Sécurité : carton rouge pour les stades de football ?

Alors que les différents championnats européens reprennent, un débat émerge : peut-on véritablement garantir la sécurité des spectateurs dans les stades belges ?

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Photo : Quentin Ferrière

Alors que les différents championnats européens reprennent, un débat émerge : peut-on véritablement garantir la sécurité des spectateurs dans les stades belges ?

Photo : Quentin Ferrière

Après l’attentat terroriste qui a secoué le centre de Bruxelles le lundi 16 octobre, le match Belgique – Suède a dû être arrêté et le stade Roi Baudouin évacué. A la suite de cet événement, la sécurité dans les stades de football belge se retrouve sous les feux des projecteurs.

Si l’on écoute les différents supporters interrogés, un point de vue se dégage nettement : ils se sentent en sécurité. Mais, très vite, les voix s’élèvent pour pointer des failles dans le dispositif de sécurité. C’est là tout le paradoxe.

Je me sens en sécurité, mais…

Lors d’un match de football, plusieurs dispositifs sont prévus à l’intérieur et à l’extérieur du stade. Quelques heures avant le début du match, les stewards effectuent une vérification des tribunes à la recherche d’objets interdits. Celle-ci est nécessaire car, même si les supporters n’ont pas le droit d’entrer dans le stade avant l’ouverture des portes, Vanessa, agent de sécurité, nous apprend qu’ils y parviennent parfois.

Lors d’un match, de nombreux objets interdits sont présents dans le stade. Cette observation soulève une interrogation. Si une vérification est effectuée avant le coup d’envoi, pourquoi y a-t-il encore ce genre d’objets lors des rencontres ? 

Des fouilles peu efficaces

La réponse donnée par toutes les personnes interrogées est la suivante : les fouilles sont insuffisantes. Lors de leur formation, les futurs stewards apprennent à réaliser des palpations dites « superficielles », par manque de temps et de personnel. D’après Nicolas, steward étudiant, ce type de fouille suffit lors d’un match de football. Il affirme qu’avec ce contrôle, il peut identifier s’il y a des objets qui peuvent l’interpeller. Dans ce cas, il n’hésite pas à demander aux spectateurs de vider leurs poches ou d’ouvrir leurs sacs. 

Cependant, il rejoint l’avis de la majorité en admettant qu’il est possible d’entrer avec des objets interdits dans le stade. Certaines parties du corps ne sont pas vérifiées lors de ces palpations, comme les parties intimes et l’entre-jambe. Il est donc possible d’y cacher des fumigènes, de petits couteaux et autres. Les supporters utilisent également d’autres techniques comme le manche d’un drapeau ou les tambours pour cacher des objets illicites, nous confie Noé, supporter du Sporting de Charleroi. D’après lui : “il y a plein de techniques qui font que les fouilles ne permettent pas de tout filtrer aujourd’hui.” 

Pour tester cette affirmation, Quentin est rentré au Stade du Pays de Charleroi avec un objet illicite : une bouteille de soda. Ces bouteilles sont proscrites dans les stades parce que, remplies, leur poids les rend dangereuses lorsqu’elles sont lancées du haut d’une tribune.

Si les fouilles ne sont pas approfondies, elles semblent être suffisantes pour les supporters lambda. Cependant, d’après Noé, « les Ultras (supporters inconditionnels) trouvent toujours des moyens de faire passer quelque chose dans le stade. Les fouilles pourraient être intensifiées, notamment sur les groupes dont on connaît la réputation. »

Certains supporters affirment qu’il est possible d’entrer dans un stade sans subir de fouilles lors de certains matchs. D’après Diego, supporter anderlechtois, il est même possible de pénétrer dans un stade sans ticket, en se collant à quelqu’un d’autre pour passer le tourniquet à l’entrée. Il en a fait l’expérience et n’a d’ailleurs, ce jour-là, subi aucune fouille de la part des agents de sécurité. 

Mis à part les palpations superficielles, la formation des stewards est agrémentée d’autres compétences nécessaires à la sécurité. Nicolas et Quentin, tous deux stewards, expliquent que les futurs stewards suivent une formation théorique. Ils réalisent ensuite 5 matchs en tant que stagiaires avant d’être déclarés stewards par l’Union belge de football (RBFA).

En plus des techniques de palpation, les candidats stewards apprennent notamment la loi football, les règlements d’ordre intérieur des stades et les différents groupes de hooligans. Cependant, Nicolas ajoute qu’aucune formation n’est dispensée pour réagir face à une potentielle menace terroriste lors d’une rencontre. D’après lui, c’est le rôle de la police à l’extérieur du stade. 

La loi football

La loi Football, relative à la sécurité lors des matchs, représente un élément essentiel dans la régulation de la sécurité dans les stades du pays. Elle a été mise en place en 1998 en Belgique, pour prévenir les incidents et garantir la sûreté des personnes présentes dans le stade. Cette loi donne suite aux événements du match PSG – Caen en 1993, qui a fait 10 blessés au sein de la police.

Parmi les articles qui la composent, on retrouve plusieurs points qui accordent le droit aux autorités d’interdire l’accès au stade à certains individus, si leur présence est susceptible de créer des troubles. La loi autorise l’inspection des supporters à l’entrée des stades, y compris les fouilles.

La Chambre a récemment approuvé une nouvelle loi « football » qui vise à appliquer une « tolérance zéro absolue » concernant certaines infractions, dont l’utilisation illégale d’objets pyrotechniques et les violences physiques.

Pourquoi n’y a-t-il pas de policiers dans les stades ?

L’incident du match PSG-Caen est déterminant sur la question de la présence policière dans les stades. Il marque un tournant dans la politique en matière de répression du hooliganisme. La loi Pasqua, qui en découle, prévoit que les organisateurs des manifestations sportives puissent assurer un service de maintien de l’ordre. Cela laisse l’occasion à la LNF (Ligue Nationale de Football ; aujourd’hui LFP), d’engager du personnel assigné à une tâche plus préventive. 

Dès lors, fini les uniformes des forces de l’ordre dans les stades : place aux stadiers (appelés stewards chez nous). Leur rôle est de temporiser et de dialoguer pour prévenir la violence et les envahissements de terrain, avant une possible intervention policière si la situation venait à déraper. La nouveauté étant que chaque club engage ses propres stadiers. Ils connaissent et sont connus des supporters. 

Encore aujourd’hui, lorsqu’une équipe se déplace, elle emmène toujours avec elle une délégation de stewards. Cela signifie-t-il qu’il n’y a plus du tout de policiers dans les stades ? Pas exactement. Dans les gradins, les stewards sont secondés par des “spotters”, policiers en civils munis d’une oreillette. Ils sont indétectables au milieu d’une foule et peuvent intervenir en tribune. 

En cas d’émeutes majeures, la police en uniforme peut intervenir dans le stade, ce qui reste tout de même peu courant. La présence policière reste donc cantonnée à l’extérieur de l’enceinte du stade pour assurer l’ordre aux abords, escorter les cars de supporters visiteurs, veiller à la protection des joueurs, de membres des staffs, des dirigeants, etc. 

Barrage de police devant le parcage des supporters Anderlechtois lors du classico du 22 octobre 2023. © Delphine Grote

Des failles dans la sécurité des stades

Après l’attentat du 16 octobre 2023  les autorités ont rehaussé le niveau de menace terroriste à 4. Le niveau d’alerte a par la suite été rapidement abaissé à 3. Par conséquent, le dispositif de sécurité dans les lieux publics a été amélioré. Cependant, les stades de football semblent échapper à la règle. Lors des rencontres, la police reste présente et les contrôles continuent, mais ne sont pas amplifiés, contrairement à ce qu’on a observé lors des attentats terroristes de  2016.

Diego, supporter d’Anderlecht, observe, depuis 2016, un relâchement des mesures de sécurité aux entrées des stades. Nous avons tenté de poser la question aux équipes de sécurité des stades de foot ainsi qu’à plusieurs cellules football de Belgique, mais nous n’avons eu aucune réponse.

Les stewards nous ont rapporté que chaque match est traité au cas par cas, en fonction de plusieurs facteurs qui déterminent son degré de risque. Cependant, Nicolas, steward au Sporting de Charleroi, affirme qu’il ne pense pas que la sécurité sera renforcée. Il ne pense pas non plus qu’elle doive être renforcée car, pour lui, l’attentat du 16 octobre reste un cas isolé et il n’a pas touché directement le stade.

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