"On est là pour rester"

Chronique d'une semaine d'occupation pro-palestinienne à l'ULB

par

Photos : Zoé Barbier

Chronique d’une semaine d’occupation pro-palestinienne à l’ULB

Photos : Zoé Barbier

« On est là pour rester », « On ne partira pas tant que les revendications ne seront pas entendues », « Soutenir la Palestine, c’est être du côté de l’humanité ». Voici quelques-unes des paroles que l’on peut entendre quand on se balade aux alentours du bâtiment occupé par les étudiants pro-palestiniens. Cela fait maintenant une semaine que ces mêmes étudiants ont commencé leur manifestation et l’occupation du bâtiment B. Des événements qui ne se sont pas déroulés dans le plus grand calme. 

Mardi 7 mai, des étudiants de l’ULB initiaient une manifestation pro-palestinienne, suivie d’une occupation du bâtiment B. Le soir-même, le président de l’union des étudiants juifs de Belgique était agressé sur le campus dans des circonstances où les uns et les autres se rejettent la faut. Les étudiants pro-palestiniens admettent qu’il y a eu des coups légers et des bousculades à la suite de « provocations », mais ils contestent fortement le fait qu’une personne ait été rouée de coups. De son côté, le CCOJB (Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique) parle d’agression pure et d’une manifestation antisémite. Le vice-président de l’organisation, qui souhaite garder l’anonymat, voit dans la manifestation « un prétexte pour tabasser du juif ». L’UEJB (union des étudiants juifs de Belgique) a organisé un rassemblement de 500 personnes vendredi soir pour dénoncer l’antisémitisme et rappeler l’importance de garantir la sécurité des étudiants juifs sur le campus. L’Université Libre de Bruxelles a, quant à elle, décidé de porter plainte.  

Un mouvement international 

Cette manifestation à l’ULB ne vient pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un mouvement international amorcé le mois dernier aux États-Unis dans des universités comme Columbia ou Harvard, et qui se répand peu à peu en Europe. Après Paris et Berlin, c’est au tour des universités belges d’y être confrontées.

Le mouvement a débuté à l’université de Gand, où quelque 300 personnes ont commencé à occuper des bâtiments. Cette occupation est toujours en cours et les étudiants ont maintenant le soutien d’une soixantaine de professeurs, même si l’UGent a décidé de ne pas accéder aux demandes des occupants. Les manifestations ont ensuite touché Bruxelles, notamment l’ULB et la VUB.

Dans l’institution bruxelloise francophone, les revendications sont claires. Les étudiants exigent que l’ULB rompe ses liens avec les universités et les entreprises israéliennes mais aussi, et c’est le point qui fâche pour la rectrice de l’université, Annemie Schaus, que l’ULB annule la venue d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël pour une conférence. Mme Schaus a déclaré, sur Linkedin qu’elle ne céderait pas. « Je le dis sans ambages : je ne cèderai pas, ni aux intimidations, ni aux pressions, ni aux menaces. Elie Barnavi sera à mon invitation présent à l’Université le 3 juin prochain, au côté de celles et ceux qui tentent, autant qu’ils le peuvent, de résister à la spirale de la haine dans laquelle d’aucuns cherchent à nous entraîner.« 

La vague de protestations pro-palestiniennes a déferlé ailleurs dans le pays, notamment à Liège et à Louvain. Le mouvement s’agrandit chaque jour et les étudiants s’organisent de plus en plus. 

Dortoir, salle d’étude et salle de prière

A l’ULB, les étudiants se sont organisés pour rester dans la durée. A l’intérieur du bâtiment B, rebaptisé Walid Daqqa (du nom du leader et symbole de la résistance palestinienne), plusieurs salles ont été aménagées. Un auditoire sert chaque midi pour les assemblées générales. D’autres salles sont réservées à l’étude ou à la prière. Sans oublier le dortoir, avec quelques matelas au sol. La salle d’étude est une aubaine, selon les étudiants. A l’approche du blocus, une soixantaine d’entre eux peuvent y réviser.

L’organisation pratique est confiée à des groupes de travail. Chacun a sa mission : que ce soit l’organisation des assemblées générales ou la recherche de nourriture. Les dons d’argent ou en nature permettent aux occupants de se nourrir, relate une occupante de la première heure. Les étudiants ont aussi des accords avec certains restaurants qui leur donnent du surplus. Dans chaque groupe, des tournantes sont organisées, histoire de pouvoir se laver ou se reposer.

Les occupants organisent aussi des activités plus ludiques comme un tournoi de foot ou encore des visionnages de films. C’est une occasion pour eux, d’attirer d’autres étudiants, plus hésitants. Ils affichent d’ailleurs leur intention de politiser le campus sur différentes questions, notamment sur la questions de partenariats de l’ULB avec les institutions israéliennes, en lesquels ils voient une « complicité » avec les exactions en cours en Palestine. 

Les occupants sont soutenus par certains professeurs, mais aussi par certains employés de l’ULB. Malgré tout, ils ne font pas l’unanimité sur le campus. Selon une étudiante, ils ont eu « un coup de stress« , dans la nuit du 10 au 11 mai, quand des œufs ont été jetés sur le bâtiment B, une banderole volée et des feux d’artifice tirés en direction de l’entrée du bâtiment. 

Les étudiants pro-palestiniens rappellent que « tout le monde est admis pour se joindre au mouvement », même si ceux qui afficheraient un soutien à l’État d’Israël ne sont pas les bienvenus. Ils n’entendent pas se laisser faire face aux critiques d’antisémitisme. « On est pas là pour faire de la guerre interne et pour traquer du juif, on vise l’ULB avec nos revendications », lance notre étudiante.

Que ce soit du côté des étudiants pro-palestiniens, de l’ULB, ou de l’union des étudiants juifs de Belgique, chacun reste campé sur ses positions, dans un climat de manifestations et d’occupations qui atteint chaque jour de nouvelles universités en Belgique. 

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