Les colleuses : exposer ce que tait la société

Il y a maintenant un peu plus de deux ans, la page Instagram
« collages_feministes_bruxelles » publiait sa première photo de slogan. Derrière cette page, c’est plus de 50 féministes engagées qui placardent des phrases afin de faire évoluer les mentalités de la population et des institutions. 

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Photos : Coline Labeeu

Il y a maintenant un peu plus de deux ans, la page Instagram
« collages_feministes_bruxelles » publiait sa première photo de slogan. Derrière cette page, c’est plus de 50 féministes engagées qui placardent des phrases afin de faire évoluer les mentalités de la population et des institutions. 

Photos : Coline Labeeu

24 novembre 2021. Demain, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les colleuses profitent de cette date symbolique pour aller coller leurs slogans dans les rues de Bruxelles.

Il est 19h30, il fait noir mais il y a encore du passage. Il faut se dépêcher, déplier les rouleaux, coller, brosser. Certaines font le guet pendant que les autres s’agitent avec leurs feuilles de papier. Organisées, tout est très rapide. Seau à la main pour l’une, brosse pour l’autre, les colleuses marchent ensemble, excitées de se retrouver et surtout de voir le rendu de leurs lettres peintes sur les bâtiments publics.

Ce jour-là, la session ne s’est pas déroulée exactement comme prévu. L’équipe de Saint-Gilles, décide de coller sur les murs de la prison pour frapper fort. Risqué, mais impactant. L’idée les séduit directement. Pas de chance, les vigiles de la prison sortent pile au moment du collage. Les guets n’ont pas le temps de réaliser leur présence qu’ils sont déjà là, derrière elles. Paniquées, les filles s’en vont, mais un homme les filme. Frustrées de ne pas avoir fini de coller le slogan, elles doivent interrompre la session, dissimuler le seau de colle pour ne pas éveiller les soupçons et rentrer se cacher. Cette séance aura été courte, mais intense. Pour se détendre, elles finissent par se rassembler autour d’un verre de vin et discutent de mots de codes pour se sentir plus en sécurité lors de leur prochain collage. C’est une première pour elles. D’habitude, cela ne se passe pas comme ça.  

Les colleuses s’organisent par commune

Le collage a toujours été utilisé comme moyen d’expression, mais il prend de l’ampleur actuellement grâce aux médias et aux réseaux sociaux. A Bruxelles, c’est une bande de dix potes qui a décidé de commencer. ont acheté leur peinture, leur colle et se sont lancées. Plusieurs personnes se sont ensuite manifestées pour se joindre à l’équipe. Suite aux nombreuses demandes, les colleuses se sont organisées par communes. Diverses teams sont actives à Etterbeek, Ixelles, Uccle, Saint-Gilles ou encore dans le centre-ville. Un système de marrainage est mis en place afin de guider les nouvelles arrivantes sur les techniques de collage et l’organisation pratique des sessions. 

Comme pour de nombreux mouvements féministes, les actions de collage se font de manière bénévole. Chacune prend de son temps pour peindre ou imprimer les slogans qui lui tiennent à cœur. Le temps que cela prend varie en fonction de la longueur de la phrase, l’une d’elle affirme parfois peindre pendant plus de trois heures si le propos contient beaucoup de lettres.  Une fois les slogans validés par l’entièreté du groupe, débute le tapissage des murs de la ville et des institutions. Ces affiches placardées sur les lieux publics ont pour but d’impacter le public qui les voient. Les écoles sont un lieu privilégié afin que les enfants puissent y réfléchir et, éventuellement, en discuter avec leurs parents. 

Non-mixité choisie

Les colleuses sont des féministes engagées qui désirent s’affirmer dans la société patriarcale. En collectif de non-mixité choisie, c’est un moyen pour elles de prendre leur place et de s’exprimer. Elles imposent aux gens de lire ce qu’ils ne veulent pas toujours voir. « Ce ne sont pas des choses que l’on entend dans le discours public, dans les médias… Donc, les collages, c’est un peu forcer l’écoute en se réappropriant l’espace public … ça fait du bien ! » explique une colleuse. eAvides de changement pour bannir le sexisme, elles s’associent souvent à des associations féministes qui défendent les mêmes valeurs. 

Si les collages suscitent de bons retours de la part des personnes sensibilisées à ce type de combat, ils leur causent parfois quelques problèmes. Certain·es passant·es les insultent en les voyant faire ou viennent arracher leur travail.

En Belgique, la collage n’est pas vraiment considéré comme légal. Il peut être perçu comme un acte de vandalisme même si, dans les faits, la police réagit souvent gentiment. Les militant·es risquent une amende d’environ 250€, mais cela ne les arrête pas.

Un projet qui s’étend à l’international 

Le succès des collages ne se restreint pas à la Belgique. Les pages Instagram se multiplient et ce, même hors de l’Europe. Les colleuses se rassemblent en général pour des actions lors de dates signifiantes comme par exemple le 8 mars, la Journée mondiale de lutte pour le droits des femmes et des minorités de genre. Les militant.es se regroupent également lorsqu’elles ont du temps ou en ressentent le besoin. Le 25 novembre 2021, une action commune était lancée dans différents pays comme la France, l’Espagne, Israël, la Belgique et même à New-York aux États-Unis. Le même slogan a été affiché à différents endroits dans le monde, dans plusieurs langues : « 75 000 agressions sexuelles / an, 8 000 plaintes, 900 condamnations ». Une phrase explicite qui dénonce les dysfonctionnements judiciaires quant à la prise en charge des violences sexuelles. Pour le 25 novembre de cette année, les colleuses prévoient de nombreuses interventions que vous découvrirez par vous-même.

24 novembre 2022, les murs de l’IHECS sont habillés d’un message qui s’adresse directement aux journalistes qui participent aux Assises européennes du journalisme, qui s’ouvrent à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes 2022.

Les colleuses sont déterminées à continuer leur travail à Bruxelles. Arrivées dans ce mouvement suite à une histoire douloureuse pour certaines, elles ressentent l’envie de s’engager. En besoin de reconnaissance et d’égalité, ellesne veulent plus rester passives et sages dans le moule que la société leur impose.

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