Qui a posé le plus de questions parlementaires en 2025 ?

Mammouth a analysé toutes les questions écrites et orales de l'année passée

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CC BY : Daphné Raes

Mammouth a analysé toutes les questions écrites et orales de l’année passée

CC BY : Daphné Raes

Près de 14.000 questions ont été posées en 2025 par les élus fédéraux. Si ce chiffre témoigne peut-être d’une vitalité démocratique, représente-t-il pour autant une charge de travail effective pour nos députés ? Mammouth a analysé toutes les questions écrites et orales de l’année passée, et a découvert que certains députés gonflaient artificiellement leurs statistiques.

Avec leurs 13.806 questions annuelles, les parlementaires interrogent sans arrêt le gouvernement et jouent ainsi leur rôle de contrôle démocratique. Ces questions portent sur des enjeux variés : de la situation à Gaza à des dossiers locaux, tels que le marché couvert de Ciney ou l’absence de passage piéton aux abords de certaines gares. Comme le souligne le député fédéral Patrick Prévot (PS), la question parlementaire permet une remontée directe du terrain vers le monde politique : « Mes questions émanent pour la plupart des contacts que je peux avoir sur le terrain, lorsque je rencontre un secteur associatif ou d’activité économique et qui m’interpelle en me disant, attention, on a remarqué un vide juridique, ou une difficulté ».

Le nombre de questions est souvent utilisé comme un moyen de mesurer la quantité de travail fournie par un député. A ce décompte, Francesca Van Belleghem (Vlaams Belang) domine le classement avec 361 questions posées. Elle est suivie par Anthony Dufrane (MR) avec 356, et par Vincent Van Quickenborne (Anders) avec 326. « Rédiger une question écrite ou orale, ça peut ne prendre que quelques dizaines de minutes. Mais je peux en avoir une ouverte sur mon ordinateur pendant deux ou trois jours parce que j’attends des éléments complémentaires, ou que je vérifie toute une série d’éléments », avoue Patrick Prévot.

Passez votre souris sur la carte du Parlement pour découvrir le nombre de questions de vos députés.

Source : Lachambre.be · Mammouth / Julien Gillet & Tanguy Cloetens · CC photos : La Chambre
Vous trouverez plus bas la possibilité de rechercher quelle question a été posée par quel député.

Écrit ou oral : comment interroger le gouvernement ?

Les députés peuvent poser deux types de questions : les écrites ou les orales. Mais les deux ne se valent pas. Une question écrite est souvent utilisée pour des réponses plus longues, qui nécessitent par exemple des statistiques et davantage de contexte, alors que sa version orale permet plus de spontanéité et évite un temps de réponse de parfois plusieurs mois de la part du gouvernement.

« Pour une question orale, les ministres ont un peu moins d’un mois pour répondre et ils s’y attellent généralement. Mais pour une réponse ultra-rapide sur des sujets brûlants, il faut poser la question en séance plénière le jeudi. On peut la déposer le matin même pour une réponse l’après-midi », confirme Anthony Dufrane, député fédéral (MR).  

La différence majeure se situe cependant ici : pour poser une question orale il faut être… présent en commission. Et lorsque l’on est soixantième sur la liste à vouloir poser sa question, il faut parfois s’armer de patience. « Contrairement à la question écrite, la version orale nécessite une présence physique. En commission, je risque d’attendre des heures, c’est pour ça qu’une majorité de collègues abandonnent et la déposent à l’écrit. Sans critiquer qui que ce soit, c’est clair que certains parlementaires passent beaucoup, beaucoup, plus de temps que d’autres au Parlement », avoue Patrick Prévot.

Le recours à l’écrit : stratégie voulue ?

Un point crucial réside dans le mécanisme des doublons : lorsqu’un député s’absente d’une commission, il peut transformer sa question orale en question écrite. Si cette pratique reste marginale pour certains, elle devient systématique chez d’autres. « Un député peut facilement gonfler ses chiffres : s’il transforme une question orale en écrite suite à un changement de programme, l’intervention apparaît parfois en double dans les registres. Une seule question est alors comptabilisée deux fois », analyse Alex Pierre, chercheur de l’université de Liège (Uliège) qui étudie l’évolution de la question parlementaire à la Chambre.

Difficile à généraliser à l’ensemble des élus, cette stratégie de duplication est pourtant fréquente chez certains d’entre eux. 1 500 questions (sur un total initial de 13 806) s’avèrent en réalité être des doublons. Cette pratique n’est pas répartie de manière uniforme : certains partis, comme le Vlaams Belang, multiplient par exemple l’envoi d’une même question à l’ensemble des ministres. Sur un total de 3513 questions comptabilisées pour le Vlaams Belang, 442 étaient doublonnées.

Opposition vs majorité : une grande différence

La fréquence des questions posées marque également une nette différence entre députés de l’opposition et de la majorité. Les partis de l’opposition posent en moyenne 66% de questions en plus que ceux de la majorité. Un chiffre qui n’est pas étonnant pour Alex Pierre. « C’est plus simple quand on est dans l’opposition parce qu’on peut y aller dans nos propos et dans la conception du gouvernement. » Les députés de l’opposition ne disposent pas non plus d’un accès direct au gouvernement. Cet accès, ils l’obtiennent donc au travers de questions parlementaires.

Pour des députés de la majorité, la situation diffère. Ils peuvent interroger les ministres de la coalition qui n’appartiennent pas à leur propre parti. Certaines questions permettent aussi de mettre en valeur les actions du gouvernement. « Je pense que c’est le travail d’un parlementaire d’effectuer le contrôle du gouvernement, peu importe qu’on soit dans la majorité. Mais l’opposition a beaucoup moins de retenue », concède Anthony Dufrane.

L’atout communication des députés

Ce travail parlementaire qui se cristallise notamment dans la question parlementaire permet en outre une visibilité importante dans les médias. Les questions orales peuvent être filmées et faire l’objet de capsules vidéos qui mettent en valeur le député et son engagement au sein du Parlement.

« Il y a cette publicité parlementaire, maintenant aussi sur les réseaux sociaux. On pose une question en plénière. C’est beau, il y a du monde, il y a le Premier Ministre qui est là, etc. » Pour Alex Pierre, si la question reste un bon moyen de mesurer l’activité d’un député, elle reste surtout un moyen très efficace d’exister dans l’espace public.


Retrouvez ici toutes les questions parlementaires du 3 février 2025 au 31 décembre 2025. Tapez le nom d’un député, d’un parti ou d’un thème dans la barre de recherche pour trouver les questions associées.

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