Sans-abrisme : vers la fin du plan hiver

L’année 2020 a vu se dérouler le dernier Plan Hiver sur décision  d’Alain Marron, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale. Ces interventions qui renforcent les aides aux sans-abris pendant les grands froids seront remplacées par des mesures à l’année, avec la volonté de favoriser l'accès au logement à long terme. Une initiative réclamée depuis longtemps par les ASBL, mais qui pose beaucoup de questions quant à l’aide offerte aux sans-abris cet hiver.

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Photos : CC BY NC ND

L’année 2020 a vu se dérouler le dernier Plan Hiver sur décision  d’Alain Marron, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale. Ces interventions qui renforcent les aides aux sans-abris pendant les grands froids seront remplacées par des mesures à l’année, avec la volonté de favoriser l’accès au logement à long terme. Une initiative réclamée depuis longtemps par les ASBL, mais qui pose beaucoup de questions quant à l’aide offerte aux sans-abris cet hiver.

Photos : CC BY NC ND

Chaque année, le plan hiver est mis en place à Bruxelles afin d’aider les sans-abris à faire face aux températures négatives. Pendant 6 mois, plus de 25 ASBL se coordonnent pour offrir aide alimentaire, vêtements chauds, soins médicaux et foyer de jour et de nuit à ceux qui n’ont pas de toit. Ces initiatives cherchent à répondre le plus efficacement possible aux besoins de tous en cette période difficile.  A titre d’exemple, L’ASBL Bruxelloise Jamais sans toit ouvre ses portes 7 jours sur 7 en hiver afin d’accueillir les sans-abris. 

En 2021, ce plan hiver devrait être remplacé par des aides annuelles, sur le long terme. C’est ce qu’a annoncé Alain Marron, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargé de l’aide aux personnes précarisées. De nombreuses ASBL s’en réjouissent, comme Infirmiers de rue et Solidarité grands froids, qui dénoncent depuis plusieurs années une aide uniquement saisonnière. Or, le sans-abrisme est difficile à vivre tout au long de l’année et pas seulement en hiver. 

Alain Marron a pour volonté de mettre en place des mesures durables de remise en logement. Il souhaite aider les sans-abris à sortir de la rue définitivement, plutôt que de les soutenir uniquement lorsqu’ils y sont. Toutefois, il insiste sur l’augmentation de la capacité d’accueil en hiver même si le nouveau plan est généralisé sur toute l’année. Cette idée était énoncée depuis de nombreuses années, mais c’est bel et bien acté : l’année 2020 a vu passer son dernier plan hiver. Cela interpelle les ASBL présentes dans le plan hiver qui sont dans l’incertitude et font face à une hausse de la demande.

Le nombre de personnes sans-abris et mal logées a augmenté de près de 30% entre 2018 et 2021

Bruss’help

Les associations constatent en effet un nombre croissant de personnes précarisées et leurs infrastructures sont insuffisantes pour les accueillir. Selon Bruss’help, organisme chargé de l’aide d’urgence et de l’insertion en région bruxelloise, le nombre de personnes sans-abris et mal logées a augmenté de près de 30% entre 2018 et 2021. On recense plus de 5300 personnes vivant dans la rue au printemps 2021 contre 4200 en 2018. Entre 2008 et 2020, le constat est plus frappant encore : le nombre de personnes dans l’espace public a plus que doublé, tandis que le nombre de personnes occupant des logements illégalement est passé de 60 à presque 1000.

Cette augmentation colossale complique la mise en chantier de plans pour venir en aide aux plus démunis. Au mois de décembre 2020, le SamuSocial a pu loger les femmes et les familles en demande d'hébergement, mais n’a pas été en mesure d'accueillir tous les hommes seuls qui en faisaient la demande.

Qu'adviendra-t-il sans le plan hiver ? La question est d'autant plus préoccupante en regard de la hausse des prix de l’énergie et des répercussions de la crise du coronavirus.  

La crise sanitaire en effet mis des gens à la rue. D'une certaine manière, certains ont également trouvé un hébergement grâce au confinement de l'an dernier, puisque 800 places pour sans-abris étaient disponibles dans les hôtels. Mais, avec la reprise du secteur, seules 189 places seront accessibles en 2021.

Pour cette année, les mesures de la nouvelle formule du plan hiver seront annoncées le 28 octobre, dont le démarrage est prévu le 1er novembre. Ces annonces de dernière minute, les ASBL y sont habituées. Chaque année, celles-ci travaillent dans la précipitation à l’approche de l’hiver et doivent redoubler d’efforts durant cette période. L’incertitude autour de la mise en place du plan hiver 2021 rajoute encore plus d’obstacles. Sans les places supplémentaires qu’il engendre habituellement, toutes les personnes sans domicile pourront-elles être logées et protégées ?

Cliquez sur le podcast pour entendre les témoignages des institutions et des sans-abris.

Intervenant n°1 : François Bertrand, directeur de Bruss'help
Intervenant n°2 : Nancy Ferroni, porte-parole de la Croix-Rouge
Intervenant n°3 : Roberto, ancien sans-abri ayant bénéficié du plan hiver
Intervenant n°4 : Icare, sans-abri bruxellois

Sur le terrain, l’écart des chiffres témoigne d’une réelle insuffisance des solutions mises en place. Quelles solutions pourraient être mises en place ? 

Des avancées possibles en termes de subsides, d'infrastructures et de communication

On s’interroge alors sur ce qui pourrait être fait pour rendre la lutte contre la précarité et l’augmentation du sans-abrisme en Belgique plus efficace. Il s’agit d’appréhender les capacités d’accueil pour faire face à une éventuelle saturation des centres pendant les périodes de grands froids.

  • Les subsides sont plus que nécessaires pour permettre aux ASBL d’être le plus efficace possible sur le terrain. L’incertitude est contreproductive. Plusieurs ASBL ne savent pas s’ils recevront des aides financières. D’autres ne savent ni quand, ni combien d’argent elles pourraient recevoir. Aussi, la répartition des subsides semble inégale. La Croix rouge reçoit un budget de 500.000 euros tandis que Solidarité grands froids déplore un financement trop faible. C'est ce qui fait dire à sa directrice : "Si c’est pour recevoir aussi peu d’argent, on préfère refuser et garder notre indépendance."
  • Les infrastructures : au-delà des subsides, les infrastructures ne sont pas assez nombreuses pour accueillir tout le monde. Durant la crise covid, les hôtels mis à disposition ont offert une alternative plus qu’intéressante qui mériterait d'être poursuivie. Notons aussi qu'à Bruxelles, certains bâtiments abandonnés deviennent de véritables squats. Ils pourraient être exploités comme réel lieu d’abri encadré.
  • La communication : notre enquête de terrain nous a permis de constater que certains sans-abris ne sont pas bien informés sur ce que les associations proposent. Il y a donc un réel besoin de multiplier les maraudes sur le terrain afin d'atteindre le maximum de personnes et surtout de bien informer les sans-abris de toutes les options qui leur sont offertes.

Cet article a été imaginé dans le cadre de la Semaine de l’Info Constructive.

Initiée par NEW6S, la Semaine de l’Info Constructive est un événement annuel qui mobilise un maximum de rédactions francophones belges autour de la démarche constructive. Celle-ci vise à se détourner d’un traitement anxiogène de l’actualité, pour lui préférer une approche axée sur les perspectives, les solutions et les pistes de réflexion concrètes. En d’autres termes, à la fameuse règle des 5W enseignée dans les écoles de journalisme (who did what, where, when and why), il s’agit d’ajouter une sixième dimension : what do we do now ?
Plus d’infos : www.new6s.be

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