Quand la grosse bête traque la petite

Détecter la COVID-19 chez un patient n’est pas qu’une question de flair. Toutefois, cela pourrait le devenir. À l’instar des pays étrangers, le ministère de la Défense belge songe à se servir de canidés pour lutter contre le coronavirus. Après tout, les chiens sont déjà formés à traquer des petites bêtes, comme les puces de lits.

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Photos : Candice Bussoli (CC BY NC ND)

Détecter la COVID-19 chez un patient n’est pas qu’une question de flair. Toutefois, cela pourrait le devenir. À l’instar des pays étrangers, le ministère de la Défense belge songe à se servir de canidés pour lutter contre le coronavirus. Après tout, les chiens sont déjà formés à traquer des petites bêtes, comme les puces de lits.

Photos : Candice Bussoli (CC BY NC ND)

A Brugelette, juste derrière l’enclos des éléphants du parc de Pairi Daiza, des chiens de toutes races sont entraînés à repérer des petites bêtes de la taille d’une tête d’épingle qui prolifèrent à grande vitesse et qui ont envahi nos contrées.  Sébastien Rousseau, agent cynophile, a fondé Dog Detect en 2018. Sa société, première sur le marché wallon et bruxellois, est spécialisée dans la détection canine en punaises de lit.

Oh punaise !

Bien loin du glamour des séries policières, n’ayant que l’aspect grave du fléau en commun, c’est dans une ambiance féerique à l’orée des bois que la magie de l’élevage opère. A quelques pas des cages où se trouvent les chiennes Odana et Kinai, Sébastien évoque, les bras croisés, avec un ton alarmant, lle problème croissant que représentent ces insectes de cinq millimètres de long. « La punaise de lit doit être prise comme un virus », dit-il en référence à l’actualité. Elle peut avoir des conséquences importantes sur la santé et sur la qualité de vie des personnes avec qui elle cohabite. Lorsqu’elle mord, la punaise envoie un anesthésiant qui a un effet post-traumatique sur le système nerveux. « Pour des gens qui ont eu une infestation, cela laisse des traces psychologiques », confie Sébastien. 

Le cynophile tente toutefois de rassurer en insistant sur un point crucial : les punaises de lit n’ont rien avoir avec l’insalubrité. Elles sont d’autant plus redoutables qu’elles sont invisibles à l’œil nu et qu’elles s’animent surtout la nuit. Il n’y a presque aucun moyen pour l’homme de percevoir une infestation avant qu’elle ne soit à un stade bien avancé. C’est à ce niveau que l’odorat du chien entre en piste. 

Quand la grosse bête traque la petite
Sébastien, agent cynophile et Kinai
Photo : Candice Bussoli (CC BY NC ND)

Le chien, ennemi n°1 des punaises de lit

« Allez Kinai, dégourdis-toi les pattes. » Pour Sébastien, le chien est le meilleur moyen d’éradiquer le problème parce qu’il peut cibler les zones infestées. Grâce à lui, il ne faut pas traiter le bâtiment dans son entièreté avec des produits chimiques, mais simplement les zones marquées par le canidé. Solution qui est plus économique mais également plus écologique. Kinai, sa chienne âgée de 8 ans, sort de l’enclos à toute vitesse. Fier et convaincu, l’éleveur a prévu une démonstration de détection. Toutefois, il faudra attendre quelques minutes avant de voir le chien à l’action. Le berger allemand profite d’abord du grand espace vert avant de suivre son maître dans une salle préparée pour l’occasion. 

Deux fioles contenant des punaises de lit vivantes, achetées sur internet, sont cachées dans la pièce. Le maître-chien ne travaille qu’avec de véritables odeurs. L’animal entre, renifle, détecte et se couche pour signaler tout élément identifié à son maître. Main plongée sous le coussin du canapé et tiroir de la commode ouvert, Sébastien sort le butin de son associée avec un regard satisfait. L’exercice est réussi avec brio en quelques secondes à peine. Pour arriver à ce résultat, Sébastien a entraîné Kinai pendant 1000 heures et continue à l’éduquer pour ne pas qu’elle perde sa mémoire olfactive. « Ce n’est qu’une odeur de plus pour elle. » Auparavant, Kinai a reçu une formation en explosifs. La principale différence entre les deux disciplines réside dans la force d’émanation. « Le vampire de la nuit » dégage une odeur plus faible, mais pour Sébastien cela ne change rien : « un chien est fiable à 95%, pour ne pas dire 100% ». 

Sébastien, agent cynophile en pleine séance de détection avec son chien Photo : Candice Bussoli (CC BY NC ND)

Un virus en chasse un autre 

Le nombre de punaises est en augmentation constante depuis des années. La Suisse, la Hollande, la France, l’Angleterre ou encore l’Allemagne en sont infestées. « En Finlande, ils ont abattu un hôtel parce qu’ils n’arrivaient pas à le traiter », explique l’éleveur. La Belgique est loin d’être une mauvaise élève en matière de lutte contre cette espèce invasive, mais elle n’est pas à l’abri d’un « fléau qui ne fait qu’augmenter parce que les gens sont mal informés. » 

La crise du coronavirus a totalement éclipsé ce problème sanitaire. En effet, c’est le goût du périple qui a permis à cette bête non volatile de reconquérir nos foyers. Si la pandémie de COVID-19 a supprimé les voyages et minimisé la propagation de ces insectes, ils n’ont pas pour autant définitivement disparu. Les punaises de lit continuent à se développer localement en attendant de pouvoir à nouveau se glisser dans nos valises.

Pour l’instant, les chiens de Sébastien vivent des heures paisibles parce que l’éleveur refuse de remplacer la chasse des punaises par la détection du coronavirus. IL ne souhaite pas manipuler des particules infectieuses et risquer de contaminer sa famille. Pas de traque de la COVID-19 mais dans le futur, Kinai et ses comparses devraient recommencer leur chasse à la punaise puisqu’un nouveau pic d’infestation est craint pour 2021.

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