Pains (in)complets : piège dans l’étiquette

Test Achats a récemment effectué une enquête sur la farine complète en Belgique, car certaines marques agro-alimentaires utiliseraient illégalement la dénomination "complète" pour leurs produits.

par

Yéléna Mackowiak (CC BY NC SA)

Test Achats a récemment effectué une enquête sur la farine complète en Belgique, car certaines marques agro-alimentaires utiliseraient illégalement la dénomination “complète” pour leurs produits.

Yéléna Mackowiak (CC BY NC SA)

Le SPF Santé Publique et le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) ont émis récemment la recommandation de manger 125 g de farine complète par jour et de « remplacer aussi souvent que possible les produits raffinés par des produits céréaliers complets ». Le SPF et le CSS encourage la consommation de farine complète car elle possède de “nombreuses vertus pour la santé”. Elle affiche un indice glycémique plus bas que la farine blanche et une plus grande teneur en fibres. Elle renferme aussi plus de nutriments, plus de vitamines B1, B2, PP et E et plus de minéraux, à l’image du phosphore, du magnésium et du potassium.

Une recommandation devenue argument de vente

« Les fabricants ont bien compris que les consommateurs faisaient attention à la consommation de pain complet et ils utilisent cela dans leur marketing » explique Julie Frère, la porte-parole de Test Achats. Les recommandations du SPF Santé et du CSS ont poussé les fabricants de pain industriel à utiliser la dénomination « complet » pour de plus en plus de produits. Test Achats a identifié six produits dans son enquête dont les étiquettes sont trompeuses. Le pain Boerkens, par exemple, affiche « grains complets » sur son emballage. Or, dans la composition, on peut lire « 47% de farine complète ». Cette situation ne choque pas Christophe, responsable de la boulangerie bio “Les Tanneurs”, pour très à cheval sur la transparence de ses étiquetages. « On peut se douter que pour une question financière, les pains complets des supermarchés ne sont pas à 100% complets. Il est facile de couper la farine complète avec de la farine blanche. Premièrement, cela va alléger le pain donc il va paraître plus gros car il va gonfler plus facilement. Et puis deuxièmement, la farine blanche coûte moins cher ».

« Les pains complets des supermarchés ne sont pas à 100% complets »

Christophe, responsable de la boulangerie bio Les Tanneurs

Une législation peu respectée

« Quand on y regarde d’un peu plus près, on se rend compte que le pourcentage de farine complète de certains produits est parfois tout à fait dérisoire. Ce qui est plus grave, c’est que la composition des pains est réglementée. En Belgique un arrêté royal impose de contenir 100% de farine complète pour pouvoir s’en vanter. Or, certains pains ne respectent pas cette réglementation », dénonce Julie Frère. A l’évocation du pain complet “Boerkens” par exemple, elle enchaîne : « Le pain ‘Boerkens’ ne respecte pas la loi belge sur les pains, car 100% de la farine utilisée n’est pas complète. Cette allégation est donc illégale».

La porte-parole de Test Achats nous indique que la législation est très peu respectée, car cette dernière est encore floue et ineffective sur les produits importés. Test-Achats plaide pour une législation, européenne, plus claire. La société d’aide aux consommateurs a écrit aux représentants de Delhaize, Colruyt, Carrefour et de la Fédération des Grandes Boulangeries Belge à propos de l’étiquetage des pains complets. La réponse se fait toujours attendre.

« Les pains sont réglementés en Belgique par un Arrêté Royal »

Julie Frère, porte-parole de Test-Achats

Mentir aux consommateurs

Les pains complets de nos supermarchés ne le sont donc pas toujours entièrement. En plus d’être illégaux quand ils ne respectent pas la dénomination “complète”, les étiquetages trompent les consommateurs. « C’est surfer sur la vague des recommandations de santé en utilisant des arguments de vente mensongers. » Julie propose une solution pour ne pas être biaisé par ce marketing : « Quand on est un consommateur et qu’on va au supermarché, on n’a pas toujours le temps de lire les petits caractères à l’arrière de l’emballage. C’est pourtant la seule façon d’être certain de la composition du produit ». Si vous désirez ne pas subir de tromperies, la seule solution, même si elle reste fastidieuse et longue, est de lire avec attention la composition du produit.

Nouveau sur Mammouth

Mammouth vous aide à apprendre le japonais
Fiction sonore : La guerre des deux mondes
Le royaume des femmes, la fin d'un sacre
Où sont les mannequins plus size ?