L'accès aux crèches, un levier contre la précarité infantile

Alors que la Convention internationale des droits de l’enfant souffle ses 30 bougies, les conséquences de pauvreté infantile s'aggravent en Belgique. Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, appelle à un droit universel à la crèche et à l'individuation des droits.

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Alors que la Convention internationale des droits de l’enfant souffle ses 30 bougies, les conséquences de pauvreté infantile s’aggravent en Belgique. Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant, appelle à un droit universel à la crèche et à l’individuation des droits.

Vous êtes au poste de délégué général aux droits de l’enfant en Belgique francophone depuis 2008. Constatez-vous une amélioration dans la lutte contre la pauvreté infantile ?

J’ai rédigé un rapport il y a dix ans, et un nouveau rapport sort aujourd’hui. La situation est clairement pire. Celui qui oserait me dire que les plans sur la pauvreté ont servi à quelque chose, il devra me le démontrer ! En tout cas, en termes de pauvreté infantile, c’est pire. Il y a dix ans, je disais déjà qu’il fallait insister sur l’accueil de la petite enfance et sur la gratuité scolaire. Nous avons été écoutés, mais à la vitesse où cela va, nous craignons de ne pas voir d’amélioration dans les prochaines années.

Tous les spécialistes de la petite enfance le disent : les 1000 premiers jours sont sacrés pour le développement de l’enfant. Or, seul un enfant sur trois a une place en crèche en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce manque de places d’accueil défavorise-t-il encore plus ces mamans et ces enfants précarisés ?

Une crèche aujourd’hui, c’est devenu indispensable. D’autant plus que les mères seules qui élèvent leurs enfants 24h sur 24 n’ont souvent pas le temps ni l’énergie de jouer avec leur enfant. Confier son enfant, c’est un vrai apprentissage. Il faut commencer tôt, parce qu’après il va toujours falloir le confier. Il faut le confier à quelqu’un ou à un endroit où on va solliciter le meilleur de lui-même, le faire jouer.

Bernard De Vos devant un photomontage réalisé par des photographes belges. Capturés à des moments différents dans les quatre coins du monde, ces 37 groupes d’enfants ont tous bénéficié d’une formation sur les droits de l’enfant.

Du temps où j’étais gamin : la crèche était un lieu de garde pour que les parents puissent travailler et la principale préoccupation était alors l’hygiène. Aujourd’hui, la crèche est beaucoup plus que ça. On y apprend à jouer et à vivre en collectivité. En terme d’inclusion, le bébé est baigné dans le bain linguistique dans lequel il sera instruit à l’école. Il faut investir dans ces 1000 premiers jours ! C’est lors de cette période que se forme la stabilité émotionnelle et affective et où les premiers apprentissages cognitifs se font. C’est là que tout se dessine pour l’avenir d’un jeune. Dans les rapports scolaires, les enfants qui ne sont pas allés à la crèche ont des résultats moins bons dès leurs premières années en primaire.

A l’étranger, des pays dans la même situation que nous s’organisent pour faire en sorte que les enfants subissent moins les conséquences de la précarité. Notamment en organisant un accueil de la petite enfance de qualité. Au Danemark, la crèche est devenue obligatoire pour favoriser l’intégration des plus précaires.

L’accès aux loisirs et à la culture est souvent inaccessible pour ces familles en situation de pauvreté en raison des coûts de ces activités. Un aspect trop souvent mis de côté, selon vous ?

C’est en effet très important. Lors de conférences citoyennes, j’ai rencontré des familles un peu partout cet été. Près de Charleroi, des gens me racontaient qu’ils étaient très contents parce qu’une association du coin avait pu organiser des excursions avec leurs enfants. Soit deux jours sur les deux mois… Voilà toutes les vacances que les enfants ont eues. Le reste du temps, ils étaient chez eux, à jouer sur la Playstation ou à regarder la TV, qui est souvent le seul investissement des familles. La TV, c’est la babysitter, mais aussi l’accès à la culture, au sport, à l’information.

En discutant avec toutes ces familles, j’ai réalisé que le 1er juillet, c’est le début de la fin pour elles. Pas un balle pour mettre ton enfant en stage, pas un balle pour aller manger sur une terrasse, pour un week-end à la mer. Elles n’ont rien et doivent attendre la rentrée.

Extrait du rapport pauvreté 2009-19 du délégué général aux droits de l’enfant. Bernard De Vos, 2019, p. 12

Selon les chiffres de la Fondation Roi Baudoin, 29% des enfants bruxellois sont en état de déprivation. Un niveau identique à des pays comme la Lituanie ou L’Espagne. Quelles sont les solutions face à ce constat préoccupant ?

L’aide matérielle est indispensable pour les familles touchées par la pauvreté. Les Pampers coûtent la peau du cul – c’est le cas de le dire -, idem pour l’alimentation spéciale pour certains enfants allergiques et le lait en poudre. La précarité financière est un vrai souci. Pour la combler, il ne faut pas chipoter. Les minimas sociaux doivent être relevés. L’objectif est d’aller vers l’individuation des droits et d’oublier le principe de cohabitation légale. Un couple cohabitant voit trop souvent ses minimas sociaux réduits. Cette situation devient surréaliste car elle ajoute des obstacles à ceux qui sont déjà handicapés par la pauvreté.

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