Dialogue de sourds en terrain masqué

Les malentendants donnent l’impression d’avoir été oubliés à l’apparition du masque. Comment communiquer lorsqu’on a besoin de voir les lèvres de notre interlocuteur ?

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Photo : Lisa Guilmot (CCBY NC SA)

Les malentendants donnent l’impression d’avoir été oubliés à l’apparition du masque. Comment communiquer lorsqu’on a besoin de voir les lèvres de notre interlocuteur ?

Photo : Lisa Guilmot (CCBY NC SA)

Depuis le 11 juillet dernier, le port du masque est obligatoire en Belgique. Une décision nécessaire qui n’est pas évidente pour tout le monde. Le masque a fortement bouleversé nos contacts sociaux. Et pour cause : on ne voit qu’une minime partie du visage.  

L’impasse

Selon les estimations, il y aurait à peu près 8.9% de sourds et de malentendants en Belgique, soit à peu près 1 million de personnes qui présentent des troubles de l’audition. Courant septembre, la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale avait dévoilé son projet de fournir 10.000 masques transparents. Début octobre, la Fédération Francophone des Sourds de Belgique (FFSB) a fait savoir qu’elle n’avait aucune nouvelle.

Le 19 octobre, soit un mois après la promesse faite par Christie Morraele, la FFSB a partagé un communiqué dans lequel elle résume la situation : les masques produits par la COCOF (Commission communautaire française) sont inadaptés car “ils contiennent une fenêtre opaque qui colle à la bouche”. En réponse, la COCOF aurait suggéré à la FFSB de produire elle-même des prototypes, chose que la Fédération Francophone des Sourds de Belgique ne peut pas faire par manque de ressources.

À la recherche de solutions

À défaut d’en obtenir gratuitement dans les pharmacies, les personnes qui nécessitent ces masques transparents peuvent s’en procurer en ligne pour 10,90 €/pièce. Mais vu leur prix élevé et leur rareté, certains particuliers se lancent dans leur confection. C’est notamment le cas de Madeleine. Diagnostiquée sourde à la naissance, elle a eu la chance d’être opérée dès son plus jeune âge pour bénéficier d’un implant cochléaire. Lorsqu’elle a appris que le masque allait être obligatoire, la jeune femme de 23 ans a directement compris que ça deviendrait un problème. Alors, elle s’est penchée sur les masques transparents.

La jeune femme a décidé d’en confectionner et de les porter afin de sensibiliser la population à cette problématique. Sensibilisation qu’elle continue avec le “KAP Signes”, un kot à projets de Louvain-la-Neuve qui a entend familiariser à la “culture sourde” à travers différentes activités. 

Le masque transparent s’entretient de la même façon que le masque classique. En revanche, il possède des inconvénients : de la buée apparaît quand on parle, et des griffes se forment sur la fenêtre transparente dès le premier lavage. 

Le masque inclusif est, à ce jour, la seule option pour les personnes mal entendantes qui dépendent de la lecture labiale. Face à leur détresse, la Fédération Francophone des Sourds de Belgique a tiré la sonnette d’alarme. Mais sa revendication n’a toujours pas été entendue.

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