Une obsédante résonance de couleurs

PORTRAIT / Né en 1948 à Haine-Saint-Paul, petite commune de la Louvière, Daniel Pelletti se passionne rapidement pour le dessin et puis, enfin, pour ce qui sera un amour débordant pour le reste de sa vie : la peinture.

par

Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)

PORTRAIT / Né en 1948 à Haine-Saint-Paul, petite commune de la Louvière, Daniel Pelletti se passionne rapidement pour le dessin et puis, enfin, pour ce qui sera un amour débordant pour le reste de sa vie : la peinture.

Photos : Solenne Deineko (CC BY NC ND)

N’essayez pas d’être de ceux qui aspirent à comprendre les rouages d’un tableau de manière immédiate. Chez Pelletti, cela ne se peut simplement pas. Celui qui a commencé la peinture en 1954 à l’âge de six ans, après un voyage presque onirique en Italie, ne s’amuse ni de formes, ni de couleurs, ni d’histoires simples.

Pise, Florence, Sienne… Autant de villes qui provoquent chez Pelletti ce qu’il appelle des ‘chocs émotionnels’. « Ce que l’on ressent devant certaines choses reste par la suite. Cela sera fondamental pour la suite de l’existence ». Ces chocs, qu’il attribue à l’architecture et au caractère historique de ces villes, le marqueront si fort que sa peinture en sera influencée. Ses tableaux sont des histoires dont la trame ne se découvre qu’après d’incessantes lectures.

Ce sont les couleurs acidulées qui nous assaillent en premier, happant le regard par le contraste qu’elles jouent entre elles. Puis, seulement après, on voit des formes qui émergent de cet éclat. Des personnages lambda aux visages figés, d’autres androgynes, des mains, des yeux, des seins. Une fascination certaine pour le corps humain, qui lui en a valu une étude stakhanoviste pendant longtemps. Les membres décharnés se mêlent à des cellules virevoltantes, à des circuits électroniques imprimés.

Son style éclectique fascine. Ce style cru, hors d’une beauté esthétique normalisée, se trouve pourtant une beauté propre, autre et incongrue. Rien n’y est adouci ou attendri. Il explore des thèmes récurrents, que l’on retrouve et perd ensuite de manière cyclique. Des écorchés, des cyclistes, des hockeyeurs, des masques à gaz, des terris. Les terris surtout. L’histoire industrielle wallonne encore plus. Les mouvements sociaux par-dessus tout. L’esprit aiguisé de Daniel Pelletti fuse sans cesse, se questionnant toujours plus sur l’avenir de l’Homme, traduisant ses réflexions à travers son art.  

La peinture, c’est d’abord un dialogue avec soi-même.

Empreint d’une sensibilité presque trop forte pour lui, Daniel Pelletti est en proie à des vagues d’émotions soudaines, l’arrachant à notre monde pour se perdre dans le sien, avant de pouvoir en revenir. Quel contraste ! Lui d’ordinaire si enjoué, si emporté, si ironique et plein de vigueur. Cet incorrigible bavard n’hésite pas à conter ses histoires et ses savoirs sans le moindre pédantisme, simplement par pur plaisir d’apprendre et de partager. C’est donc peu surprenant de savoir que celui-ci a passé 35 ans dans l’enseignement, tantôt en tant que professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, puis en tant que directeur de l’Académie de Braine-l’Alleud.

Et c’est d’ailleurs dans une école, à l’Athénée, que Daniel Pelletti a rencontré Francine, son épouse. Francine. Son prénom résonne constamment entre les lèvres du peintre. Elle était celle. Celle qui a toujours été son moteur. Celle qui s’occupait de tout pour que lui puisse se plonger pleinement dans ce qu’il désirait faire. Cette force qui le poussait plus qu’il ne l’aurait fait lui-même. « Sans elle, je n’aurais pas eu mon parcours ».

Décédée quelques mois plus tôt, sa présence est pourtant omniprésente dans le manoir des Pelletti, même si, au premier regard, on n’en décèle que peu de marques tangibles. Quelques photographies se cachent ici et là, englouties dans l’immensité de la collection d’objets en tous genres couvrant à peu près chaque pan d’espace disponible.

Tout comme son épouse, différentes rencontres ont façonné Daniel Pelletti tout au long de sa vie. Chavée, Malangré, Louvet, Vandycke, Simoens, Canonne, Calisto. Tous, autant qu’ils sont, ont fait de lui cet homme entier, dense, un peu mystérieux parfois. Un homme qui continue de se forger, de s’inventer et de se réinventer en un cycle sempiternel. Heureusement, aujourd’hui, son rire tonitruant résonne entre les quatre murs de sa maison. Ses enfants, ses petits-enfants et ses amis tourbillonnent encore autour de lui. Les rencontres continuent de se créer, le tout dans une valse dont le temps n’est pas près de s’égrener.

Cuisine
Entrée de l'atelier de Daniel Pelletti
Des polaroïds pris par Pelletti lui-même, lui servant notamment d'inspiration.
L'atelier de Daniel Pelletti a des airs de cabinet de curiosités
Masques, entreposés dans l'atelier de Daniel Pelletti
Portrait de Daniel Pelletti

Nouveau sur Mammouth

Digitalisation de la justice : pour ou contre ?
"Sexisme en coulisse" dans la sphère politique
Pédopsychiatrie : « Le Covid-19 a augmenté l'anxiété des jeunes »
La Belgique reste cramponnée à la cigarette