A Couvin, plus de règles, moins de scouts

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Inès Vangansbek (CC-by-ND)

Inès Vangansbek (CC-by-ND)

Un mois après le départ des derniers camps scouts de Couvin, l’heure est au bilan. Si la majorité et les riverains sont satisfaits du nouveau règlement, commerçants et propriétaires ne sont pas sur la même longueur d’onde 

Derrière le comptoir de la boulangerie L’Atelier située en plein cœur de Couvin, Nicolas Carlier compte les sous. Et surtout les pertes de cet été. Le boulanger a vu ses recettes liées aux scouts baisser de plus de 25%, créant un trou de plusieurs dizaines de milliers d’euros dans la caisse. “On a senti une baisse de visite de la part des mouvements de jeunesse. Habituellement, ils représentent une vente très importante qui structure les mois de juillet et août”, déplore-t-il.  

Si les groupes de jeunes ont moins franchi les portes de la boulangerie, cela s’explique en grande partie par une décision prise dans le bâtiment d’en face, au conseil communal d’octobre dernier. Pour répondre à des plaintes d’habitants déplorant de trop nombreuses nuisances et une pétition lancée en ligne, la commune a durci les règles : taxe d’un euro par jour par animé, allongement de la distance à 100 mètres entre deux camps, pas de camp à moins de 200 mètres d’une habitation et interdiction de camp de plus de 100 personnes. Ce n’est pas la première fois que Couvin prend de telles initiatives. 

Pour Jean-Charles Delobbe (UNIS), échevin en charge de la Jeunesse, ces mesures devaient également “limiter la population des camps qui était trop importante sur notre région et qui engorgeait des secteurs”. Cela a eu un effet. Les locations d’endroits de camp sont passées de 82 en 2025 à 47 cette année. 

Un rapport fourni par la police des 3 Vallées indique que les interventions ont diminué de 61,7% à Couvin, passant de 47 en 2025 à 18 cette année. “Ces chiffres semblent indiquer que le règlement à contribué à un apaisement de la situation pour nos citoyens”, complète l’échevin.  

Une taxe qui ne plaît pas à l’opposition et aux mouvements de jeunesse 

Si les réglementations ont été bien accueillies et travaillées en collaboration avec les fédérations de mouvements de jeunesse, la taxe a été décidée sans concertation. L’augmentation de celle-ci passe mal auprès d’Eddy Fontaine (ICI), membre de l’opposition et député wallon. “Je suis convaincu que cette taxe discriminatoire ne change rien et met un peu plus les familles en difficulté puisqu’une taxe qui paraît anodine, on la multiplie par le nombre de jours et par le nombre d’enfants dans la famille. Ça empêchera peut-être certaines familles de mettre leurs enfants dans les mouvements de jeunesse.” 

Je suis convaincu que cette taxe discriminatoire ne change rien

Eddy Fontaine (ICI), membre de l’opposition

Couvin justifie la mise en place de cette taxe, due aux coûts engendrés par les camps. “Ça demande du temps au personnel, notamment au niveau des services incivilités. Finalement, c’est un coût-vérité qui a peut-être été recalculé”, appuie M. Delobbe, avant de renchérir. “La commune est le dernier échelon de l’échelle des mesures qui se mettent plus au Fédéral, et au Régional.  Nous avons des difficultés à boucler nos budgets, il faut qu’on augmente aussi nos recettes”. 

Kylian Demey, secrétaire politique de la fédération du Patro, regrette “un manque d’accessibilité qui pourrait constituer un frein pour les familles et les sections”. Pour Lucie Réthy, chargée de projet chez Les Scouts, certains groupes ne pourront pas se payer ce supplément et vont devoir fuir. “Il va manquer d’offres pour la demande qu’il y a, donc potentiellement, faire exploser le prix des prairies.” La Fédération scoute souligne par ailleurs une certaine forme de discrimination au sein d’un mouvement qui prône l’inclusivité. 

Des habitants soulagés…

L’ensemble des mesures a eu un impact réel sur Pesche. Le petit village de Couvin cristallisait certaines tensions entre le voisinage et les scouts à cause des nombreuses prairies mises à disposition autour de l’entité. 

Riverain, Valéry Fiévet se réjouit du calme retrouvé. Durant plusieurs années, des prairies en aval de son jardin lui causaient des nuisances sonores. “On avait des camps vraiment très proches, la nuisance était vraiment très très forte, que ce soit la nuit ou la journée. En journée, ils font ce qu’ils veulent mais la nuit c’était vraiment insupportable.”

Même constat pour un couple d’habitants de Géronsarts, autre village à forte densité de camps. Deux prairies situées juste derrière leurs haies causaient des nuisances et désagréments, notamment aux petites heures de la nuit. “Ils étaient dans le fond du jardin, hurlaient et faisaient la fête jusqu’à des heures pas possibles. Moi je me lève à 5h du matin tous les jours”, narre une habitante.

… mais des propriétaires déçus

A quelques pas de là se trouve la ferme de Jean-Claude Dupont. Le fermier à la retraite tient entre ses mains la farde de locations. En épluchant les pages du classeur, il énumère le nombre de réservations annulées début janvier, suite à l’application des mesures. “Huit camps ont été annulés. Et dans les plus petits camps, de moins de 100 personnes, il y en a encore deux autres qui se sont désistés à cause de la surtaxe”. 

Dans sa recherche d’endroit de camp, Charlie Waucquez a fait les frais de cette taxe et a dû changer d’emplacement, faute de budget. Alors cheffe guide à Bruxelles, elle a visité une prairie à Couvin, avant d’être refroidie par la taxe supplémentaire. “L’endroit de camp coûtait déjà 2100€. Nous ne pouvions pas nous permettre de dépenser 850€ supplémentaires.” 

A la commune, on tempère. “Cette taxe est adressée au propriétaire et ne doit pas obligatoirement être répercutée sur les mouvements de jeunesse. Je pense que les propriétaires se font une marge assez importante”, rapporte Jean-Charles Delobbe. 

L’an dernier encore, Jean-Claude Dupont louait à plus de 13 troupes ses prairies éparpillées dans la commune. Il n’en a eu que 5 cet été. Ses locations divisées de plus de moitié, il a donc perdu plus de 50% de ses revenus. “Louer des camps scouts représente une diversification de mon métier d’agriculteur, ça m’a donc fait une perte conséquente”. 

“C’est un revenu complémentaire en moins pour les agriculteurs qui souffrent déjà de toutes les mesures qui sont prises par l’Europe”, ajoute Eddy Fontaine. 

Miser sur la prévention et désengorger les communes 

Si la commune évoque des retours positifs des riverains, tout en attendant un bilan final d’ici la fin d’année, les fédérations scoutes et patro privilégient la prévention aux sanctions. “Nous sommes plutôt proactifs dans la communication avec les communes afin d’anticiper les problèmes”, note Lucie Rethy. “On a une concentration sur certaines grosses zones et sur 2-3 provinces en particulier. C’est pour ça qu’on essaie de développer des réseaux d’endroits de camps ailleurs pour venir désengorger les provinces du Luxembourg, et de Liège. Avec Atout Camp notamment, une ASBL, qui essaie d’ouvrir de nouveaux lieux, de faire des labellisations d’endroits de camp.”

Couvin s’ajoute à une liste non-exhaustive de communes (Bièvre, Léglise, Comblain-au-Pont) ayant déjà posé des restrictions aux camps de mouvements de jeunesse installés sur leurs territoires. Simple réaction locale ou phénomène qui tend à se généraliser ? La (bonne) collaboration entre mouvements de jeunesse et communes apparaît comme un enjeu central pour permettre encore à des milliers d’enfants de s’offrir une parenthèse ensoleillée durant ces deux mois d’été. 

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