A Bruxelles, la crise du logement social risque de s’aggraver avec des choix politiques controversés
Photos : Jimmy Loozen
Alors que le logement social ne représente que 7 % du parc bruxellois et que l’attente peut durer dix ans, la Région a confirmé la vente de deux sites initialement destinés à accueillir des logements sociaux. Associations et habitants contestent la décision, en justice comme dans la rue.
Sept pour cent. C’est la part du logement social dans le parc immobilier bruxellois, nettement inférieur à la moyenne européenne : il atteint 25 % à Paris et jusqu’à 40 % à Amsterdam. Conséquence : 60 000 ménages figurent sur les listes d’attente à Bruxelles et le délai peut atteindre une décennie. Dans ce contexte de crise structurelle, la Région a choisi de vendre une partie de son patrimoine.
Une vente pour renflouer la SLRB
Dans un contexte d’austérité budgétaire, le gouvernement bruxellois sortant a décidé de vendre deux bâtiments publics, afin de renflouer les finances de la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB). Ces sites devaient pourtant accueillir plusieurs centaines de nouveaux logements sociaux. Le gouvernement actuel a confirmé cette décision, indique la porte-parole de la secrétaire d’État Karine Lalieux.
Pour Kalvin Soiresse Njall, député bruxellois Ecolo et ancien président du Parlement francophone bruxellois, cette vente pose un problème de fond : elle se fait « au plus offrant et sans condition ». Le contraste est net avec le passé : en 2022, lorsqu’un promoteur voulait transformer l’immeuble Palais en logements haut de gamme pour étudiants aisés, la SLRB avait imposé des conditions, dont la création de logements abordables. Aujourd’hui, ces exigences ont disparu. Un paradoxe selon l’élu : “ce n’est pas la quantité de logements qui est en cause mais le manque de logements accessibles aux revenus des Bruxellois modestes et de la classe moyenne”.
En juillet 2026, quatre associations ont introduit une action en référé contre la SLRB pour bloquer la vente des sites « Ariane », à Woluwe-Saint-Lambert, et « Palais », à Schaerbeek. Une décision qu’elles jugent incompatible avec l’urgence sociale. La contestation s’est poursuivie ce mercredi 30 septembre : une cinquantaine de locataires, de travailleurs du secteur et de citoyens se sont rassemblés au parc Bonnevie, à Molenbeek, pour dénoncer ces ventes et réaliser une fresque collective destinée à sensibiliser le public.


« Investir dans le logement public, c’est investir dans la population »
« Je suis travailleuse sociale depuis 26 ans, et j’ai vu l’évolution des politiques publiques de logement : elle est plutôt catastrophique », explique Aurélia, membre de la maison de quartier Bonnevie et du RBDH. « Il faut créer du logement public. Si l’on veut une population en bonne santé physique et mentale, les gens doivent pouvoir se loger à un prix décent. Investir là-dedans, c’est investir dans la dignité de la population, dans sa santé et dans l’avenir. La vente des deux bâtiments, à Palais et à Woluwe, est une aberration. Nous faisons cette fresque pour montrer que derrière ces 60 000 ménages en attente, il y a des familles, des enfants. »
La vente des deux bâtiments priverait Bruxelles d’environ 700 logements sociaux, qui devaient y être aménagés. Pour Karine Lalieux, l’objectif de la vente est clair : « garantir à la SLRB les moyens financiers de continuer à construire et à rénover des logements sociaux dans les années à venir ».
Des moyens dont les locataires déjà logés attendent encore les effets. Nicole, locataire d’un logement social à Woluwe Saint-Lambert depuis vingt ans, ne peut plus déménager faute de budget : « La demande de déménagement a été faite il y a plus d’un an, mais malheureusement le responsable du bâtiment m’a carrément répondu que les budgets sont bloqués et donc le transfert n’est pas possible. Moi, je suis dans un appartement agréable avec un peu trop d’espace pour moi, mais malheureusement une autre famille qui pourrait disposer de cet appartement ne va pas en bénéficier avant un long moment, ce qui est regrettable, vraiment”.


Selon les chiffres du cabinet de la secrétaire d’État Karine Lalieux, 4 500 logements sociaux sont vides à Bruxelles mais : “ces logements sont soit en chantier, soit libérés avant des travaux de rénovation, rien n’est figé dans un parc immobilier”. Les rénovations restent “une priorité de la secrétaire d’État », précise le cabinet, et « les chantiers déjà lancés se poursuivent”.
La vente des sites « Ariane » et « Palais » sera-t-elle le prix à payer pour que la SLRB puisse continuer à construire et rénover, comme l’affirme le gouvernement, ou le signe d’un renoncement, comme le redoutent les associations ? La réponse dépendra de la suite de la procédure, mais aussi de ce que fera concrètement le gouvernement des fonds récoltés. Pendant ce temps, à Molenbeek comme à Woluwe, des familles attendent.


