Départ d’Esperanzah! de Floreffe : les commerces inquiets

“Nous avons besoin d'organisations comme ça pour survivre tout au long de l'année”

par et

Photos : Tom Pierret

“Nous avons besoin d’organisations comme ça pour survivre tout au long de l’année”

Photos : Tom Pierret

C’est acté, le festival Esperanzah! met les voiles et quitte Floreffe qui l’a accueilli ces 25 dernières années. L’édition 2026 était la dernière sur la commune. Beaucoup de commerçants et commerçantes de la petite ville de la province namuroise se retrouvent désormais avec un manque à gagner parfois conséquent.

Derrière son bar sur lequel beaucoup d’habitué·es sont accoudé·es, Claudia, 80 ans passés, est bien placée pour observer Floreffe dans son évolution. Gérante du café “Chez Battista” depuis 53 ans, elle a passé plus de la moitié de sa vie à servir les floreffois·es et a vécu toutes les éditions d’Esperanzah! Elle connaît donc bien les personnes qui fréquentent le festival et qui ressortent de son établissement, souvent les poches plus légères. “J’ai toujours dit qu’Esperanzah! couvrait le mois de juillet et août. Ce sont les mois de congés, de vacances, donc il y a moins de monde. Ça nous assurait une bonne moyenne chaque année”.  

Les trois jours du festival représentaient le plus gros week-end de l’an pour la plupart des commerçant·es de Floreffe. Avec une moyenne de 10 000 personnes visitant le site chaque jour, la commune aux 8000 habitant·es se voyait être fortement fréquentée, ses commerces aussi.

Claudia avait anticipé l’éventuel départ du festival au vu des nombreuses tensions apparues entre la Commune et l’organisation de l’événement ces dernières années. L’arrivée de la famille Bouvier qui a racheté le site de l’abbaye n’a rien arrangé. Elle a fait son “deuil” mais reconnaît que, pour un·e jeune qui aurait repris un commerce de Floreffe récemment, cela pourrait être effrayant et lui faire regretter son projet. 

C’est justement le cas de Michel et Corinne. Ce couple a repris Frit&Co, une friterie positionnée à côté de la gare de Floreffe, un peu éloignée de la rue principale. Ils n’ont connu que deux éditions du festival mais ont tout de même un avis très affirmé sur le départ de celui-ci.Ils ont repris l’établissement début juillet 2025. La première année, ils ont travaillé à perte. En cause : l’initiative des navettes proposées aux festivaliers afin de ne pas engorger le centre ville. Ce restaurant, excentré, était laissé pour compte du cœur de la fête. Leur chiffre d’affaires aussi. “On a réagi tout de suite et on s’est dit qu’on allait contacter Esperanzah!, leur expliquer ce qu’il s’est passé. Par chance, il y a une place qui s’est libérée au camping des familles pour cette année. Ils nous l’ont proposée. Économiquement, c’était beaucoup plus rentable.” C’est la vision que le festival défend : s’ancrer dans un territoire. Cela exige d’entrer en contact avec les tissus associatifs,  les habitant·es et les commerçant·es. C’est ce que l’organisation a toujours essayé de faire avec la ville de Floreffe. 

Un départ qui inquiète

Une première qui a marqué le couple de restaurateurs. Le départ du festival représente une grande angoisse pour lui. Sans les recettes que l’événement leur a apportées cette année, les mois plus calmes d’hiver ne seront pas compensés et ils devront probablement prendre une décision radicale. Corinne, actuellement employée de son compagnon, devra retrouver un autre travail car deux salaires ne pourront plus être dégagés. “C’est très dommageable pour nous parce que c’est une perte financière, il y aura donc des répercussions inévitables parce qu’on est des petits commerçants qui avons besoin d’organisations comme ça pour survivre tout au long de l’année. On ne serait pas venus ici si on avait su qu’Esperanzah! s’en irait deux ans après notre arrivée” confient les deux frituriers. 

Pas juste une histoire d’argent

L’ensemble des commerçant·es rencontré·es dépeignent une ambiance qui a toujours été “bon enfant”, “chaleureuse”, “jamais sans aucun souci”.“Ce n’est pas qu’économique mais c’est aussi le lien avec les personnes que l’on noue. C’est familial, on se connaît d’année en année, il y a souvent les mêmes personnes qui reviennent” déclare Clarisse, gérante de la boulangerie Framboiz’in située dans le centre de Floreffe. Ce sentiment est partagé par Corinne et Michel qui voient le festival comme “une grande cousinade. Que vous veniez d’arriver ou pas, vous êtes cousins, vous faites partie de la famille.” 

Pour Frédérique, patronne de la pharmacie Laime, il n’y a pas de retombées économiques évidentes liées au festival pour son commerce. Mais elle conserve tout de même des souvenirs.“Lorsque Esperanzah! a été le premier festival à pouvoir rouvrir ses portes après le Covid, on s’est amusé à faire des tests pour tout le personnel qui y travaillait. Ce sont des années qui sont assez marquantes” dit-elle. 

Un bourgmestre plutôt serein

Les commerçant·es déplorent un manque de communication et de considération de la part de la commune. Beaucoup regrettent que l’administration ne les aient pas tenus au courant comme Michel et Corinne. “On n’a eu aucun retour de la commune pour quoi que ce soit. Nous aurions souhaité plus de dialogue”. 

Philippe Vautard, bourgmestre de Floreffe, relativise les répercussions sur les commerçant·es. “Il ne faut pas laisser croire non plus que c’est le festival qui fait vivre les commerçants Floreffois.” La commune mise sur la résilience des commerces de proximité et leur clientèle fidélisée tout en travaillant à la relance de nouvelles activités culturelles pour faire vivre le cœur de la ville et assurer la pérennité de ses indépendants et indépendantes. Le bourgmestre évoque un manque de temps pour justifier qu’il ne soit pas entré en contact avec les commerçant·es. 

Un lien qui va perdurer ?

La conclusion de cette affaire, avec le départ d’Esperanzah de la commune, ne brise pas le lien qui unit les propriétaires de commerces floreffois au festival. Clarisse, la boulangère de la rue principale, se dit déjà prête à faire le voyage : Je pense qu’après réflexion avec mon mari, on serait prêts à prendre un food truck et partir sur le site même d’Esperanzah!. S’il ne vient pas à nous, c’est nous qui irons à lui ! »

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