La star du quartier

Il y a, dans le centre de Bruxelles, un petit garçon qui fait pipi 24 heures sur 24. Au moins 130 jours par an, Nicolas prend soin de l’habiller. Ensemble, ils sont les stars du quartier.

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Armelle Delmelle CC BY NC SA

Il y a, dans le centre de Bruxelles, un petit garçon qui fait pipi 24 heures sur 24. Au moins 130 jours par an, Nicolas prend soin de l’habiller. Ensemble, ils sont les stars du quartier.

Armelle Delmelle CC BY NC SA

Dès les premiers mots échangés, on sent que Nicolas Edelman respire la bonne humeur. « Je suis la star du quartier ! Enfin non, c’est Manneken Pis la star, mais je n’en suis jamais bien loin. » Il est le treizième habilleur officiel de Manneken Pis.

La fontaine au petit garçon est une attraction immanquable pour les touristes, mais quand on vit dans le quartier, on a tendance à passer devant sans s’arrêter. Il fait partie du paysage. Presque un jour sur trois, il est habillé de costumes représentant l’une des centaines d’associations, et même de nations, qui ont souhaité lui rendre hommage. Le Manneken a beau être un petit garçon plusieurs fois centenaire, il ne sait toujours pas s’habiller tout seul. Et c’est là qu’entre en scène la seconde star du quartier, Nicolas.

Nicolas doit monter sur une échelle dans l'eau pour atteindre la statue
Nicolas doit monter sur une échelle dans l’eau pour atteindre la statue.
Armelle Delmelle CC BY NC SA

Ce poste d’habilleur officiel, il l’a obtenu en 2014. Il était alors le seul à se proposer pour reprendre le flambeau. « Il y avait d’autres personnes intéressées dans le département de la culture, mais ils ont abandonné quand ils se sont rendu compte qu’il faut se lever et venir travailler les dimanches et jours fériés aussi. Avant, j’organisais tout et c’est l’habilleur qui était sur les photos et avait la reconnaissance. Aujourd’hui, je gère tout le processus et je peux enfin profiter de la reconnaissance de mon travail. »

Nicolas habille Manneken de son 1053ème costume.
Nicolas habille Manneken de son 1053ème costume.
Armelle Delmelle CC BY NC SA

Plus qu’un simple job

« Il fait son travail avec passion », confie Edmond Vandenhaute, le président de l’Ordre des Amis de Manneken Pis. Cela se confirme jusque dans sa façon d’en parler. « Avant de travailler pour Manneken Pis, je n’étais jamais allé voir sa Garde-Robe. Avec le travail est venue la passion. » Cependant il tient à conserver une frontière entre son travail d’un côté et sa vie privée de l’autre, à l’inverse de Jacques Stroobants (habilleur de 1975 à 2005) dont la maison aurait été un véritable musée à l’effigie de Manneken.

Nicolas dans la garde-robe de Manneken Pis.
Nicolas dans la garde-robe de Manneken Pis.
Armelle Delmelle ©Musée de la Ville de Bruxelles

Le premier costume que tu as enfilé à Manneken Pis ? La camisole du festival du rire de Namur, quand j’étais habilleur adjoint.

Ton costume préféré ? Saint Nicolas bien sûr ! Et celui des Diables Rouges.

Qui pourrait jouer ton rôle dans un biopic sur ta vie ? François Damiens ou Kody, pour leur sens de l’humour.

Petit, tu voulais êtreArchitecte, mais j’ai abandonné à cause de la masse d’études. J’ai finalement fait l’hôtellerie, mais les sacrifices demandés m’ont fait me réorienter vers la culture.

Une rencontre marquante ? Sans hésitation, ma compagne avec laquelle nous attendons un petit garçon. Mais j’ai aussi fait beaucoup de belles rencontres autour de Manneken Pis. Notamment Jean-Paul Gauthier en 2015, qui était soulagé de voir qu’il ne devrait pas monter sur la fontaine lui-même !

Employé au service de la culture, Nicolas s’occupe également des évènements publics et de tout ce qui touche au folklore qui lui manque en cette période de Covid. Il le répète au moment d’enfiler le 1053ème costume à la statue, offert le matin même par l’Ambassadeur de la République Tchèque. « Normalement il y a une fanfare, de la musique et du monde, aujourd’hui, il n’y a pas grand monde. »

L'échevine de la culture et l'ambassadeur de la République Tchèque présentent le 1053ème costume de Manneken Pis
L’échevine de la culture et l’ambassadeur de la République Tchèque présentent le 1053ème costume de Manneken Pis. Armelle Delmelle ©Musées de la Ville de Bruxelles – Hôtel de Ville

Alors que l’échevine de la culture, le vice-président de l’Ordre des Amis de Manneken Pis et l’Ambassadeur restent devant la grille pour s’adresser aux passants, journalistes et sympathisants, lui reste caché à l’arrière. Et quand tous reprennent en chœur le refrain de la chanson de Maurice Chevalier, il se fait un plaisir d’arroser celui qui aura osé se mettre en face du jet.

Une garde-robe bien remplie

Nicolas s'apprête à déshabiller Manneken.
Nicolas s’apprête à déshabiller Manneken.
Armelle Delmelle CC BY NC SA

En fin de journée, retirer le costume prend moins de temps que de l’enfiler. Une fois remballé soigneusement dans sa boite, Nicolas l’emmène au musée de la Garde-robe de Manneken Pis. “Ici, il y a environ 150 costumes exposés”. Là-bas, il retrouve deux de ses collègues dont l’habilleur adjoint, Gianni. Il termine sa journée en discutant avec lui du costume qu’il lui ramène et du prochain qu’il sortira de ses tiroirs, dans quelques jours.  “Sur les 130 habillages par an en moyenne, seuls 70% sont des costumes qui ressortent régulièrement. Il y a donc des costumes que je ne verrai jamais ! »

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