Comment concilier propreté et aménagement de l’espace public
Photo: Clara Da Conceiçao Severino
Une réforme de la propreté publique se prépare en Région bruxelloise. À partir de 2027, le système de collecte doit progressivement évoluer avec le développement des espaces-tri, ces points d’apport où les habitants peuvent déposer leurs déchets. Au total, 120 espaces-tri sont annoncés. Mais dans une capitale où chaque espace compte, une question persiste : où les installer ?
Une réforme, un objectif
Cette réforme a un objectif bien précis qui est d’améliorer la propreté à Bruxelles tout en simplifiant la vie des Bruxellois. Pour Audrey Henry (MR), secrétaire d’État bruxelloise en charge de la Propreté publique, il faut passer par une modification du système actuel : « Bruxelles souffre de la malpropreté et les Bruxellois aussi. Le système actuel a atteint ses limites et le statu quo ne permet plus d’améliorer suffisamment la situation. Il faut donc innover, changer et faire évoluer notre manière d’organiser la propreté publique pour améliorer concrètement la qualité de vie dans les quartiers. »
Deux quartier « pilotes » pour tester le système
La réforme prévoit une phase test dans deux quartiers bruxellois dits, »pilotes », qui doivent encore être sélectionnés après un appel à candidatures auprès des communes. Deux communes, Saint-Josse et Ixelles, se sont portées candidates pour faire l’un de leurs quartiers, un quartier « pilote » lors de cette phase test. Dans ces quartiers, les habitants déposeront leurs sacs blancs et oranges dans les espaces-tri, tandis que les sacs jaunes et bleus continueront à être collectés en porte-à-porte.
La question de leur emplacement reste ouverte. Les communes et Bruxelles-Propreté devront analyser les rues pour déterminer où les installer. « Cette phase test doit justement permettre d’identifier les difficultés éventuelles », explique Audrey Henry, avant d’envisager un déploiement à toute l’échelle régionale.
Le système a déjà été expérimenté à plus petite échelle, notamment à Erasmus Gardens à Anderlecht. La secrétaire d’État en tire un bilan très positif. Jusqu’ici installés notamment au pied d’immeubles ou dans des ensembles résidentiels denses, les espaces-tri seront désormais testés à l’échelle de quartiers entiers.
À Ixelles, Akarova comme cas concret
À Ixelles, Geoffroy Kensier, échevin de la Propreté publique, imagine bien le quartier Akarova situé au sud de la commune comme un quartier pilote. Environ 1 000 personnes y vivent dans quelque 300 logements sans local poubelle. Des centaines de sacs doivent potentiellement être sortis dans l’espace public chaque semaine. Ce qui suscite l’inquiétude de l’échevin et explique pourquoi il veut solutionner le problème à cet endroit précis : « Cela ne va pas du tout, on est en plus dans un espace très boisé donc il y a des corneilles, il y a des renards qui détruisent le sac. »
Un espace-tri permettrait aux habitants de déposer leurs déchets quand ils le souhaitent. Mais son installation implique une prise de décision. À Akarova, Geoffroy Kensier envisage la suppression d’une ou deux places de parking. « Je pense que ça en vaut la peine », affirme-t-il.
Mais la question de savoir si tous les quartiers d’Ixelles dispose de suffisamment d’espace pour accueillir les espaces-tri, s’ils viennent à être enterrés dans le sol, amène un autre souci. Un problème relevé par Geoffroy Kensier : « Dans le bâti Ixellois, il y a des petites rues, des petites maisons, ce n’est pas facile de trouver des endroits et c’est clair qu’on va devoir utiliser l’espace public pour mettre ces bulles enterrées. Et donc, il va y avoir un conflit entre est-ce que c’est la place de stationnement ? Est-ce que c’est l’endroit où il y avait un banc ? Est-ce que c’est là où il y a un parking vélo ? ça va être un choix, ça c’est sûr.«
Dans les quartiers existants, la place est comptée
La difficulté est aussi technique. Bruxelles-Propreté travaille déjà avec des conteneurs enterrés, notamment dans de nouveaux projets immobiliers où leur emplacement peut être prévu dès la conception. La nouvelle phase test sera plus complexe puisqu’il faudra intégrer les espaces-tri dans des quartiers déjà construits.
Installer un conteneur enterré nécessite notamment de tenir compte des « impétrants », c’est-à-dire des conduites, câbles et autres réseaux présents sous la voirie. La configuration du sous-sol peut donc limiter les emplacements possibles. Lorsque l’installation souterraine n’est pas envisageable, Bruxelles-Propreté peut se tourner vers des conteneurs aériens, installés en surface.
Une solution qui peut aussi créer des nuisances
Trouver de la place ne sera pas le seul défi. Les espaces-tri peuvent devenir des lieux de dépôts clandestins. « C’est un grand danger, c’est un grand risque », reconnaît Adel Lassouli, porte-parole de Bruxelles-Propreté, qui évoque notamment la possibilité de caméras pour les dissuader.
Geoffroy Kensier partage également cette inquiétude. Pour lui, leur emplacement devra bénéficier d’un « contrôle social très fort » afin d’éviter que des déchets soient abandonnés à côté.
Les espaces-tri doivent permettre de réduire les sacs qui encombrent les trottoirs. Mais leur déploiement pose une autre question d’aménagement : dans une capitale où l’espace public est déjà convoité, améliorer la propreté implique aussi de décider quelle place Bruxelles est prête à leur céder.

