Hainaut: data centers vs riverains

Projet de data center de Google dans le Hainaut : des autorités communales accueillantes, un coup de frein ministériel et des citoyens mobilisés

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Projet de data center de Google dans le Hainaut : des autorités communales accueillantes, un coup de frein ministériel et des citoyens mobilisés

Les data centers de Google sur le site Ecopole, situé à cheval entre Farciennes, Aiseau-Presles et Sambreville, suscitent de nombreuses interrogations. Si plusieurs citoyens et collectifs se sont mobilisés contre le projet de pompage d’eau dans la Sambre, leurs préoccupations dépassent aujourd’hui la seule question de l’eau.

Pour plusieurs habitants de la région, le refus du pompage dans la Sambre par le ministre wallon des Infrastructures, François Desquesnes, cet été, ne constitue pas un aboutissement, mais une étape dans une mobilisation plus large autour de l’implantation de Google à l’Ecopole, un parc d’entreprises à vocation écologique

Préoccupés par les conséquences environnementales, sociales et éthiques du projet, ils comptent rester mobilisés, quelle que soit la décision de Google quant à la suite du développement de son data center. Pour comprendre leurs inquiétudes, il faut revenir au projet initial et à son évolution.

Un projet à un milliard d’euros

Le premier bâtiment du campus Google, dont la première pierre avait été posée en avril 2024 sur le parc d’activités économiques de l’Ecopole, est désormais terminé.

À l’origine, Google prévoyait trois centres de données équipés d’un système de refroidissement par air. En novembre 2025, le géant américain a toutefois introduit une modification de son projet. Les deux bâtiments restant à construire doivent finalement être regroupés en un seul centre, plus important, dont le système de refroidissement reposerait notamment sur l’utilisation de l’eau de la Sambre.

Le projet prévoyait un prélèvement pouvant atteindre 600 m³ d’eau par heure dans la rivière, avec le rejet d’une partie de cette eau après utilisation. La demande avait reçu un avis favorable de l’administration wallonne des voies hydrauliques avant d’être contestée.

C’est cette modification du système de refroidissement qui a cristallisé une partie de la mobilisation citoyenne.

« Nous ne sommes pas technophobes »

La décision du ministre fait suite à un recours citoyen introduit par plusieurs riverains, parmi lesquels le collectif Carafe 2.0 et Stop Data Center Belgique. Créé par cinq citoyens à la suite de plusieurs mobilisations locales, Carafe 2.0 s’est notamment penché sur les conséquences du projet. Parmi ses membres figurent Samuel Melchior et son épouse, tous deux originaires de la région et directement concernés par l’implantation de ce data center. 

Samuel insiste sur un point : leur opposition ne relève pas d’un rejet de la technologie. Ce qui les inquiète, explique-t-il, ce sont les conséquences environnementales, sociales et éthiques du projet.

Le collectif s’est notamment penché sur la consommation d’eau, l’échauffement potentiel de la Sambre, la biodiversité, les eaux souterraines, la consommation électrique et l’artificialisation des sols.

Pour Sébastien, un autre habitant de la région, c’est aussi la cohérence du projet avec la vocation même de l’Ecopole qui l’interpelle. Le parc d’activités économiques a été conçu autour des principes du développement durable et de l’économie circulaire. Dès lors, il s’interroge sur la compatibilité de l’implantation des data centers et de leurs infrastructures avec les ambitions environnementales affichées par le site.

Pour les autorités locales, le regard porté sur le projet est différent

Interrogé par l’Avenir, Dominique Grenier, le bourgmestre socialiste d’Aiseau-Presles, dit comprendre la décision du ministre. Il estime toutefois qu’un retour au refroidissement par air serait difficilement envisageable. Selon lui, Google devrait pouvoir trouver d’autres solutions.

À Farciennes, le bourgmestre Hugues Bayet se montre également favorable à l’implantation du géant américain. Pour lui, le projet représente notamment une rentrée fiscale et une perspective de redynamisation économique pour le territoire. La commune et Le Forem ont par ailleurs organisé trois Job Days ainsi que des formations spécifiques, notamment dans les domaines de l’électricité et de la sécurité, afin de préparer la main-d’œuvre.

« On peut revenir à l’époque de la petite maison dans la prairie »

Pour Hugues Bayet, les data centers répondent à un besoin incontournable de la société numérique. « On peut revenir à l’époque de la petite maison dans la prairie et ne plus avoir de data center. Je ne suis pas sûr que ce soit la volonté de nos concitoyens qui ont tous un téléphone, qui sont tous en train de regarder des films, des jeux et cetera. Il faut bien stocker ces informations quelque part. »

Pour le bourgmestre, la question est également celle de la souveraineté numérique. Il se dit soulagé que ces données soient stockées en Europe plutôt que de dépendre d’infrastructures situées aux États-Unis ou en Chine.

Sur le plan environnemental, Hugues Bayet rappelle également que l’Ecopole impose des exigences importantes aux entreprises qui s’y installent. Le parc d’activités avait justement été pensé, explique-t-il, pour rompre avec le passé industriel du site et éviter l’arrivée d’entreprises fortement polluantes. 

Ces critères sont-ils suffisants ? Pour l’organisation environnementale Canopea, ils sont «tout à fait anecdotiques» au regard du fort impact environnemental de ce type d’infrastructures. Le système de récupération de chaleur prévu pour le data center de Farciennes, par exemple, n’aurait jamais été raccordé et resterait, selon Canopea, «sur papier».

Du côté des riverains, cette justification environnementale ne convainc pas davantage. Samuel Melchior, membre du collectif Carafe 2.0, s’interroge notamment sur le choix du site. Il juge difficilement compréhensible qu’un projet industriel de cette ampleur, aux conséquences environnementales qu’il estime importantes, puisse être implanté à proximité immédiate de la réserve naturelle de Bagnolet, qui abrite une riche biodiversité locale, sur la rive opposée de la Sambre.

Un refus qui ne clôt pas le dossier

De tous les enjeux posés par les data centers, la question de l’eau est la plus critique, et c’est elle qui est à l’origine du coup d’arrêt prononcé par le ministre Desquesnes cet été. Le ministre a notamment invoqué la nécessité de définir une hiérarchie dans les usages de l’eau, dans un contexte marqué par le changement climatique et un risque accru de sécheresse. Les besoins de la population et certains impératifs de sécurité, comme le refroidissement de la centrale nucléaire de Tihange, doivent selon lui être considérés comme prioritaires.

Cette décision ne met toutefois pas nécessairement un terme au dossier. Google dispose d’un délai de 60 jours à compter de la notification de la décision pour, le cas échéant, introduire un recours devant le Conseil d’État.

Contacté à ce sujet, Google confirme avoir reçu la décision ministérielle et indique en examiner attentivement le contenu. La suite du projet dépendra donc des éventuelles démarches de l’entreprise.

Malgré le refus du pompage de l’eau dans la Sambre, Sébastien, tout comme Samuel, restent préoccupés par la suite du projet. Ils considèrent cette décision comme une étape, plutôt qu’un aboutissement, et craignent que leur mobilisation ne suffise pas à infléchir durablement le projet face aux autorités locales et aux moyens considérables dont dispose le géant américain. Pourtant, l’action de Carafe 2.0 a démontré qu’une analyse citoyenne rigoureuse des dossiers pouvait bousculer des décisions administratives que l’on croyait acquises.

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