Psoriasis à fleur de peau

Stéphanie a 12 ans lorsque son père la ravage de coups de ceinture. Au même moment, elle est séparée de son cheval.  Commence alors le combat physique et mental le plus lourd de sa vie, le psoriasis. 

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© Céline Pauwels

Stéphanie a 12 ans lorsque son père la ravage de coups de ceinture. Au même moment, elle est séparée de son cheval.  Commence alors le combat physique et mental le plus lourd de sa vie, le psoriasis. 

© Céline Pauwels

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau provoquant des plaques épaisses colorées du rouge au blanc, formant une fine pellicule de cellules qui prolifèrent sur le corps. Les fissures et les lésions provoquées sont généralement cantonnées aux zones de plis comme les coudes et les genoux, mais souvent aussi à toutes les zones pileuses. Souvent confondue avec de l’eczéma, cette affection dermatologique est encore aujourd’hui peu connue du public. Elle touche pourtant près d’un Belge sur 30, soit près de 300.000 personnes.

Stéphanie souffre de cette maladie de la peau depuis ses 12 ans. Elle a tout d’abord découvert d’énormes croûtes rouges sur son cuir chevelu. Le phénomène s’est ensuite répandu sur le reste de son corps, en commençant par les bras. Pour elle, la maladie s’est déclenchée suite à deux émotions brutales : des violences physiques de la part de son père et la perte d’un cheval qui lui était cher.

Les causes provoquant l’apparition d’une telle affection sont encore peu connues, même si elles sont souvent attribuées au stress. Une hypothèse soutient que la maladie se trouverait dans les gênes dès le départ, pouvant donc se transmettre de génération en génération, sans forcément se déclarer. Un choc émotionnel serait un élément déclencheur. 

Dans le cas de Stéphanie, une cassure s’est vécue autant sur le plan psychologique que physique. L’enfant qu’elle était à l’époque s’est rendue responsable de ce qui lui arrivait. Pour elle, le lien entre la violence de son père et son psoriasis était une sorte de système d’auto-défense. « C’est comme si mon corps se protégeait, comme s’il disait ‘ne m’approche pas, ne me touche pas !’ ». 

Dans un premier temps, elle a dû subir l’angoisse et le jugement de son entourage qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Visuellement repoussante, certains considéraient (à tort) cette maladie comme contagieuse. Son propre frère la traitait de lépreuse. Elle s’est pris une gifle au niveau de la confiance en elle, développant par la suite un blocage sur le plan personnel. C’est devenu un sujet délicat à chaque nouvelle rencontre, car elle devait tout le temps réexpliquer cette particularité désormais devenue sienne. 

À cause de cette maladie fatigante sur le plan physique, mais également émotionnellement, et en dépit de sa nature souriante et de son tempérament boute-en-train, les douleurs, brûlures et démangeaisons l’ont parfois rendue nerveuse et impulsive, à un tel point qu’elle envoyait tout et tout le monde balader. Se refermant ainsi sur elle-même, « sans vie », elle ne faisait qu’ajouter à la peine qu’elle éprouvait déjà. « Mon psoriasis est un reflet extérieur de la violence qui se trame à l’intérieur. J’ai mal, je souffre. Oui, je suis en colère ».

En 2021, après les confinements liés au Covid, Stéphanie reprend le chemin du travail dans le secteur de la culture et de l’évènementiel, soit un milieu plutôt stressant. Le redémarrage de l’HORECA est intense, elle ne s’écoute pas. Elle pousse son corps au-delà de ses limites, ce qui a déclenche une crise de psoriasis fulgurante, recouvrant près de 70% de son corps. Durant les 6 mois qui ont suivi, elle a dû supporter d’intenses souffrances allant jusqu’à l’empêcher de dormir. « Tout mon corps était à vif. Le simple contact de l’eau sur ma peau me faisait souffrir. Mettre des crèmes et appliquer les soins revenait à m’auto-mutiler ».

Stéphanie sait maintenant que son psoriasis reflète son état mental. Des médecins aux coachs, en passant par les amis attentionnés, elle a su, petit à petit, s’entourer de personnes bienveillantes qui l’aident à traverser les difficultés. Après plusieurs tentatives peu fructueuses de traitements, dont l’une a mis sa vie en danger, elle se dirige désormais vers diverses formes de médecines alternatives. Son thérapeute l’aide aujourd’hui à voir son corps, non plus comme un ennemi, mais comme un allié lui signalant que quelque chose ne va pas. Il est son baromètre émotionnel.

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