Des habits pour tous au Pichou

"Al maeson du Pichou" rhabille chaque semaine des dizaines de familles. Visite de cette ASBL tournaisienne.

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Photos : Emeline Hennequin CC BY NC ND

“Al maeson du Pichou” rhabille chaque semaine des dizaines de familles. Visite de cette ASBL tournaisienne.

Photos : Emeline Hennequin CC BY NC ND

A Tournai, un enfant sur cinq est dans la pauvreté. Dans un des quartiers les plus précaires de la ville, Saint-Piat, « Al maeson du Pichou » vient en aide aux plus démunis. Des colis de nourriture, un accès à des médicaments, des cours de cuisine ou encore une école des devoirs, l’association subvient à de nombreux besoins pour petits et grands. Le mercredi, c’est autour d’une distribution de vêtements que bénévoles et bénéficiaires se réunissent.

Il est 14h, une foule est amassée devant la façade aux multiples fenêtres. La fine pluie qui commence à tomber n’empêche pas la vingtaine de personnes présentes d’attendre que le numéro 26 ouvre ses portes. En ce jour nuageux, « Al Maeson du Pichou » s’apprête une fois de plus à habiller plusieurs familles à l’approche de l’hiver. Quelques enfants patientent pendant que leurs parents se font des coudes. Parmi eux se trouvent Célia, Séléna ou encore Maria. A l’image du dernier train de la soirée, tous veulent entrer dans le bâtiment le plus rapidement possible. Alors que l’atmosphère se crispe, la porte s’ouvre…

« On se bouge ! On s’écarte, si une ambulance doit venir, on ne sait pas passer là ! » Martine Maenhout, directrice de la Maison du Pichou, se fait entendre et surtout respecter. Hors de question que ce soit la foire ! On sort des vêtements, des caisses, un minimum pour faire patienter le monde. Tel un raz-de-marée, les bénéficiaires se précipitent sur ce qui représente une minime partie du stock disponible. « Il y en aura pour tout le monde ! », lance Martine. La chasse aux vêtements est lancée !

Une grande aide pour les familles avec enfants

Dans cette maison de quartier, les bénéficiaires peuvent choisir les habits qu’ils souhaitent. Une liberté néanmoins structurée par l’équipe bénévole. « Nous allons faire rentrer les gens trois par trois et chaque groupe aura quinze minutes pour prendre ce qu’il veut dans notre pièce à l’étage. Nous devons faire ainsi sinon ça ne serait possible », explique Colette, bénévole au Pichou. Cette dernière se penche vers l’escalier : « Les trois premiers peuvent venir ! », crie-t-elle. Célia et Séléna font leur entrée.

Accompagnées de leur mamie et d’une de ses amies, elles se dirigent directement vers le coin enfant. Le temps est compté, le minuteur enclenché, toutes les quatre devront se dépêcher ! La plus petite, aux cheveux blonds courts, semble attirée vers un jeu. Sucette en bouche, elle ne fait pas attention à sa sœur, à peine plus âgée, qui a l’air perdue devant tout ce qui se trouve en face d’elle. C’est grâce à une amie de leur mamie qu’elles ont atterri au Pichou.  « Je suis venue avec une nouvelle famille car elle ne connait pas trop et elle a des difficultés avec son administrateur. Il faut comprendre », reconnait la copine. Avant de se servir pour elle, elle prend soin de chercher pour les enfants d’abord. « Si tu t’occupes des enfants, tu n’auras plus de temps pour toi », lui lance Roxane, bénévole à l’ASBL. Ignorant l’avertissement, elle continue ses emplettes avec la mamie des jeunes filles au teint pâle. Le temps passe et leurs sacs se remplissent. « Viens essayer une veste », lance la mamie à la fillette blonde. Elle délaisse son jouet au profit de l’habit. La taille est bonne, elle lui va bien. Toujours la sucette en bouche, la veste grise et ample semble lui plaire. « Il reste cinq minutes ! », lance Roxane comme pour prévenir les bénéficiaires. « Cela te plait ça ? », demande l’amie à la plus grande. D’un geste de la tête, elle lui indique que non préférant choisir elle-même. Les minutes passent et défilent, la fin approche. Comme de juste, le minuteur sonne. Célia et Séléna s’éclipsent de la pièce.

Durant cette distribution, beaucoup de parents viennent et repartent. Certains sans leurs enfants respectifs. C’est le cas d’Isabelle, grande blonde dans la trentaine propre sur elle et très polie. Pour elle, le Pichou est surtout un moyen réduire les frais vestimentaires. « Je suis maman de quatre enfants âgés de 18 mois à 18 ans. Venir chercher des vêtements ici me permet de dépenser mon argent ailleurs que dans les habits et de subvenir à d’autres besoins pour mes enfants. Vêtir un enfant n’est pas pour rien alors encore moins quatre », avoue-t-elle. Le côté social de l’ASBL lui plait aussi. « En venant ici, on discute, on rencontre des gens. Cela nous permet de nous changer les idées en n’étant pas toujours chez soi », avoue la maman sans emploi.

Parmi les bénéficiaires, beaucoup sont étrangers à l’image de Maria, petite fille âgée d’à peine deux ans, accompagnée de sa maman. Très jeune, elle joue pendant tout son passage au Pichou avec un petit jouet en forme de bouteille remplie d’eau. Munie de sacs poubelles, la maman cherche ce dont elle a besoin pour sa fille. Entre deux pliages, Roxane s’aperçoit de ce que fait Maria. « Tu as bu l’eau de la bouteille ?! Mais c’est du poison ! Comment je vais expliquer cela à la maman ? », se demande-t-elle. En effet, Maria et sa maman ne parlent pas français. Par des gestes, Roxane s’en sort bien et la maman comprend. Maria a l’air de bien aller, tout va bien ! Il est pourtant vrai que la compréhension se fait parfois difficilement, Tournai étant une ville fort frontalière.

Bénévoles, rouages au grand cœur

Dans ces deux pièces que composent la partie habits, on s’y sent bien. Les murs à la couleur du soleil abritent de nombreux bénévoles sans qui toute cette aide ne serait pas possible. Roxane, fine femme aux longs cheveux blonds, s’occupe des enfants en passant une grande partie de son temps au rangement. « Nous passons des journées à laver, trier et ranger les vêtements. Nous ne demandons rien en retour, sauf le respect de notre travail effectué », explique-t-elle.

A ses côtés, se trouve Mimi, de son vrai nom Arlette. Assise à son bureau surplombant la pièce, elle semble être la patronne des lieux. Elle nous confie parmi les rires : « Je suis bénévole à « Al maeson du Pichou » depuis 10 ans et je viens tous les après-midis. Je suis toute seule, alors quand je viens ici, on partage avec les gens, on essaie de leur donner au maximum ce dont ils ont besoin. Et nous, ça nous apporte de la joie car on est contents d’avoir pu les rhabiller. Chaque semaine, j’achète un paquet de sucettes pour les bambins, c’est mon plaisir ! » Pour celle qui n’a jamais eu de petits enfants, la maison de quartier est comme une aide. « Je dis toujours qu’il ne faut pas toucher à mes enfants. Je n’ai pas su en avoir mais moi ce sont mes enfants, tous ceux qui viennent ici ! Ça me manquait beaucoup ! C’est un moyen de combler un petit quelque chose », confie-t-elle.

Malgré la bonne entente dans l’équipe, Mimi ne se voile pas la face sur son avenir au sein du Pichou. « Avec l’âge, je vais finir par lâcher un petit peu à la fois, mais pour moi, c’est difficile parce que si je suis toute une semaine à la maison sans venir ici, ça ne va pas aller. Ça m’apporte du bonheur. »

Martine, directrice tendre et ferme à la fois

Au fil des visites et des années, des relations se sont créées entre bénéficiaires et bénévoles. L’ambiance est bon enfant à l’étage et cela se sent. Chacun connait le nom de l’autre ou le petit surnom. En arrière-fond, on entend des voix, comme des cris venant d’en bas. « Martine, elle se démène en bas ! », s’exclame Roxane. La bonne humeur à l’étage semble avoir laissé place à la tension en bas. « J’étais là avant », entend-t-on.

Entre deux groupes de bénéficiaires, Martine, la directrice, arrive en furie. « La prochaine fois que cela se repasse ainsi en bas, je mets tout le monde dehors ! » Les cris entendus plutôt étaient donc bien des cris d’énervement. « Ça se chamaille, ça se bouscule, alors qu’il y en a pour tout le monde. C’est de l’irrespect ! », s’insurge Martine. Les personnes venues chercher des vêtements sont agitées. Ce sont donc deux salles, deux ambiances. Martine se voit ainsi dans l’obligation de faire la policière pour le bien de tous. Le stress du bas semble s’évaporer une fois les escaliers montés comme si la certitude d’être au milieu de habits rassurait les bénéficiaires.

Les derniers s’en vont et après un énième remerciement, la pièce se vide. Le petit coup de gueule passé, Martine tient à féliciter les bénévoles et c’est ainsi après 3h de solidarité que se clôture cette distribution de vêtements. Chacun se dit au revoir alors que la porte de la caverne d’Alibaba se ferme, jusqu’à la prochaine distribution, dans une semaine…

Bénévoles et bénéficiaires se côtoient dans l'atelier.
Un bénéficiaire fouille parmi les vêtements pour trouver la perle
Une famille étrangère venue au Pichou
Mimi, plus ancienne bénévole, possède son propre bureau.
L'escalier menant à l'atelier
Devanture de l'ASBL
Une maman avec ses deux petites filles accompagnées d'une amie
Petite bénéficiaire parmi tant d'autres
Mimi s'occupe de ranger des bibelots pour enfants
Une famille afghane accueillie au Pichou
Un stock abondant au Pichou
Rue de l'ASBL menant au centre-ville

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