"L'hôpital n'est pas un lieu de vie pour des enfants"

Faute de places en maison d’accueil, des mineurs sont confiés à l’hôpital, parfois pendant des mois. On les appelle "enfants parqués".

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Photo : Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

Faute de places en maison d’accueil, des mineurs sont confiés à l’hôpital, parfois pendant des mois. On les appelle “enfants parqués”.

Photo : Marie-Flore Pirmez (CC BY NC ND)

En décembre 2016, la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant (CODE) publie un rapport sur la situation de ces jeunes placés en milieu hospitalier par l’aide à la jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour Julianne Laffineur, collaboratrice à la CODE et spécialiste de la question, ces placements sont invraisemblables.

Pourquoi des enfants se retrouvent-ils parqués à l’hôpital ?

Les causes sont diverses : négligences, maltraitance physique, psychologique, assuétude des parents… La priorité est de les placer à l’abri. Et au-delà de l’urgence se pose un autre problème : le cadre légal. À ma connaissance, la loi ne prévoit aucun protocole clé-sur-porte lorsqu’il n’y a pas assez de places en centre d’accueil ou en pouponnière. C’est comme cela que ces bambins se retrouvent dans un no man’s land juridique, en attente pour une durée indéterminée dans les hôpitaux. Bien sûr, un bilan médico-psychosocial reste nécessaire, mais cela n’a aucun sens de garder un enfant après ce suivi. Cela peut se transformer en de la maltraitance institutionnelle, car l’hôpital n’est pas un lieu de vie.

Comment avez-vous été amenée à vous intéresser à cette problématique ?

Les conditions de vie de ces jeunes nous préoccupaient déjà ici, à la CODE, mais l’équipe ne s’était pas encore penchée sur le sujet. En 2015, les Ministres de l’enfance et de l’aide à la jeunesse de l’époque (NDLR : Alda Greoli, cdH, et Rachid Madrane, PS) ont commandé une étude. Les questions soulevées provenaient surtout des professionnels de la santé qui tiraient la sonnette d’alarme sur la situation de ces enfants placés à l’hôpital, qui ont par la suite été appelés « bébés ou enfants parqués ». Une expression choquante mais qui dépeint leur réalité.

Outre le besoin en données chiffrées, l’objectif de ce rapport était de rendre une photographie la plus précise des raisons qui amènent ces petits patients, de leurs conditions de vie, de l’impact de ce séjour hospitalier sur leur développement… La pédiatrie est un service qui, à tous niveaux, est débordé. Cette situation extrême cristallise beaucoup de difficultés dans le secteur à cause, entres autres, du manque de moyens financiers, de personnel ou de places dans les centres d’accueil.

Pourquoi cette problématique n’est-elle pas plus connue du grand public ?

Encore aujourd’hui, tout le monde se renvoie la balle. Le personnel soignant se tourne vers les services de l’aide à la jeunesse qui, à leur tour, déplorent le manque de financement qui permettrait de créer de nouvelles places. Malheureusement, ces cas touchent « trop peu d’enfants ». Or, d’un point de vue politique, lorsqu’une situation ne concerne pas une majeure partie de la population, cela n’est pas prioritaire. Mais le budget de sept millions d’euros débloqué en 2017 par la Fédération Wallonie-Bruxelles afin de répondre à cette situation est plutôt encourageant…

Pourtant, certains professionnels de la santé disent que ces moyens budgétaires, qui ont permis l’ouverture de nouvelles places en structure d’accueil, n’ont rien changé au taux d’occupation.

Les politiques craignent de créer des places en nombre pour éviter un éventuel appel d’air. Est-ce justifié ou non ? Je ne me positionne pas là-dessus, mais des enfants restent en rade. Les 28 nouvelles places créées dans les services d’accueil spécialisés de la petite enfance (SASPE) de Bruxelles, du Hainaut et de la province de Namur n’absorbent pas que des enfants parqués.

Tu as apprécié cette interview ? Alors le reportage sur les enfants parqués du CHU St-Pierre devrait t’intéresser.

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