Trouver un kot à Bruxelles, mission impossible ?

Malgré les initiatives publiques et privées, la crise du logement étudiant persiste dans la capitale.

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Malgré les initiatives publiques et privées, la crise du logement étudiant persiste dans la capitale.

Se loger à prix abordable à Bruxelles quand on est étudiant, est-ce une mission impossible ? Avec un coût moyen de 500 euros, voire davantage en fonction des configurations, les kots et studios sont inaccessibles pour nombre de jeunes inscrits dans les universités et les hautes écoles.
Le projet The Crown, dont la première pierre vient d’être posée à Ixelles, en plein quartier universitaire entre l’ULB et la VUB, apportera un soulagement pour certains. Le bâtiment, qui devrait être livré à la rentrée académique de 2026, offrira 195 logements accessibles à 188 euros la chambre et 310 euros le studio. Porté par le promoteur immobilier Artone, le projet a été mené en partenariat avec entre l’Agence Immobilière Sociale Étudiante (AISE). Celle-ci garantira aux acquéreurs de chaque appartement le paiement d’un loyer garanti et indexé pendant 27 ans. Mais s’ils constituent une bonne nouvelle pour les étudiants précaires qui pourront en bénéficier, ces appartements à prix abordables ne suffiront pas à résorber la crise bruxelloise du logement étudiant.


Une pénurie grandissante

Ces dernières années, la situation du logement étudiant à Bruxelles est en effet devenue alarmante, marquée par une pénurie grandissante de kots et d’appartements adaptés. Celle-ci est exacerbée par l’augmentation significative du nombre d’étudiants dans la région. En effet, lors des 15 dernières années, le nombre d’étudiants a augmenté de 55 % dans les universités, et de 24 % dans les hautes écoles. L’offre de logement n’a pas du tout suivi cette évolution.
Selon une enquête réalisée au début de cette année académique par la Fédération Étudiante Francophone (FEF), seulement 1.000 kots ont été créés lors de la dernière législature alors qu’il en manquerait 10.000. Cette situation frustre certains étudiants, comme Clément, étudiant à l’UCL sur le site de Saint-Louis. “Je vis à Wavre, donc je dois prendre le bus et le métro tous les matins. Pour suivre un cours à 8h30, je dois me lever à 6h du matin”, confie-t-il. “Avoir un logement à Bruxelles, ça me permettrait de dormir plus longtemps et de ne pas passer près de trois heures par jour dans les transports en commun. Ce serait un réel soulagement”.
L’UCL a décidé de le mettre sur liste d’attente pour privilégier les étudiants boursiers ainsi que ceux qui habitent le plus loin de la capitale. Mais Clément tire de sa situation un constat défaitiste. “Le problème, ce n’est pas qui on décide de mettre dans les logements. Le problème c’est qu’il n’y a pas assez de logements

Des logements pas toujours adaptés

Si l’offre de logements étudiants est insuffisante, leur qualité laisse aussi à désirer. L’insalubrité et l’insécurité règnent dans le peu de logements proposés, comme en témoigne Louise, étudiante sur le campus d’Alma, qui a dû passer une année entière dans un logement miteux. “Quand vous avez de l’eau brune qui sort de votre douche et qu’elle ne dépasse les 10°C, en janvier lorsque les températures sont parfois négatives, c’est difficile de rester concentrée sur la réussite des études.”
Avec une offre de logements publics bien trop faible, le marché privé fait sa loi et les loyers atteignent des montants inaccessibles pour la majorité des étudiants. Dans un marché saturé, les propriétaires privés peuvent se permettre d’offrir des logements de mauvaise qualité à des prix exorbitants.
Initiatives
Face à cette crise, plusieurs entités tentent de répondre aux besoins. L’AISE se distingue par son engagement à fournir des logements abordables dans la capitale depuis 2016.
L’Agence Immobilière Sociale Étudiante permet, cette année encore, à 327 étudiants d’avoir accès à un logement social et salubre. Mais les critères d’éligibilité stricts limitent l’accès aux étudiants aux revenus les plus bas. Pour pouvoir prétendre à un logement de l’association, il faut en effet remplir les trois conditions suivantes : le revenu annuel brut ne doit pas dépasser les 27 000 euros, il faut être régulièrement inscrit dans l’enseignement supérieur et ne pas avoir plus de 35 ans en première année d’études.
Ces conditions empêchent nombreuses candidatures d’aboutir. Sur les 276 dernières demandes, moins de la moitié a pu être accordée. 86 sollicitations sont toujours en liste d’attente dont 13 sont considérées comme « urgentes » (c’est à dire concernant des étudiants n’ayant aucun logement).
Pour débloquer la situation, Floriane Philippe, directrice de l’AISE prône une approche plus holistique. « Il est crucial d’augmenter l’offre de logements abordables, tout en repensant les critères d’éligibilité, notamment le plafond de revenu qui est trop bas. Le but étant d’élargir un maximum notre public cible pour inclure une plus grande diversité d’étudiants« , dit-elle. Une proposition de loyer dégressif calculé sur le revenu parental est notamment sur la table. La création d’un pôle social de première écoute et d’accompagnement est une autre solution que l’AISE aimerait pouvoir apporter aux étudiants. Ne pas seulement loger mais également travailler sur l’éducation au logement et au risque financier permettrait, sur le long terme, une meilleure approche dans la gestion d’habitation.

Partenariats avec le privé

Dans l’optique de pouvoir proposer une meilleure offre à la population estudiantine, les partenariats avec le secteur privé semblent être indispensables. Ces collaborations demandent une réelle réadaptation du cadre de subventionnement pour pouvoir exister.
L’AISE s’oriente vers ce type de partenariat dans le futur pour faciliter l’accès à un logement de qualité soumis à de multiples normes de sécurité et de salubrité. Plusieurs projets sont très avancés pour affirmer tandis que d’autres sont toujours en cours de discussion. 47 studios devraient ainsi voir le jour en 2025, 196 de plus en 2026 et 200 en 2027, répartis dans les communes proposant des universités et hautes écoles. “Pour que de tels projets puissent continuer à se développer, il faut maintenir l’allégement des charges d’urbanisme, facilitant ainsi les constructions”, insiste Floriane Philippe.
La crise du logement étudiant à Bruxelles est une réalité qui risque d’empirer les prochaines années. Si les logements à bas prix se développent, notamment grâce aux partenariats public-privés, la demande est chaque année de plus en plus grande. Tous les ans, des étudiants comme Clément se retrouvent sans la possibilité de se loger. Pourtant, soupire-t-il, “koter dans un endroit proche de ses études, ce n’est pas un privilège, c’est une nécessité”.

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