L'art au service de la santé mentale

La précarité, régulièrement synonyme de soucis de santé mentale, touche une partie croissante de la population bruxelloise. Des ateliers artistiques tente de répondre à ce problème, notamment à destination des plus fragilisés.

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Frotteurs du tableau dans une salle du Grès au troisième étage.

La précarité, régulièrement synonyme de soucis de santé mentale, touche une partie croissante de la population bruxelloise. Des ateliers artistiques tente de répondre à ce problème, notamment à destination des plus fragilisés.

Frotteurs du tableau dans une salle du Grès au troisième étage.

Non loin de l’arrêt du métro Delta s’érige la façade de brique rouge de l’ASBL “Le Grès”. À l’instar de beaucoup de Services de Santé Mentale (SSM) bruxellois, le centre pourrait être confondu avec les autres habitations si on faisait abstraction de la petite plaque dorée à droite de l’entrée indiquant son nom et sa fonction.

Les SSM sont présents dans les communes bruxelloises et accueillent toutes les personnes (enfants et adultes) qui ont besoin de soins psychologiques ou psychiatriques, à un prix qui sera adapté aux possibilités de chacun. Ils offrent une approche pluridisciplinaire au patient en mêlant assistance sociale et soins de santé mentale. “Le Grès” fait partie de ces structures de prise en charge. Depuis six ans, les ateliers des “3 ponts” y proposent quatre activités artistiques (écriture, “oser sa voix”, photographie et théâtre) pour lutter contre les soucis de santé mentale.

Les ateliers s’y déroulent dans une salle polyvalente du rez-de-chaussée qui donnent sur le jardin. C’est la plus grande, et la plus lumineuse. Les murs sont jonchés de coussins et d’un grand matelas car, en plus des ateliers pour adultes, le lieu accueille des activités pour enfants et des séances individuelles de psychomotricité.

Ateliers ouverts aux plus fragiles comme aux riverains curieux

Marie Bruwier nous accueille dans une petite salle du troisième étage remplie de jeux de société, et où un grand tableau affiche le mot “Pokémon” dans une écriture enfantine. La psychothérapeute du “Grès” supervise notamment les artistes qui animent les ateliers et qui sont confrontés à différents types de participants. Les ateliers ont avant tout un but artistique et créatif, et les résultats thérapeutiques bénéfiques ne sont observés qu’a posteriori. Les participants sociabilisent et il n’est pas rare que plusieurs d’entre-eux se donnent rendez-vous en dehors du cadre pour boire un verre ou voir une pièce de théâtre.

Comme Marie Bruwier, Joël Chateau fait partie de l’organisation des ateliers des 3 ponts. Cet assistant social et thérapeute au Grès se réjouit, lui, que ces ateliers soient ouverts aux défavorisés comme aux riverains intéressés. “Il ne faut pas faire de généralité, toutes les personnes précarisées socialement ne souffrent bien évidemment pas de troubles mentaux, tout comme ces troubles ne sont pas forcément synonymes de précarité sociale. Pour tous, les ateliers créatifs leur permettent de sortir de leur condition et de s’affirmer.”

Un baptême de l’art

Aux ateliers des 3 ponts, chaque individu peut entrer et sortir d’un atelier quand il le souhaite. Des méthodes rigides sont inutiles et vaines avec ces personnes fragilisées pour qui ces ateliers sont bien souvent la “découverte d’une approche artistique et de l’expression de soi”. Pour désigner ce dispositif, Joël préfère le terme “intégration” à celui de réintégration car “près de trois participants sur quatre sont en situation d’exclusion sociale ou sont sujets à des troubles de santé mentale”. “Beaucoup n’ont jamais touché à l’art et n’y ont souvent pas eu droit. Pour de nombreux personnes que nous accueillons, l’art n’a jamais été une priorité. Le fait de chanter, de dessiner ou de jouer sur scène leur prouve qu’ils existent et ont la possibilité de s’exprimer “.

Bien avant le Grès, le SSM Schaerbeekois « la Gerbe » avait déjà eu l’idée d’organiser des ateliers animés par des artistes. D’après Joël Chateau, plusieurs patients sans occupation se donnaient rendez-vous dans la salle d’attente du centre, parfois pendant plusieurs heures, et y amenaient même leur café. De l’idée de désengorger un endroit qui n’avait pas été conçu pour accueillir ces rendez-vous groupés et pour tisser des liens sociaux sont nés les deux centres, « l’espace 51 » et « L’Heure atelier » qui ont consacré à l’art des objectifs de lutte contre les troubles psychologiques.

Les services publics ont souvent tendance à vouloir catégoriser et établir des publics cibles pour chaque service, afin d’optimiser le système de subsides. Or dans ce type d’ateliers, il est important de ne pas stigmatiser davantage une population fragilisée. Les patients ou les personnes précarisées n’y sont pas reçus comme tels. Ainsi, dans les services de santé mentale, le but n’est pas de supprimer les symptômes d’un patient pour le réinsérer dans la « normalité », mais de les atténuer pour mieux appréhender sa condition.

Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Façade du Grès, où se déroulent les ateliers des 3 ponts.
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Affiches des ateliers à l’entrée du Grès.
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Jardin arrière du Grès donnant sur la salle polyvalente.
Tableau sur lequel il est écrit “Pokémon” à la craie blanche
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Salle polyvalente du Grès, où se déroulent les ateliers des 3 ponts.
Joël Chateau assis à la terrasse de la taverne Jupiler.
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Marie Bruwier prenant des notes dans l’antichambre de la salle polyvalente.
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Évier et pinceau dans la salle polyvalente du Grès.
Martin Vanroelen (CC BY NC ND)
Gobelet dans la salle polyvalente du Grès.

Martin Vanroelen

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