La maternité publique face aux restrictions budgétaires
Photos : Elodie Clement
Au huitième étage de l’hôpital Saint-Pierre, un long couloir s’étend. Derrière chaque porte, un être humain vit ses premières heures. Chaque année, environ 2 900 bébés naissent entre ses murs. Dans ces chambres où tout commence, les premiers jours de vie reposent entre les mains des sages-femmes : des mains qui portent, réparent, soignent. Des mains qui s’usent sous le poids des restrictions budgétaires, des chiffres, des craintes pour l’avenir. Des mains qui ne craquent pas.

Clémence Demaret arrive devant l’entrée de l’hôpital Saint-Pierre, rue aux Laines 105, à 8h40. Elle scanne son badge à l’entrée, descend au -2 chercher sa tenue. Elle traverse deux portes, avance dans le vestiaire, arrive devant son casier, le numéro 2814. Elle enfile ses crocs roses à paillettes, qui jurent avec les couloirs aseptisés, mais, comme elle dit, « Il faut bien mettre un peu de joie dans tout ce blanc ! ». Sur sa tunique immaculée, elle attache un badge à fleur qui indique, par souci d’identification ou par fierté : « Clémence sage-femme ». Cela fait un an et demi qu’elle enfile ce badge, cette tenue, qu’elle connait ses couloirs comme sa poche. Qu’elle sait que pour aller au -2, il faut toucher sur la touche 2 dans l’ascenseur. Parce que l’hôpital est construit sur une pente, parce que rien n’est logique, parce qu’elle s’est trop perdue dans ce labyrinthe pour encore l’oublier. Elle remonte dans l’ascenseur jusqu’au huitième étage et tourne à gauche dans la maternité 608. A 8h55, cinq sages-femmes sont réunies dans le bureau. Le rapport peut commencer.
La responsable raconte chaque patiente : à quelle heure elle a accouché, le poids du bébé, quand il a mangé pour la dernière fois, combien de millilitres de sang la mère a perdu mais aussi comment elle se sent, psychologiquement. La réunion est entrecoupée de « bips », signes d’appel des patientes. « Les mamans n’arrêtent pas de sonner ce matin. J’ai même pas eu le temps de faire pipi », commente la sage-femme responsable du jour, avant d’entamer le rapport : « Chambre 1, madame a perdu 500 millilitres de sang à l’accouchement. Elle a un retard de lactation. A la chambre 2, madame a accouché ce matin. Le bébé va bien. Par contre, elle vit dans sa voiture. A la chambre 8.2, allaitement difficile. Le bébé a mangé à 7h. C’est une dame de Fedasil, du Petit Château. Elle aimerait rejoindre le père du bébé dans un autre centre. »
Pendant les neuf prochaines heures, la mission de Clémence Demaret, c’est de prendre soin de Paul et Ethan, deux bébés nés hier, et de leurs mères. Elle devra peser les nouveau-nés, réaliser des prises de sang, vérifier qu’ils mangent toutes les trois heures, apprendre aux mères à allaiter et à tirer leur lait, prendre leur tension… À chaque passage, elle devra encoder tous ces paramètres dans le dossier des mères et des bébés. « Tu sais jamais si ça va être calme ou le bordel », dit Clémence. « Tu sais pas si tu vas pouvoir prendre le temps avec les mères ou si tu vas courir d’une chambre à l’autre. »
Clémence entre dans la chambre 2 avec un grand sourire. Elle sait qu’elle a un certain nombre de soins techniques à faire avant midi. Mais dès qu’elle ouvre une porte, les chiffres s’effacent. Ici, maintenant, elle doit être entièrement là. Pour la mère fatiguée, perdue mais heureuse, pour le nouveau-né fragile. Elle est la cheffe d’orchestre de ce chaos intime.

Madame a accouché hier d’un petit Ethan, par césarienne. Elle n’arrive pas à allaiter : chaque fois que l’enfant essaye de lui arracher une goutte de lait, elle se tord et gémit de douleur. Clémence pose une main réconfortante sur le front de l’enfant, explique à la mère quelle position adopter, comment bien placer la bouche du bébé. Et elle reste, autant qu’il le faut. Dans la chambre d’à côté, Clémence recommence : « Bonjour Madame ! Je suis Clémence, votre sage-femme pour la journée. Comment vous vous sentez ? » La jeune mère ne répond pas et se tourne vers son mari, assis sur un fauteuil à côté d’elle. Barrière de la langue. Son mari, lui, parle français. Il s’occupera de traduire les questions et les conseils de la sage-femme. Soudain, le père s’inquiète « Heu, madame. C’est pas le bon nom de famille. » Une étiquette entoure la minuscule cheville d’Ousmane. Accolé à son prénom, le nom de famille de la mère. La sage-femme répond : « Oui monsieur, c’est normal. Ici, on met toujours le nom de la mère. Mais pour son nom officiel, vous pouvez choisir à la commune. »

A 12h30, les sages-femmes convergent vers la salle de repos. Elles se retrouvent autour d’une grande table ovale aux allures de bureau ministériel. Les tupperwares cabossés trahissent des repas de midi faits des restes de la veille. On s’assoit, on souffle, on rit un peu. Parmi elles, il y a Ilona, c’est son premier jour. « Toi ton CDD, il va jusqu’à quand ? », demande t-elle. On le sent dans les voix, dans les regards : une inquiétude tue. L’odeur de la peur se mêle à celle du mauvais café.
L’avenir

En janvier 2026, la maternité de Saint-Pierre va passer de quatre services – salle d’accouchement, maternité 508, maternité 608 et grossesses à haut risque – à trois services. Le service de grossesses à haut risque va fusionner avec la maternité 608. Dix lits en moins, un réaménagement lourd, et surtout plusieurs femmes vont perdre leur emploi : huit équivalents temps plein. Janvier 2026, c’est sur toutes les lèvres, mais surtout, et ça c’est peut-être le pire, dans toutes les têtes.
La porte de la salle de repos s’ouvre. « Ah, voilà l’autre Clémence ! ». Clémence Bertouille entre, sa démarche sautillante témoigne d’une bonne humeur apparente, cheveux tirés en chignon, elle remplit un grand verre d’eau et s’affale sur une chaise. « Elles sont géniales les dames ! », dit-elle, encore habitée par la visite de sa dernière patiente. « Je vais être triste qu’elles partent. Il y en a une qui a pleuré à l’idée de quitter la maternité. »
Clémence Bertouille, sage-femme à la maternité 508 revendique des meilleures conditions de travail. Elle aussi guette les restrictions budgétaires avec la boule au ventre. « On va donc avoir un service mixte grossesse à haut risque et maternité. Pour faire des économies », explique-t-elle. « Ça veut dire qu’on va avoir dans le même service des mamans qui ont perdu leurs bébés, et quelques chambres plus loin, des mamans avec des bébés qui vont bien. Et nous les sages-femmes, on devra passer de l’un à l’autre. »*
J’ai peur de devoir un jour me dire que, pour me protéger, je pars d’ici. Je pars de l’hôpital, je pars de Saint-Pierre.
Le plus inconfortable, c’est l’incertitude. Les sages-femmes savent que certaines d’entre elles verront leur CDD non renouvelé en janvier. « On n’a pas encore de nouvelles, donc c’est très anxiogène. On le sent fort pour l’instant », commente Clémence Bertouille.
Cette restructuration aura aussi un impact sur la charge de travail des sages-femmes, déjà élevée en milieu hospitalier. « On aura plus de patientes par sage-femme. Ce qui nous fait très peur c’est de ne plus avoir assez de temps avec les mamans et les bébés. On veut que la qualité des soins ne soit pas impactée, mais la seule solution, c’est que ça nous impacte nous. On se demande dans quelles conditions, dans quel rythme on va devoir travailler. »
Clémence Bertouille est sage-femme à Saint-Pierre depuis cinq ans. Elle est passionnée et animée par ce métier, mais inquiète pour sa santé mentale et physique. « J’ai peur de devoir un jour me dire que, pour me protéger, je pars d’ici. Je pars de l’hôpital, je pars de Saint-Pierre. »
Son air grave se dissipe et ses yeux semblent retrouver la lumière : « Il n’y a rien qui me passionne autant que la naissance. C’est incroyable. Cet alliage hyper particulier entre la force et la vulnérabilité ; le pouvoir d’une maman qui vient d’accoucher et la fragilité d’un bébé qui vient de naitre », raconte Clémence. Si elle continue malgré des conditions qui s’alourdissent, c’est grâce à cette force. « Il y a peu d’endroits où il y a si peu de barrières. On a une proximité telle, physique et émotionnelle. Ce qui me fait tenir, c’est le privilège d’être témoin chaque jour, de l’intime qui se joue dans la naissance d’un bébé et le post -partum. »
Elle sourit : « Ce qu’il se passe dans nos chambres de maternité et dans nos salles de naissance… si ça pouvait se passer comme ça dans nos rues, ce serait incroyable. »
36 heures pour lutter

Il est 16 heures. Devant l’immense bâtiment du CHU Saint-Pierre, rue aux Laines 105, une tonnelle rouge, usée par les intempéries, abrite un groupe de sages-femmes. Elles tiennent un piquet de grève devant l’hôpital pendant 36 heures, pour protester contre les mesures du gouvernement Arizona. La statue à côté d’elles a été habillée pour l’occasion d’un drap blanc, marqué de ces 31 lettres capitales : « La maternité n’est pas une entreprise ! »
Autour des sages-femmes, plusieurs chaises de camping trônent, tristes, inutiles, condamnées par le passage de la pluie. Elya et Morgane sont debout. Elles rient, chantent, dansent. Leurs regards pétillent mais trahissent les jambes ankylosées par le froid, le manque de sommeil.
Les pancartes autour d’elles crient leurs revendications, en dissonance avec les airs joyeux et les rires qui inondent les discussions. « Les sages-femmes en ont ras le col. » « Les politiques économisent. L’hôpital public agonise. » Et au-dessus de leur tête, comme une épée de Damoclès glaciale : « Hôpital précaire : Patient.e.s -> cimetière ».
Si elles sont là, c’est parce qu’elles ont peur : pour l’avenir, pour elles, pour leurs patientes. Si elles sont là, c’est parce qu’elles exècrent les coupes budgétaires et la logique de rentabilité qui s’impose à l’hôpital public. Le financement des sages-femmes est calculé sur base du nombre d’actes techniques réalisés sur les patientes. Pour Elya, il faut sortir de ce financement à l’acte, qui impose une logique chiffrée, incompatible avec leur métier. « On est sages-femmes. Oui, il y a des actes techniques, mais aussi et surtout de l’accompagnement. Beaucoup d’accompagnement émotionnel, social, d’éducation à la santé, de prévention. Tout ça, c’est pas quantifiable. Quand tu parles une heure avec une patiente qui a besoin de vider son sac, qu’elle te parle de quelque chose d’hyper traumatique, en fait, officiellement, t’es pas payée pour ça. »
Et puis, comme Clémence Bertouille, et comme tant d’autres sages-femmes, Elya et Morgane redoutent de ne plus pouvoir, ou savoir, prendre le temps. Morgane commence : « Aujourd’hui on a déjà parfois cinq patientes en maternité, mais maintenant, ça va plus être rare. Je te laisse imaginer le bordel sachant que tu dois faire des soins sur cinq mamans et cinq bébés, qu’un bébé ne tête pas à heure fixe, que les mamans ont des besoins différents les unes des autres… C’est épuisant. »
Leurs inquiétudes se répondent. Elya poursuit dans le même souffle : « C’est très fatigant de courir, même dans sa tête. Je pense que le temps, on va continuer de le prendre. Donc c’est nous qui allons passer à la trappe plutôt que nos patientes. On se sacrifie, mais quand je dis sacrifice, je parle de besoins primaires : aller faire pipi, boire de l’eau, manger. Mais on a nos limites. À un moment, quand les moyens ne suivent pas, on ne va pas pouvoir donner toujours plus de notre personne. »
Les sages-femmes redoutent d’autres mesures du gouvernement Arizona, notamment la réforme des retraites, qui va impacter le métier. Beaucoup de travailleuses sont à temps partiel, à cause de la pénibilité du métier. Elya a 24 ans, elle travaille à Saint-Pierre depuis deux ans et demi et a déjà diminué son temps de travail à 84 %. Elle explique : « C’est un métier pénible. Tu fais des horaires 9h – 21h… Et même en diminuant mon temps de travail, comme les heures sont calculées par mois, il y a des semaines où je travaille plus de 50 heures. Après je ne travaille pas pendant quatre jours, mais je ne sais rien faire pendant ces jours-là, je récupère, je dors. C’est épuisant. » Elle s’enfonce un peu plus dans sa veste et frotte ses mains énergétiquement, à la recherche d’un peu de chaleur.
Le métier est presque exclusivement féminin : 97% des sages-femmes sont des femmes, selon Statbel. Une réalité qui se traduit par davantage de temps partiel, donc des pensions plus faibles. « Quand t’as des enfants, c’est impossible d’être à temps plein. Et c’est pas un métier où tu peux te permettre de payer une babysit… Donc on cotise moins pour notre pension », déclare Elya.
Si elles craignent pour leurs conditions de travail, elles craignent aussi pour leurs patientes. L’épuisement et la rapidité qu’on leur impose retombent sur les femmes qu’elles accompagnent. La maternité de l’hôpital Saint-Pierre accueille 40 % de femmes qui ne parlent pas français. Pour Morgane, le temps est d’autant plus indispensable avec ces mères-là. « Il faut prendre le temps pour demander à ses patientes leur consentement. Est-ce que je peux regarder ton périnée ? Ta vulve ? Qu’est-ce qu’on va faire quand on n’aura plus le temps ? On va les allonger sur leur lit, leur dire d’écarter leurs jambes et de nous montrer leur vulve ? On ne peut pas faire ça. »
Morgane refuse de mettre en péril la dignité des patientes. « Surtout que ce sont des patientes qui ont parfois connu des violences, les routes migratoires, l’excision, qui ont été torturées… On veut garantir à ces femmes-là aussi des soins de qualité et dans le respect. »


Qu’est-ce qu’on va faire quand on n’aura plus le temps ? On va les allonger sur leur lit, leur dire d’écarter leurs jambes et de nous montrer leur vulve ?
Le soleil s’est couché derrière le bâtiment de l’hôpital. La température a baissé de quelques degrés. Les sages-femmes sont toujours là, la musique résonne un peu plus fort. Quelques mètres plus loin, les portes tournantes de l’hôpital continuent de fonctionner. Elles engloutissent des femmes, des hommes, des travailleuses, des malades, des bonnes et des mauvaises nouvelles. Elles ne s’arrêtent jamais de tourner.
La nuit
Clémence Demaret arrive devant l’entrée de l’hôpital, rue aux Laines 105, à 20h10. Elle aime bien travailler la nuit : « Il n’y a pas les gynécos, les pédiatres, les visiteurs, il ne faut pas organiser les sorties… » Juste les sages-femmes, les mères et leurs bébés. C’est plus intime, plus silencieux.
Cette nuit, elles seront trois sages-femmes pour douze mères et douze nouveau-nés. Clémence commence son tour par la chambre une. Elle entre presque sur la pointe des pieds, pour ne pas trahir le calme de la nuit. La jeune mère est au téléphone avec sa fille de cinq ans. C’est son voisin de chambre, à Fedasil, qui la garde en attendant son retour. La mère lui adresse un bonne nuit tendre et des embrassades virtuelles. Clémence sourit. « Bonjour Madame. Comment allez-vous ? Je dois faire une prise de sang à votre bébé, vous voulez venir avec nous ? » Clémence a lu la situation psychosociale de la mère. Elle sait qu’elle était réfugiée en Suède, qu’elle est arrivée en Belgique pour fuir un homme violent, le père du bébé.
Le nouveau-né vit des premiers jours un peu contrariés. Il régurgite beaucoup, il a avalé trop de liquide amniotique à l’accouchement. Clémence cherche la minuscule veine. Le bébé régurgite encore. À côté, la mère s’assoit, détourne les yeux, elle n’aime pas voir son enfant souffrir, déjà. Clémence murmure des mots dont on ne sait plus très bien s’ils s’adressent à l’enfant ou à sa mère : « Oui je sais, tu as un petit peu la nausée… On t’en demande beaucoup… C’est pas facile hein, les premiers jours de ta vie… »

Entre 1 h et 2 h, les sages-femmes prennent leur pause. Elles se retrouvent dans la salle de repos. Elles parlent d’elles : les projets de mariage, les achats de maison, les enfants… Certaines ferment les yeux quelques minutes, la nuque cassée contre une chaise trop dure. Et puis, toujours, elles parlent « des dames », c’est comme ça qu’elles appellent les patientes. Elles racontent les mêmes histoires, encore et encore.
Elles se souviennent de cette dame qui était enfin tombée enceinte, après plusieurs fausses couches. À l’échographie, la sage-femme avait vu que le bébé ne survivrait pas. La patiente avait voulu poursuivre sa grossesse jusqu’au bout, espérant un miracle, portée par l’envie irrépressible d’avoir un enfant à elle. L’accouchement s’était bien passé, la mère allait bien, mais le bébé n’avait pas réussi à prendre son premier souffle. La dame voulait sentir son bébé, posé sur son ventre, avant le deuil.
Leur discussion est interrompue par une sonnerie. C’est la chambre 4, la patiente de Clémence. La mère essaye de tirer son lait, n’y arrive pas, elle est épuisée. Elle n’arrive pas à dormir. Clémence lui propose de donner un biberon au bébé et de l’endormir. La mère accepte immédiatement, soulagée.
Clémence emporte le petit être pleurant dans le bureau, le nourrit et le berce jusqu’à ce qu’il s’endorme, la paix revenue sur son visage. Quand elle rentre dans la chambre quatre pour déposer le bébé dans son landau, la mère dort déjà, d’un sommeil rare et profond, comme en témoignent ses ronflements.
Dans le couloir, Clémence respire dans le silence retrouvé. La nuit, c’est le calme, mais c’est aussi la solitude, le noir, le moment où les angoisses remontent. Les bébés sont fatigués. Les mères pensent.


Cri premier
Devant les urgences du CHU Saint-Pierre, la grève continue. Les mêmes voix, les mêmes colères, les mêmes espoirs retentissent dans le noir de la nuit.
Elya affirme : « On parle souvent de vocation à propos du métier de sage-femme. Mais être sage-femme, c’est pas une vocation. Une vocation, c’est quelque chose qui te produit que du bien. Alors que là, ça m’angoisse, ça me stresse. » Elle réfléchit quelques secondes puis reprend : « Ce qui nous fait tenir, c’est qu’on croit en ce qu’on fait. On croit que ce qu’on fait est bien, et que c’est important qu’on continue de le faire. »
Au même moment, au dixième étage, dans une des chambres de l’hôpital Saint-Pierre, une dame crie. Elle pousse, elle pleure, elle expulse un être de son corps. Le nouveau-né quitte les 37 degrés confortables de sa mère, prend son premier souffle, et le froid frappe son petit corps. Il est ébloui par la lumière. Ailleurs dans le bâtiment, des vies s’étiolent. En bas, des femmes luttent. Ici, un humain apparaît. Un humain qui va aimer, douter, trembler, vivre comme tous les autres. Il sent des mains qui le saisissent, le tirent de son monde confortable pour le déposer dans sa vie nouvelle. Ces mains, ce sont celles d’une sage-femme.


