La fragile existence des pollinisateurs

Les pollinisateurs sauvages, tels que les abeilles, les papillons ou encore les syrphes, sont des acteurs discrets mais essentiels au sein de notre écosystème.

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Image hero : DepositPhotos (541383028), image de mise en avant : IStock (693699628)

Les pollinisateurs sauvages, tels que les abeilles, les papillons ou encore les syrphes, sont des acteurs discrets mais essentiels au sein de notre écosystème.

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Les pollinisateurs sauvages contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire et donc, à notre survie. En pollinisant des plantes, ces insectes permettent ainsi la production de fruits, de légumes ainsi que d’autres cultures alimentaires. Le problème ? Nombre d’entre eux disparaissent ces dernières années.

En Europe, une espèce d’abeille, de papillons et de syrphe sur trois voit sa population diminuer, alors que jusqu’à 90% des plantes à l’échelle mondiale dépendent de la pollinisation, explique Nicolas Vereecken, professeur d’agroécologie à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Cette disparition progressive des pollinisateurs menace grandement l’équilibre de nos écosystèmes. La pollinisation permet non seulement aux plantes de se reproduire, mais aussi de survivre, de se diversifier, de générer de la diversité qui leur permet de résister aux chocs environnementaux. Cette pollinisation est donc essentielle à leur survie, mais également à la nôtre.

Sans elle, toute une série de nos cultures agricoles viendrait à disparaître (fruits, légumes et céréales notamment). L’impact économique des pollinisateurs n’est pas négligeable non plus : la production agricole annuelle de l’Union européenne attribuée directement aux insectes pollinisateurs s’élève à 15 milliards d’euros. Pour la Belgique seule, ce montant atteint les 251 millions d’euros. Or, le taux des cultures destinées à l’alimentation humaine qui sont menacées par la disparition des pollinisateurs (« taux de vulnérabilité ») est d’environ 11,1% à l’échelle nationale belge. Il varie entre 0% dans Bruxelles-Capitale et 41,1% dans le Limbourg, selon une étude menée conjointement par des chercheurs de l’Université de Liège, l’Université de Mons et le Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier.

Tandis que les scientifiques et les spécialistes alertent depuis des années sur ce déclin, des citoyens se sont également emparés de l’affaire à travers une initiative citoyenne européenne. Il s’agit d’un mécanisme démocratique permettant aux citoyens de l’Union européenne de proposer des changements législatifs en soumettant une proposition à la Commission européenne, à condition d’avoir récolté 1 million de signatures au préalable. L’initiative « Sauvons les abeilles et les agriculteurs » a été portée par 1,1 million de personnes dans l’Union européenne entre 2019 et 2021. Elles appellent la Commission à travailler sur une transition vers une agriculture respectueuse des abeilles, soulignant ainsi l’interdépendance cruciale entre la santé des pollinisateurs et celle de notre société.

En 2018 déjà, la Commission européenne avait apporté une première réponse à cette crise en adoptant le tout premier cadre de l’Union pour endiguer le déclin des pollinisateurs sauvages. Sans réel succès sur le terrain, comme le soulignait la Commission elle-même, trois ans plus tard, pointant l’insuffisance des mécanismes de surveillance des pollinisateurs et de gouvernance de la part des États membres. Un nouveau pas est réalisé en juin 2022 avec une proposition de règlement européen sur la restauration de la nature. Cette fois-ci, il s’agit d’empêcher la disparition des populations de pollinisateurs d’ici 2030 et d’augmenter leur présence dans les années qui suivent. La différence avec la première initiative de 2018 et que le règlement est contraignant pour tous les États membres de l’Union européenne. Ils ont l’obligation de l’appliquer. En janvier 2023, la Commission lance finalement un nouveau pacte en faveur des pollinisateurs, dans le cadre du pacte vert. Toujours d’ici 2030, trois objectifs principaux sont à atteindre.

On vous les explique en vidéo !

Dans une résolution d’actualité votée le 23 novembre dernier, le Parlement européen salue l’initiative mais demande à la Commission et aux États membres d’allouer plus de moyens et d’agir plus vite. Nicolas Vereecken, quant à lui, n’est pas convaincu de l’efficacité de ce pacte européen. Le problème, selon lui, vient du fait que nous ne connaissons que très mal nos insectes. Ces 20 à 30 dernières années, il n’y a pas eu suffisamment d’études de terrain effectuées et sans ces mesures, on ne peut pas avoir un suivi scientifique correct. Par exemple, dans l’une de ses récentes études, il a retrouvé 21 nouvelles espèces d’abeilles en Belgique, qui étaient pourtant annoncées comme disparues !

À titre de comparaison, le projet BELBEES a dressé, en 2019, la liste rouge des abeilles de Belgique. Les chercheurs ont conclu que plus de la moitié des espèces d’abeilles de notre pays est menacée d’extinction, que 12% a déjà disparu de notre territoire et que 7% est en passe d’être menacée. Le projet corrobore également le propos de Nicolas Vereecken en mettant en lumière le manque de connaissances pour l’évaluation de certaines espèces. Effectivement, les données sont insuffisantes pour plus de 9% des espèces.

Pour mieux comprendre les enjeux locaux liés au déclin des pollinisateurs et les efforts nécessaires pour y remédier, nous nous sommes rendues chez un apiculteur passionné de la Région bruxelloise, Eric Godderie. Retrouvez son témoignage en vidéo.

En sachant tout cela, que peut-on faire pour améliorer l’état de la biodiversité ? Créer des bandes fleuries ? Végétaliser les toits ? L’agronome de l’ULB est affirmatif : ce sont des mesurettes. Idéalement, il faudrait pouvoir rediviser les parcelles agricoles et rediversifier les cultures au sein de celles-ci. Des études ont ainsi prouvé que rendre nos paysages à nouveau hétérogènes permettait de faire remonter la biodiversité de façon spectaculaire. Selon lui, il faut aussi réformer le modèle conventionnel de l’agriculture. C’est tout le système, avec ses variétés à haut rendement, sa forte mécanisation, sa dépendance au pétrole et sa grande utilisation des produits chimiques qu’il faut changer. Se battre uniquement contre une des composantes du système ne permet pas de faire évoluer les pratiques.

Au-delà de ces stratégies européennes, nationales ou encore régionales, l’association de défense de l’environnement, Natagora, recommande toute de même diverses actions à destination des particuliers. Elle conseille de conserver des espaces pentus, non cultivés avec une végétation éparse, de créer des zones de pelouses non coupées en rotation, afin de ne pas couper les vivres des pollinisateurs d’un seul coup. Il est également utile de prévoir un tas de terre ou de sable, de laisser les plantes à tiges creuses ou tendres dans un coin de son jardin, de créer un tas avec des bois morts et autres tiges séchées. Enfin, il est conseillé de laisser sur pied un tronc d’arbre mort, de garder des feuilles mortes sur une parcelle en hiver pour créer un refuge ainsi que de privilégier des haies champêtres. Toutes ces actions peuvent avoir un impact sur la diversité urbaine et par conséquent, soutenir les pollinisateurs.

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