Une Wallonne séduit des supporters de cyclocross

Avant le retour du cyclisme sur route, place au cyclocross. Si des coureurs néerlandophones enchaînent les performances, chez les femmes, Marion Norbert-Riberolle reste la meilleure chance belge mais aussi l'unique Wallonne du peloton.

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Hugo Derycke (CBY NC SA)

Avant le retour du cyclisme sur route, place au cyclocross. Si des coureurs néerlandophones enchaînent les performances, chez les femmes, Marion Norbert-Riberolle reste la meilleure chance belge mais aussi l’unique Wallonne du peloton.

Hugo Derycke (CBY NC SA)

29 octobre, Ruddervoorde, petit village au sud de Bruges, trois heures avant le départ, l’équipe de Crelan-Fristads est déjà en place. Les caravanes sont disposées selon le plan, les mécaniciens préparent les vélos, les rouleaux et autre matériel technique, le directeur sportif explique la tactique du jour aux coureuses, les soigneurs préparent déjà l’après-course, les supporters viennent aux nouvelles de Marion, leur championne…

La Flandre : patrie du cyclocross ?

Il est 12h30, le parking du public est déjà rempli. Les plaques d’immatriculation néerlandaises et celles provenant de garages flamands sont nombreuses. Un kilomètre et demi plus loin, l’entrée du circuit se profile. « Hallo meneer, kan je mij jouw ticket tonen alstublieft ? ». Pas un seul mot de français, rien que du néerlandais. Tous les supporters préfacent la course alors qu’ils ne se sont jamais vus auparavant. « Wie zal winnen ? Betsema ? Cant ? Alvarado ? Norbert-Riberolle ? ». Quelques drapeaux, avec le lion le plus connu de Flandre, flottent au vent ou sur les épaules des spectateurs.

supporters cyclocross
Les supporters patientent en attendant l’arrivée des coureuses – Hugo Derycke (CBY NC SA)

Après quelques centaines de mètres dans les champs, les coureurs de la catégorie masculine s’échauffent déjà sur la route et s’arrêtent de temps en temps pour signer des autographes et faire des photos avec leurs fans.

« Mon club de supporters me donne plus de motivation que du stress »

Marion Norbert – Riberolle

200 mètres plus loin, au fond de la prairie qui fait office de parking des coureurs, une petite bande de cinq, six supporters parlent français. Plus exactement, un patois picard de l’ouest du plat pays se fait entendre. Devant eux, sur les rouleaux, Marion Norbert-Riberolle et deux équipières s’échauffent dans leur maillot vert et blanc de Crelan-Fristads, l’une des plus grandes équipes du cyclocross. Cette jeune coureuse de 23 ans a commencé sa discipline sous les couleurs françaises. Championne de France et du monde espoir en 2020, la Mouscronnoise a décidé de rouler sous les couleurs belges depuis un an et demi.

Tassés entre deux caravanes et les camionnettes des mécaniciens, les supporters de la jeune prodige échangent avec elle. « Tu as bien dormi Marion ? Bien rentrée de ta course de dimanche aux Pays-Bas ? Tu vises un top 5 aujourd’hui ? »

Le sourire aux lèvres, Marion Norbert-Riberolle répond à toutes ces questions tout en s’échauffant de plus en plus rapidement avant son entrée en lice sur le circuit. « Ça va être dur aujourd’hui, il fait trop chaud ! » Puis encore : « J’espère ne pas trop avoir les jambes lourdes. Depuis Tábor (NDLR : course en République Tchèque), je n’ai pas pu vraiment me reposer ». De la République Tchèque en passant par les États-Unis et la Belgique, son quotidien est marqué par les nombreux déplacements qui peuvent s’avérer très fatigants.  

coureuse et directeur sportif
Dernières consignes tactiques pour Marion Norbert-Riberolle avant le départ de la course – Hugo Derycke (CBY NC SA)
Supporters et cycliste
Les supporters de Marion Norbert-Riberolle viennent aux nouvelles de leur championne – Hugo Derycke (CBY NC SA)

13h20, c’est le moment de filer vers la ligne de départ. Les supporters se dirigent vers le parcours et cherchent la meilleure position pour voir leur favorite plusieurs fois en quelques mètres. « Nog twee minuten vóór de start ». Crispation et stress, les sentiments que vit chaque supporter avant le début de la course. Tout le monde derrière le grand écran, les coureuses vont bientôt partir.

23 degrés, un 29 octobre. C’est du jamais vu et sûrement pas des conditions de cyclocross. Où sont passées la pluie et la boue ?

départ de la course féminine cyclocross
Départ de la course féminine dans la pente très raide du Koppenberg – Hugo Derycke (CBY NC SA)

Trois, deux, un, partez !

Le soleil est tellement radieux que les supporters enlèvent leur pull et leur veste. « J’imagine à quel point elles doivent souffrir sur leur vélo, elles qui ne sont pas habituées à ces chaleurs-là pour le cyclocross », explique Jean-Louis, un grand supporter de Marion. Ancien mécano dans l’ancienne équipe de la coureuse de 23 ans, il est devenu par la suite son plus grand fan. À 53 ans, Jean-Louis suit Marion depuis 2017. Avec sa veste « Supporter Marion Norbert-Riberolle » sur sa carrure robuste, sa casquette noire plantée sur sa tête, en pantalon beige et grosses bottines, il l’a notamment suivie jusqu’en Suisse, à Dübendorf, où elle est devenue championne du monde espoir en février 2020. « On n’a quasiment pas dormi de la nuit, c’était dingue ! »

Supporters cyclocross
Supporters cyclocross
Coureuse cyclocross
Coureuse cyclocross
coureuse cyclocross
coureuse cyclocross

« En plus ça va être dur c’est pas un parcours et une météo qui lui conviennent » 

Jean-Louis, supporter et ancien mécanicien de Marion Norbert-Riberolle

C’est parti ! La course est lancée et Marion est troisième au premier virage. Quel départ de la jeune Belge ! Quelques mètres plus loin, la Mouscronnoise passe devant Jean-Louis qui court aussitôt vers le prochain « crossing point » pour la voir de nouveau. Et ainsi de suite jusqu’au dernier tour. Entre les nombreux supporters néerlandophones, Jean-Louis fait porter sa voix et encourage Marion dans la dernière ligne droite. Elle finit 5èmede la course derrière les grandes favorites néerlandaises.

coureuse cyclocross
coureuse cyclocross

coureuse cyclocross
coureuse cyclocross

Cyclocross coureuse
Cyclocross coureuse

Coureuse cyclocross
Coureuse cyclocross

Coureuse cyclocross
Coureuse cyclocross

coureuse cyclocross
coureuse cyclocross

« Déception parce qu’un sportif veut toujours gagner mais bonne sensation sur un parcours et des conditions climatiques défavorables ».

La course des hommes va bientôt commencer mais ce n’est pas grave, les supporters de Marion Norbert-Riberolle filent vers sa caravane pour obtenir son débriefing. De nouveau sur les rouleaux, la langue pendante sous les gouttes de transpiration, Marion est au téléphone avec sa maman qui la félicite pour sa course mais qui lui annonce que son chien a quitté la maison. « Mon chien, c’est toute ma vie ! Je ne sais pas ce qui s’est passé mais apparemment, une porte est restée ouverte et il serait parti », lance-t-elle à ses supporters qui renchérissent de questions. Cette particularité où les professionnelles discutent avec leurs supporters, il y a peu de sports où on voit ça.

30 minutes de rouleaux plus tard, le temps de la douche a sonné après les derniers débriefings, en anglais, avec le directeur sportif. Un dernier coucou aux supporters en attendant le prochain rendez-vous.

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