Quand l'école s'invite à l'hôpital

L'école Robert Dubois est une école d'enseignement spécialisé de type 5. Elle accueille des élèves atteints d'une maladie ou convalescents. Rencontre avec Anne Hofmans, assistante sociale de l'établissement

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Photos: Guillaume Tournay (CC BY NC ND)

L’école Robert Dubois est une école d’enseignement spécialisé de type 5. Elle accueille des élèves atteints d’une maladie ou convalescents. Rencontre avec Anne Hofmans, assistante sociale de l’établissement

Photos: Guillaume Tournay (CC BY NC ND)

L’école Robert Dubois a la particularité d’accueillir des jeunes hospitalisés, mais aussi des enfants en hospitalisation de jour. Les enfants viennent en classe lorsque c’est possible pour eux et, si ça ne l’est pas, ce sont les enseignants qui se déplacent. L’école fonctionne globalement sur un rythme scolaire classique, mais les horaires sont adaptés à l’état de santé et aux besoins des jeunes. L’école ne compte pas moins de sept sites, qui accueillent des enfants du fondamental et/ou du secondaire selon les implantations. L’école Robert Dubois travaille en outre en étroite collaboration avec les établissement d’origine des jeunes.

Anne Hofmans est coordinatrice et assistante sociale pour l’une des implantations, l’école fondamentale et secondaire de l’hôpital d’Érasme à Anderlecht. Elle y travaille depuis 10 ans.

Quel est votre rôle en tant que coordinatrice d’une école à l’hôpital ?

Je suis là pour que le passage des enfants se déroule pour le mieux à l’hôpital. Je reçois des informations ou des instructions du staff médical que je fais passer aux enseignants de sorte à ce qu’ils puissent gérer au mieux lorsqu’ils donnent cours aux étudiants. Je me charge également de prendre contact avec les écoles pour essayer de récupérer la matière de cours dans le but de ne pas accumuler un retard sur le parcours scolaire durant l’hospitalisation. Quand c’est nécessaire, je fais aussi le maximum pour que les adolescents puissent passer leurs examens en toute tranquillité depuis l’hôpital.

Qui décide de l’arrivée et du départ des étudiants ?

Puisque nous sommes dans un établissement dans le milieu hospitalier, l’arrivée et le départ des étudiants se font exclusivement sur ordre du médecin. Après, il est vrai que parfois on en discute avec eux. Si un étudiant ne fait aucun effort et annule tous ses cours, il est évident qu’on en touchera un mot au médecin qui fera le choix de le renvoyer chez lui ou de le garder à l’hôpital. Mais rien ne se fait sans son accord. Il est également important de savoir que les hospitalisations à Érasme sont des hospitalisations de crise. Les étudiants ont souvent des problèmes psychiatriques et il leur faut en général une bonne semaine pour être aptes à se rendre en cours.

Est-ce que le Covid est venu chambouler ce fonctionnement ?

La crise a malheureusement eu un gros impact sur les jeunes. Nous avons de plus en plus d’adolescents qui arrivent. Avant le Covid, une hospitalisation durait entre 3 à 6 semaines, voire plus. Aujourd’hui, au bout de 3 semaines, nous sommes malheureusement obligés de les laisser partir pour laisser la place à d’autres personnes qui ont également très mal vécu cette crise.

Les étudiants qui sont toujours amenés à rester longtemps – plusieurs mois souvent – sont ceux atteints d’anorexie. Tout dépend de leur prise de poids. Un BMI normal, soit l’indice de masse corporelle par rapport à la taille et le poids varie entre 18 et 22. Quand ces jeunes anorexiques arrivent ici, ils sont parfois à 12/13. On les oblige alors à remonter à un BMI de 16 pour pouvoir suivre les cours. En général, ça fonctionne car ils adorent les cours et veulent à tout prix les suivre.

Est-ce que des adolescents reviennent pour plusieurs passages ?

Malheureusement oui. C’est frustrant, mais on s’y habitue. On apprend à relativiser et se dire que parfois les situations familiales sont tellement catastrophiques qu’une fois qu’ils sont partis, on ne peut plus rien faire. Dans nos formations, on apprend qu’on a beau faire au mieux, il y a des choses indépendantes de nous et nous sommes donc préparés à voir revenir des jeunes.

Est-ce parfois délicat de faire la différence entre vie privée et professionnelle ?

Ce n’est pas toujours facile effectivement. Quand mes enfants étaient encore jeunes, je comparais souvent les situations que je voyais à l’école à la leur. Je me demandais ce que j’avais fait de plus et je me disais toujours qu’une mauvaise rencontre pourrait également très vite les amener ici. Heureusement, ils sont plus grands maintenant et je ne me pose plus ce genre de questions.

Quels sont les moments les plus difficiles de votre métier ?

Le plus dur, c’est de prendre contact avec les écoles. C’est triste à dire mais certaines d’entre elles semblent parfois heureuses de ne plus avoir à faire à un jeune qui mettait la pagaille ou qui a fait une tentative de suicide au sein de l’établissement. On doit parfois courir derrière des éducateurs pour obtenir les différents cours pour qu’ils puissent suivre les cours à l’hôpital avec nos enseignants. Je téléphone souvent en prévenant que l’élève a terminé son hospitalisation et qu’il retournera dans l’école où il était avant son passage à l’hôpital. Je demande alors s’il est possible de l’accueillir, de faire attention à lui au début car les retours ne sont pas toujours évidents. Certains éducateurs me répondent alors qu’ils ont 600 élèves dans l’école et qu’ils ne savent pas faire du cas par cas.

Et quels sont les meilleurs moments dans votre métier ?

Ce que j’adore, c’est qu’il me semble que j’apporte quelque chose aux jeunes et se dire que même si c’est une petite période d’une vie, apporter quelque chose à un adolescent qui ne vit pas ses meilleurs moments c’est vraiment très beau.

Portrait d’Anne Hofmans, assistante sociale à l’hôpital Robert Dubois Photo: Guillaume Tournay (CC BY NC ND)

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