« L’occupation temporaire n’est pas une solution magique »

A l'occasion de la réouverture du Tri Postal le 22 novembre dernier, nous avons rencontré Maria Krislova (Fébul) pour l'interroger sur l’occupation des logements vides à Bruxelles.

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Photos : Renaud Verstraete

A l’occasion de la réouverture du Tri Postal le 22 novembre dernier, nous avons rencontré Maria Krislova (Fébul) pour l’interroger sur l’occupation des logements vides à Bruxelles.

Photos : Renaud Verstraete

Maria Krislova travaille au sein de l’agence occupation de la Fédération Bruxelloise de l’Union pour le Logement (Fébul). Elle y développe des projets d’occupation temporaire dans les logements vides.

Comment définir l’occupation temporaire ? 

Il s’agit d’aménager une période de transition dans un bâtiment inoccupé afin de créer du logement ou d’y installer des activités. Il faut distinguer deux types d’occupation. À la Fébul, nous travaillons sur de l’occupation conventionnée. C’est-à-dire que l’occupation est régie par des accords et est encadrée de manière légale. Il existe aussi des formes d’occupation plus spontanées. Certains collectifs et propriétaires ne souhaitent pas forcément encadrer leur occupation temporaire. 

La Ville de Bruxelles comporte de nombreux bâtiments vides. Quels peuvent être les causes de l’inoccupation immobilière ? 

Ce n’est pas toujours un manque de volonté ou un certain immobilisme de la part des propriétaires. Il y a des propriétaires qui n’arrivent pas à rénover, qui veulent vendre et n’arrivent pas à concrétiser un projet final. La spéculation financière peut aussi être mise en cause. Enfin, la lenteur des travaux de rénovation peut également justifier l’inoccupation d’un bien pendant quelques années. 

Les autorités sont-elles armées pour lutter contre ces inoccupations ? 

S’il existe effectivement des sanctions, elles ne semblent toutefois pas vraiment efficaces. Elles ne sont pas systématiques et sont morcelées entre les différents niveaux de pouvoir. Il arrive aussi que des propriétaires préfèrent être sanctionnés plutôt que de résoudre leur problème d’inoccupation. Au niveau de la Région, il existe une équipe qui cherche à négocier avec les propriétaires pour trouver des solutions. Les sanctions ne sont jamais une finalité en soi. Les amendes ne sont utilisées qu’en dernier recours. La difficulté réside aussi dans le fait que personne n’est vraiment irréprochable. Il y a beaucoup d’acteurs publics qui ont eux-mêmes des bâtiments inoccupés. C’est donc assez délicat d’aller saisir des édifices inoccupés alors que des bâtiments publics connaissent le même problème. 

A Bruxelles, quelques ASBL comme Communa organisent des projets d’occupation temporaire.
Photo : Renaud Verstraete

L’occupation temporaire peut-elle être considérée comme une réponse à l’inoccupation ? 

Il est important de garder en tête que les projets d’occupation temporaire ne sont que des alternatives. L’occupation temporaire n’est pas une solution magique. Notre mission n’est pas de résoudre la crise du logement. Des solutions réelles à cette crise doivent être envisagées par les autorités publiques. Il faut rénover les logements et les mettre à disposition dans le circuit immobilier classique et éviter la spéculation. Cela prend du temps. 

Quels sont les avantages du propriétaire à faire occuper son bâtiment ? 

Il y en a beaucoup. Il peut ainsi se soustraire aux sanctions d’inoccupation, même si cela ne devrait pas être leur motivation première. Sur le plan matériel, cela évite la dégradation du bien. Le bâtiment occupé est entretenu, chauffé et assuré. Cela permet donc d’éviter les sinistres et les conflits avec le voisinage et les citoyens qui voient un bâtiment tomber en ruines. Cela permet au bien de ne pas perdre de sa valeur immobilière. 

Maria Krislova, conseillère juridique à la Fébul.
Photo : Renaud Verstraete

L’occupation temporaire est-elle une initiative assez encouragée par les autorités ? 

Non, nous ne sommes pas assez soutenus. On remarque un intérêt grandissant pour ce type d’initiatives. Par exemple, nous bénéficions de subsides publics. Il existe donc des subventions. Cependant, ces aides ne sont pas suffisantes lorsque l’on considère le travail que nous devons mener sur le terrain. 

Les associations qui font de l’occupation temporaire à finalité sociale se retrouvent désormais en concurrence avec entreprises à but lucratif. Est-ce le rôle des autorités publiques de protéger les ASBL ? 

Au-delà du soutien direct par le financement, nous attendons des autorités publiques qu’elles privilégient les partenariats avec les acteurs du milieu associatif. Dans le secteur privé, des particuliers peuvent faire appel à des entreprises privées. C’est aussi la liberté contractuelle. Mais nous considérons qu’à partir du moment où il s’agit du service public, il faut favoriser des projets à finalité sociale et associative.  

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