Derrière le succès grandissant de la trottinette électrique en Belgique, les chiffres révèlent une hausse préoccupante des accidents et des blessures graves.
Adobe Stock
Au fil des années, la trottinette électrique a conquis le paysage urbain belge et s’est imposée comme le moyen de transport idéal pour se déplacer en ville. Mais derrière ses atouts, les accidents augmentent chaque année et les enjeux autour de la sécurité font souvent débat au sein du secteur de la mobilité.
Le succès de la trottinette est paradoxal : dans son dernier baromètre de la sécurité routière, l’Institut Vias constate que plus les années défilent, plus le nombre d’accidents mortels augmente en Belgique. Jusqu’en 2024, pas plus de deux victimes n’étaient enregistrées dans les neuf premiers mois de l’année. En 2025, le bilan a triplé, avec sept morts sur la route.
Si l’augmentation du nombre d’accidents de trottinettes est indéniable, la cause ne réside pas uniquement dans la démocratisation de ce mode de déplacement : “Certaines règles ne sont toujours pas respectées, notamment le fait de rouler à deux sur les trottinettes électriques (…) le fait que des enfants de moins de 16 ans continuent de rouler sur ces engins alors que c’est interdit ou bien le fait de continuer à rouler sur le trottoir. Tout ça, ça ne joue pas dans le bon sens”, avance Benoît Godart, porte-parole de VIAS.
Camille Thiry, chargée de communication à Bruxelles Mobilité, abonde dans le même sens : “En matière de sécurité routière, la trottinette électrique reste un moyen de transport peu sécurisé. Avec leur centre de gravité bas, ces engins entraînent plus de chutes, souvent plus violentes.”
Trottinette ou vélo : attention au mirage des chiffres
A première vue, les statistiques semblent sans appel : 5 697 accidents à vélo contre
1 849 à trottinette sur les 9 premiers mois de 2025. Le vélo paraît donc plus dangereux. Mais à y regarder de plus près, cette conclusion est trompeuse.
Une fois rapportés au nombre d’usagers, les chiffres racontent une toute autre histoire. La Belgique compte environ vingt fois plus de cyclistes que d’utilisateurs de trottinettes. À proportion égale, les trottinettes électriques s’avèrent donc bien plus accidentogènes : pour un trottinettiste, le risque d’être impliqué dans un accident est 650 % supérieur à celui d’un cycliste.
Le bilan humain confirme cette fragilité. Sur les neuf premiers mois de 2025, Vias a recensé 25 décès à vélo et 7 à trottinette en Belgique. A nouveau, au delà des chiffres bruts, le ratio par utilisateur révèle une insécurité flagrante des trottinettes : 1 décès pour 21 400 pratiquants de trottinette, contre 1 décès pour 140 000 pratiquants de vélo (estimation basée sur des chiffres du SPF Mobilité et Transports).
Les utilisateurs de trottinettes sont non seulement plus souvent impliqués dans des accidents, mais ceux-ci sont aussi plus graves. La conception même de l’engin accroît la vulnérabilité des conducteurs, avance Camille Thiry. Résultat ? Lorsqu’un accident survient, la probabilité de blessures graves est deux fois plus élevée en trottinette qu’à vélo. De plus, six blessés sur dix pris en charge par les urgences après un accident de trottinette souffrent d’un traumatisme crânien, contre quatre sur dix chez les cyclistes.
Aux côtés des chiffres qui objectivent les accidents liés à l’usage des trottinettes, Benoît Godart insiste aussi sur plusieurs dispositions légales, toujours ignorées par la population. « En 2024, un accident sur dix à trottinette impliquait un jeune de moins de 16 ans. Cette étude de Vias démontre aussi que la sensibilisation doit être renforcée. Quatre Belges sur dix ignorent toujours que l’âge minimum pour conduire une trottinette est de 16 ans, quand un Belge sur trois ignore qu’il est interdit de rouler à deux sur ce type de véhicule. » L’institut belge sur la sécurité routière estime que les parents doivent participer à cette sensibilisation et cette prévention.
Bruxelles : épicentre de la micromobilité
Bruxelles domine largement le paysage de la micromobilité belge, loin devant la Wallonie et la Flandre. La trottinette électrique s’est imposée comme un moyen de déplacement précieux dans la capitale.
En Belgique, un tiers des accidents impliquant des trottinettes, avec des blessés, se produit à Bruxelles. Un chiffre qu’il faut interpréter avec précaution : la capitale compte à elle seule 15 000 trottinettes électriques, selon les derniers chiffres de Bruxelles Mobilité. Le service public nuance : “L’offre est considérable, et le nombre d’utilisateurs augmente de façon exponentielle. Il est donc logique que le nombre d’accidents progresse également”. En d’autres termes, si les chiffres absolus sont en hausse, ils doivent être relativisés au regard de l’usage croissant. Bruxelles concentrait d’ailleurs plus de la moitié des trottinettes partagées en Belgique en 2024.
Des mesures à la hauteur ?
Depuis le 1er juillet 2022, la législation belge a précisé certaines règles encadrant l’usage des trottinettes électriques. Parmi celles-ci, on retiendra que l’âge minimum est fixé à 16 ans, que le transport de passagers est interdit, que les usagers doivent emprunter les pistes cyclables ou la chaussée comme les cyclistes ou encore que la vitesse a été réglementée, limitant l’allure à 20 km/h maximum.
Ces mesures ont eu un effet notable immédiat sur la réduction du nombre de blessés à Bruxelles entre 2022 et 2024, selon les chiffres de Bruxelles Mobilité. Si la tendance est à la baisse à Bruxelles, elle augmente sur l’ensemble de la Belgique. Raison pour laquelle VIAS plaide pour des mesures plus drastiques : “À un moment ou un autre, il va certainement falloir plus de contrôles. Les mesures ne sont pas suffisantes, puisque le nombre d’accidents augmente”, commente Benoît Godart. L’institut demande l’obligation du port du casque, de la veste fluo, et elle demande l’homologation du curvomètre, un appareil capable de contrôler la vitesse des trottinettes, ainsi que la possibilité de saisir et détruire les trottinettes qui ne seraient pas en ordre.
Depuis l’implantation des sociétés de trottinettes partagées en Belgique, le nombre d’utilisateurs ne cesse d’augmenter. A Bruxelles, les deux opérateurs Bolt et Dott ont maintenant obligé leurs utilisateurs à partager leur carte d’identité. Ces mesures sont censées décourager les abus, l’utilisation des trottinettes par des mineurs et par conséquent, le nombre d’accidents dans la capitale.
Méthode : Notre base de travail se compose de données fournies par VIAS, dans le baromètre de la sécurité routière, et par Bruxelles Mobilité. Nos données, ainsi que nos calculs sont consultables via notre tableur, disponible via ce lien.

