Téchiné : le cinéaste qui ne voulait pas apparaître à l'image

Il a passé sa vie derrière caméra. Mais ne lui demandez pas de la regarder dans les yeux. Entretien avec André Téchiné, monument du cinéma français et président du Jury long métrage du FIFF.

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Photos : Antoine Mahin et Alexandra Ferette

Il a passé sa vie derrière caméra. Mais ne lui demandez pas de la regarder dans les yeux. Entretien avec André Téchiné, monument du cinéma français et président du Jury long métrage du FIFF.

Photos : Antoine Mahin et Alexandra Ferette

Président du Jury Long Métrage de cette 34e édition du FIFF, André Téchiné c’est : 54 ans de carrière, un spécialiste du drame romantique et la révélation de grands noms tels que Catherine Deneuve, Isabelle Adjani et Juliette Binoche, rien que ça. Pour son premier FIFF, le réalisateur français donnera une leçon de cinéma ce jeudi 3 octobre au Grand auditoire de la Bourse.

André Téchiné prêt à être interviewé dans sa chambre d’hôtel
Photo: Alexandra Ferette

Vous êtes ici au FIFF en tant que président du jury, en quoi consiste ce rôle ?

Je suis ici pour voir des films, pour en parler avec un jury et pour faire des choix en fonction des coups de cœur de chacun. J’ai voulu qu’on se réunisse après chaque film, tout de suite après la projection, parce que pour moi, chaque film doit être jugé seul. Cela donne toute sa chance à chaque film, sans comparer et trouver que l’un a plus de qualité que l’autre. On ne parlera pas des films précédents ou suivants qui restent à découvrir. Je préfère séparer les films comme on sépare les pouvoirs (rires).

A vos yeux, quels sont les critères déterminants pour gagner le Bayard d’Or (prix du meilleur long métrage du FIFF) ?

Il faut que ce soit un coup de cœur et que ça déclenche de l’enthousiasme. Mais pas seulement égoïstement parce que je ne vais pas imposer mes goûts aux jurys. Le film qui présentera pour nous la dimension artistique la plus accomplie et la plus indiscutable gagnera.

Vous avez commencé en tant que critique de cinéma, vous êtes désormais Président du jury. Est-ce que ces deux rôles se ressemblent ?

Au rôle de critique non, mais à celui de spectateur oui. Un spectateur à la fois naïf et exigeant, mais je suis tout à fait capable d’être ouvert par rapport à un film que je découvre. Ce qui me procure le plus de plaisir, c’est la surprise et l’inattendu… c’est ça que j’attends d’un film.

Avez-vous des attentes particulières sur ce festival ?

L’attente, c’est d’avoir de bonnes surprises. C’est découvrir des talents que j’ignore, pas seulement des talents confirmés. Xavier Dolan, Arnaud Desplechin, Valérie Donzelli… il y a des cinéastes reconnus. Mais j’ai aussi le désir d’être ému par des cinéastes et par un cinéma qu’on découvre pour la première fois, un cinéma de débutant quoi.

Êtes-vous déjà venu ici au FIFF de Namur ?

À Namur, non. On m’avait déjà proposé de venir pour les mêmes raisons. Les autres années, j’avais refusé car cela tombait très mal dans mon emploi du temps. Thierry Klifa, qui était président du jury l’an dernier, m’a dit que c’était un festival formidable, pas du tout paillettes, que c’était vraiment des gens qui se passionnaient pour le cinéma, et que les organisateurs étaient tout à fait sympathiques. Il était tellement heureux de son séjour ici et de l’ambiance, de l’amour du cinéma qui était partagé, qu’il m’a convaincu. Et je suis là !

Justement, vous parlez de votre ami Thierry Klifa ; son documentaire André Téchiné, cinéaste insoumis va être diffusé au FIFF avant votre conférence. Qu’est-ce que ça vous fait ?

Alors soyons clair là-dessus. C’est lui qui a entièrement fait ce documentaire, et c’est son œuvre. Moi évidemment, je n’ai pas du tout mis mon nez là-dedans, ni sur la conception, ni sur le montage. Je n’ai exigé aucun droit de regard. Je ne l’ai pas vu et je n’irai pas le voir. Je ne sais rien de ce portrait, et j’ai eu simplement des échos favorables par des spectateurs qui l’avaient vu. J’aime être de l’autre côté de la caméra, être celui qui filme. Je n’aime pas être filmé et je n’ai aucune sorte d’intérêt, de curiosité à voir un portrait qu’un cinéaste peut faire de moi. J’estime que ça ne me regarde pas.

Pourquoi vous caractérise-t-il de « cinéaste insoumis » ?

Ça, vous demanderez à Thierry (rires). C’est sans doute car lui me voit comme ça. Il y a toujours eu dans mes films des personnages de révoltés, des révoltes de tous âges. C’est peut-être en suivant cette piste-là.

Pour ce qui est des révoltes vous n’avez pas fait de « coming-out » public malgré vos 50 ans de carrière. Avez-vous vu un changement des mentalités à ce sujet ?

Je n’ai jamais fait de « coming-out » public. J’ai fait des films où l’homosexualité est très présente. Je ne l’ai jamais cachée, mais je ne l’ai pas non plus annoncée publiquement. Cependant maintenant, il existe des films et des documentaires militants qui racontent l’histoire des luttes LGBT et c’est formidable que ces luttes existent. Il y a aussi des fictions dans lesquelles les personnages sont homosexuels. Je ne crois pas que tout cela ait encore un caractère clandestin aujourd’hui. Il y a quand même eu une évolution des mentalités. Malheureusement, comme toujours, ce qu’on libère quelque part, on peut l’écraser ailleurs. Car il y a aussi eu des réactions très exacerbées d’homophobie et une recrudescence de violences homophobes.

Comptez-vous revenir à la réalisation ? Peut-être pour en parler ?

Je n’ai pas ce réel projet dans l’immédiat. C’est aussi pour ça que j’ai accepté de venir ici. J’ai quand même pris quelques notes, mais je verrai sûrement ça au début de l’année prochaine. En ce moment, je ne suis pas dans une phase d’appétit d’écriture, de besoin de tourner. Je suis très bien comme ça.

Clara Emonnot

Jules Rauch

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