Toiles de l'Église Saint-Loup à Namur. Crédit photo: Alexandre Adam
Face aux subsides qui déclinent, les fabriques d’église cherchent des alternatives pour se financer.
Toiles de l’Église Saint-Loup à Namur. Crédit photo: Alexandre Adam
Danse hip-hop, théâtre, festival de l’humour… la paroisse Saint-Géry de Limelette accueille désormais un large éventail d’activités culturelles. Ces évènements sont proposés par le Centre culturel d’Ottignies-Louvain-la-Neuve (SPOTT), qui prend possession des lieux jusqu’à fin 2027. Une aubaine pour la Fabrique d’église, qui gère les biens, les revenus et les dépenses de la paroisse, puisque le SPOTT a rénové toute l’installation électrique, dans une période où les subsides continuent de décroître.
Le culturel pour épauler le cultuel
La paroisse Saint-Géry n’a pas attendu le SPOTT pour organiser des spectacles. En effet, avant son arrivée, l’église accueillait déjà des chorales et des concerts. Des évènements qui représentaient 800 euros de bénéfice sur une année, auxquels s’ajoutaient les collectes, dons et inhumations. Un ressource limitée, mais néanmoins vitale pour une petite paroisse.
Mais les formes de revenus alternatives ne concernent pas que les églises plus modestes. Du côté de Namur, à l’église Saint-Loup, réputée pour son architecture baroque et son attrait touristique, des concerts d’orgue et des expositions sont organisés. André Dassy, président de l’ASBL Les Amis de Saint-Loup, précise : « La Fabrique nous a demandé de nous occuper des demandes d’évènements.Elle ne dispose pas de moyens dédiés au patrimoine (toiles, statues, orgues…) et c’est donc l’argent que nous récoltons qui y est consacré, car énormément d’œuvres demandent une restauration. »
L’immobilier pour soulager les paroisses
« Une fabrique d’église peut trouver de l’argent en vendant des terres agricoles et en l’investissant dans du patrimoine immobilier, comme des appartements ou des maisons », explique Laurent Convent, responsable du Service du Temporel au Vicariat du Brabant wallon. Toutefois, tout dépend du facteur chance. Toutes les terres agricoles n’ont pas la même valeur. Les fonds récoltés peuvent ensuite servir à financer, entre autres, l’achat des hosties, du vin à destination de la messe ainsi que l’assurance incendie. À noter que cet argent ne peut pas servir à l’entretien et la restauration des bâtiments car il ne s’agirait pas d’une gestion prudente aux yeux de la loi. Cela reviendrait à diminuer le capital d’une fabrique pour qu’elle restaure l’édifice dont elle s’occupe, et donc à ce qu’elle s’appauvrisse.
Finances d’une Fabrique d’église
En théorie, les fabriques d’églises ne devraient pas connaitre de difficultés financières puisque le Décret impérial de 1809 oblige les communes à combler d’éventuels déficits. Cependant, avec des subsides toujours plus bas, les fabriques d’église sont désormais poussées à l’innovation. Les communes les encouragent à être de moins en moins dépendantes, afin de subsidier le moins possible. Laurent Convent souligne que « les fabriques devront, à terme, tirer vers l’autosuffisance ».
Dans le Brabant wallon, certaines communes payent plus que d’autres en fonction du nombre de fabriques et de leurs moyens. Nivelles est de loin la commune à octroyer le plus de subsides aux fabriques d’église. Ce n’est pas étonnant puisqu’on y retrouve la Collégiale Ste-Gertrude. Elle coûterait 200 000 à 250 000 euros par an à la commune, qui l’entretient pour des raisons touristiques et patrimoniales, comme l’explique Laurent Convent.
Du côté de Rebecq, qui comprend un peu plus de 11 000 habitants, 4 fabriques d’églises reçoivent 135 000 euros de subsides communaux par an. Cela représente plus de 100 euros par habitant, uniquement pour l’entretien des églises de la commune. À l’inverse, à Lasne (14 000 habitants), les 7 fabriques d’église ne coûtent que 11 000 euros à l’année, soit moins de 1 euro par habitant. Ce qui explique cette différences pour deux communes de taille similaire, c’est que 5 des 7 fabriques d’églises lasnoises sont autosuffisantes, selon Laurent Convent.
Subsides ordinaires aux églises du Brabant Wallon
Subsides ordinaires aux églises du Brabant Wallon
Montants reçus par commune en 2025 · total des 27 communes :
< 25 k€25–45 k€45–70 k€70–95 k€95–125 k€> 125 k€
Sources : Archevêché de Malines-Bruxelles. Contours des communes : Statbel, via bmesuere/belgium-topojson (arneh61).
Carte interactive réalisée par Santiago Devriendt avec l’aide de Claude AI
L’intérêt patrimonial face au désintérêt citoyen
Au fil des années les églises sont de moins en moins fréquentées. « On ne peutnier le désintérêt croissant des gens et des croyants pour les églises », rapporte Laurent Convent. Pourtant, sauf cas de force majeure comme ce fut le cas à Nivelles lorsqu’une église menaçait de s’effondrer, rares sont les églises à fermer ou à être désacralisées. Laurent Convent l’explique par l’attachement des citoyens pour leurs paroisses locales. Pour lui, désacraliser une église serait un choix qui pourrait même sanctionner la majorité communale aux élections suivantes.
Si les citoyens se détournent des lieux de culte, la région, elle, continue de les soutenir au niveau patrimonial. En Wallonie, 789 lieux de culte catholiques sont classés au patrimoine de la région. Cela leur permet de recevoir une aide financière lorsque nécessaire. En effet, les subsides régionaux sont liés à l’intérêt patrimonial de l’édifice. Cela représente également un soutien financier crucial pour les fabriques d’église qui en bénéficient, notamment pour des travaux de rénovation ou d’aménagements exceptionnels.
Carte interactive réalisée par Santiago Devriendt avec l'aide de Claude AI
Combiner subsides communaux, voire régionaux, et revenus complémentaires (via le culturel ou l'immobilier) semble une piste viable pour faire revivre certains lieux de cultes. Alors, verra-t-on plus d'églises ouvrir leurs portes à des activités non-cultuelles ?