rencontrer des gens. C’était vraiment frustrant et d’autant plus déprimant avec un bébé qui est en train de grandir“.

En temps normal, la dépression post-partum peut toucher 15 à 20% des nouvelles mamans. En revanche, 80% d’entre-elles peuvent avoir un “Baby Blues”, une forme moins sévère, pendant quelques jours après l’accouchement.

J’étais contente d’être maman, mais incapable d’assumer ce rôle.

Alicia

Alicia a été frappée par le baby blues : “Pendant le baby blues, j’avais toujours peur. Je me demandais si je serais une bonne maman. J’étais contente d’être maman mais incapable d’assumer le rôle. C’est comme vivre dans une bulle”. Heureusement, elle a pu compter sur le soutien de son conjoint pour s’en sortir : “Je remercie mon mari qui m’a vraiment aidé. Il me rassurait, me répétait chaque jour que j’étais une bonne mère, la meilleure. Petit à petit j’ai commencé à y croire aussi.” 

Le baby blues est une forme légère de dépression. Généralement les symptômes sont transitoires et s’estompent généralement d’eux-mêmes, sans aucune intervention. Le syndrome des premiers jours (ou baby blues) est causé par une chute des hormones mais aussi par le stress et la fatigue. Il provoque irritabilité, anxiété et sautes d’humeur.

Si les hormones jouent, le profil de la maman est aussi très important : celles qui sont anxieuses, dépressives ou seules seront plus à risque de développer une dépression post-partum.” Malheureusement, les professionnels de la santé ne peuvent pas toujours voir le phénomène avant qu’il ne soit trop tard : “Certains patients vont très bien pendant la grossesse mais font tout de même une dépression post-partum“. Plus généralement, on parle aussi de dépression postnatale pour tous les types de psychoses qui peuvent survenir autour de l’accouchement.

La dépression est plus rare, mais elle est aussi plus grave. Elle se peut manifester à tout moment pendant l’année suivant l’accouchement. Comme pour toutes les dépressions, il n’existe pas de cause unique, mais ça marche plutôt d’une combinaison de facteurs qui peuvent tous jouer un rôle dans son déclenchement. Elle peut mettre en péril la vie de la mère. Le taux de suicide chez les femmes est 70 fois plus élevé dans l’année qui suit l’accouchement. 

Sophie souffre de dépression post-partum depuis deux ans. Avec une voix tremblante elle raconte sa dépression : “C’est comme vivre dans un tunnel sans sortie. Perpétuellement terrifiée, immobile, incapable de bouger ou de réagir. Parfois, j’ai pensé au suicide. Je n’ai jamais eu le courage de mettre fin à ma vie. Mais j’y ai pensé plusieurs fois. J’ai le sentiment que je ne peux donner à ma fille tout ce dont elle a besoin.” Sophie est prise en charge par une psychiatre et une psychologue: “Le chemin est encore long, il faut avancer à petits pas“.

La plupart des femmes interrogées ont évoqué un sentiment similaire : à l’aide d’un professionnel de la santé, parfois d’un conjoint ou parfois seules, elles avancent, à leur rythme. Prendre le temps, pour emprunter le chemin de la guérison.

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