Vivre dans un ordre chrétien en 2021

Les fidèles des paroisses de notre pays ne rajeunissent pas. Mais l'église s'organise et des mouvements fleurissent pour rassembler les jeunes vocations. À quoi ressemble la vie des jeunes religieux d'aujourd'hui ? Mammouth vous propose une courte retraite dans une fraternité chrétienne de Namur. Bienvenue à Tibériade.

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Photo : Charlotte Verbruggen (CC)

Les fidèles des paroisses de notre pays ne rajeunissent pas. Mais l’église s’organise et des mouvements fleurissent pour rassembler les jeunes vocations. À quoi ressemble la vie des jeunes religieux d’aujourd’hui ? Mammouth vous propose une courte retraite dans une fraternité chrétienne de Namur. Bienvenue à Tibériade.

Photo : Charlotte Verbruggen (CC)

Les clichés et les stéréotypes qui gravitent autour des ordres religieux ont la peau dure. Du récent long métrage Les éblouis (2019) au documentaire Jesus Camp (2007), grand et petit écran ont cristallisé un imaginaire collectif autour de ces organisations religieuses. Une vision aux connotations multiples, où l’amalgame avec les sectes est parfois maladroitement opéré. Mammouth s’est rendu dans l’une de ces communautés, pour mieux déconstruire ces préconceptions.

La Fraternité de Tibériade est une communauté catholique du diocèse de Namur de Belgique. Là-bas, de nombreuses activités s’organisent pour convier les jeunes générations et les immerger dans la culture communautaire et religieuse. Mais concrètement, vivre dans un ordre religieux en 2021, ça ressemble à quoi ?

La vie fraternelle, prière et travail

Chaque ordre a son mode de fonctionnement. Le quotidien d’un moine cistercien ne sera probablement pas le même que celui d’un franciscain. Tibériade suit la tradition franciscaine : la vie des religieux y évolue au rythme des valeurs de la grande pauvreté et de la simplicité évangélique. Ils s’appellent « frères » et non pas « moines » pour souligner leur attachement aux liens communautaires. Leurs journées sont ponctuées par des temps de prières, mais également du travail manuel dans leurs ateliers, à la boulangerie et sur leurs terres, à s’occuper des récoltes et des bêtes.

Vivre sa foi en parallèle de ses études

Le dimanche, jour de messe, les Frères et Soeurs de Tibériade accueillent une assemblée de fidèles. Parmi la foule, un premier constat est frappant : la jeunesse. Ou plutôt les « jeunes vocations », comme les nomme Frère Marc, fondateur de la communauté. Si certain·es ne sont de passage que pour le week-end, d’autres sont à Tibériade pour la semaine, le mois, voire l’année.

Alors que les mouvements progressistes et émancipateurs gagnent du terrain dans le monde étudiant actuel, les groupes religieux ne sont pas en reste. Moins bruyantes, moins visibles, les jeunes fédérations religieuses s’organisent dans les campus et les universités, comme ce groupe d’étudiant·es lillois·es, en résidence à Tibériade pour quelques jours. « On est un groupe du même établissement qui se réunit le jeudi soir pour prier. Du coup, on a décidé de venir ici ensemble, encadrés par un prêtre de la région.« 

« Chacun et chacune, on a eu un parcours différent vers la religion. Mais c’est ça qui est beau : Dieu nous trouve toujours » constate Caroline, étudiante en théologie. Les profils de ces jeunes vocations sont multiples, leurs histoires également.

L’évangélisation par le contact, loin des écrans

Force est de constater que, bien souvent, le chemin de ces jeunes vers l’Esprit Saint a bénéficié d’un petit coup de pouce. Comme toute autre groupe organisé, la Fraternité de Tibériade dispose d’un attirail de communication particulier. Elle se décrit d’ailleurs comme « missionnaire » sur son site web.

La mission nous porte spécialement vers les jeunes et les familles afin que l’Esprit donne à l’Église de jeunes saints, des disciples ardents. Régulièrement, nous vivons des temps d’itinérance dans les villages, les écoles et les paroisses, les familles. Notre grande joie est d’annoncer Jésus et de faire aimer son Église.

Site web de la Fraternité de Tibériade

Si la facette évangélisante du mouvement n’est pas un tabou, leurs procédés sont assez atypiques, tout en restant tournés vers le contact humain et la tradition. Frère Joseph, figure tutélaire de Tibériade, cite un exemple étonnant de communication religieuse, à l’heure du tout digital.

L’âne attirerait l’attention et augmenterait les chances de capter le public. À travers cette anecdote, on décèle une véritable volonté d’engager le contact avec les jeunes et les enfants. D’autres façons d’engager la conversation avec le monde extérieur sont encouragées, comme l’auto-stop que les frères pratiquent souvent pour se déplacer et qui suscite une proximité communicative. La bière échangée entre étudiant.es sert aussi de prétexte pour ouvrir la discussion, sur le site de Louvain-la-Neuve par exemple. « Ils ont leur choppe, comme j’ai ma croix » sourit Frère Joseph. Sans oublier le bouche-à-oreille qui se fait naturellement de fidèle en fidèle. Ce dernier se révèle particulièrement efficace étant donné que la plupart des jeunes présents à Tibériade en avait entendu parlé via ce biais.

Ces méthodes d’évangélisation peuvent, pour certain·es, paraître ringardes. D’autres les jugent au contraire authentiques, visant l’échange et la rencontre avec l’individu. Ces méthodes tirent leur force de leur capacité à traverser les époques et les tendances. Certes, elles sont moins directement efficaces que la publicité ciblée et le marketing digital. Mais n’allez pas croire que l’ordre est complètement déconnecté : il possède son propre site web, sa page Facebook et son compte Instagram.

En tout cas, cette excursion à Tibériade permet de remettre en perspective la place de la foi dans nos sociétés 2.0, régies par les écrans, les technologies et souvent carrément anticléricales. Néanmoins, l’église parvient à se faire une place, en perpétuant ses méthodes d’évangélisation traditionnelles, et en assurant une présence discrète sur le web. Elle peine à séduire les masses, mais parvient à fédérer de nouvelles vocations chaque année. Dans les fraternités, les abbayes, les monastères ou sur les campus, les jeunesses chrétiennes s’organisent, avec l’envie de repeupler les églises désertées de nos villages.

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