L'école fait la sourde oreille

Des maternelles à l’université, très peu de personnes sourdes et malentendantes fréquentent les bancs des écoles ordinaires. Or, en Belgique, 2 enfants sur 1000 sont atteints de troubles de l’audition. La Belgique serait-elle une mauvaise élève en termes d’inclusion scolaire ?

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Photo homepage : Taylor Wilcox sur Unsplash.
Illustration : projet Sourde Ecole

Des maternelles à l’université, très peu de personnes sourdes et malentendantes fréquentent les bancs des écoles ordinaires. Or, en Belgique, 2 enfants sur 1000 sont atteints de troubles de l’audition. La Belgique serait-elle une mauvaise élève en termes d’inclusion scolaire ?

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Illustration : projet Sourde Ecole

Le 2 juillet 2009, la Belgique a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. Elle s’est ainsi engagée à prendre des mesures pour faciliter l’inclusion des personnes portant un handicap, dont les personnes sourdes et malentendantes, dans la société et donc dans l’enseignement.

C’est d’ailleurs l’article 24 de cette convention de l’ONU qui réaffirme le droit des personnes handicapées à une éducation inclusive. Cette fameuse notion d’éducation inclusive s’oppose à l’ancienne approche intégrative de l’éducation puisqu’elle considère que c’est à l’école de s’adapter aux besoins de l’élève, et non plus à l’élève de s’adapter à l’école. L’un des objectifs de cette convention à laquelle a adhéré la Belgique est donc l’inclusion des personnes porteuses d’un handicap dans l’enseignement ordinaire. À première vue, la Belgique ne semble ainsi pas être le cancre de la classe en matière d’inclusion scolaire. Mais, lorsqu’on jette un œil à son carnet de notes, c’est une tout autre affaire.

Manquements dans l’application de l’article 24

Selon Unia, institution publique indépendante qui défend l’égalité des chances et lutte contre les discriminations en Belgique, le système d’enseignement belge est parmi les plus inégalitaires d’Europe. Le nombre d’élèves en enseignement spécialisé y est très élevé, particulièrement en Communauté française où les inscriptions dans le spécialisé ont augmenté de manière exponentielle entre 2008 et 2018. En 2015, le Commissaire européen aux droits de l’Homme dénonce le nombre élevé d’enfants belges en enseignement spécialisé, ce qui entre en contradiction avec l’esprit de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH).

Le système éducatif belge, en maintenant deux systèmes d’enseignement, c’est-à-dire l’ordinaire et le spécialisé, ne respecterait pas le prescrit de la Convention de l’ONU.

En effet, les écoles belges présentent des lacunes en termes d’accessibilité et d’aménagements adaptés aux enfants présentant un handicap. Ceci force ces enfants à fréquenter des écoles spécialisées. En outre, cet enseignement spécialisé ne procure généralement pas de réel diplôme à la fin du cursus scolaire.

De plus, selon l’ONU, l’application du droit à l’éducation inclusive “n’est pas compatible avec le soutien de deux systèmes éducatifs : un système éducatif ordinaire et un système éducatif ségrégé”. Dès lors, le système éducatif belge, en maintenant deux systèmes d’enseignement, c’est-à-dire l’ordinaire et le spécialisé, ne respecterait pas le prescrit de la Convention de l’ONU. Il semble ainsi clair que la Belgique n’est pas le premier de la classe en ce qui concerne l’inclusion scolaire.

Mauvais résultats en communauté flamande, catastrophiques en FWB

Après la ratification de la convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, la Belgique a fait mine d’avoir bien appris ses leçons : entre 2008 et 2012, les 3 communautés ont adopté des décrets contre la discrimination et pour la mise en place d’aménagements favorisant l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. Jetons un œil à leur bulletin.

En Communauté flamande, même si l’inclusion scolaire fait partie du programme politique depuis des années, elle n’est toujours pas appliquée. En effet, le Décret M, qui a été adopté en 2014 pour mettre en place ces aménagements en faveur de l’inclusion scolaire des personnes handicapées, s’apparenterait en réalité plus à de l’intégration scolaire qu’à de l’inclusion. De plus, un des grands axes de ce décret, le droit à l’inscription dans l’enseignement ordinaire pour chaque enfant, ne serait pas respecté.

En ce qui concerne la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle frôle le redoublement de son année. En plus de son nombre exponentiel d’élèves en enseignement spécialisé qui bat tous les records, fin 2017, la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté le Décret relatif à l’accueil, l’enseignement et au maintien dans l’enseignement ordinaire fondamental et secondaire des élèves présentant des besoins spécifiques. Celui-ci serait, à certains égards, contraire à l’approche inclusive de l’enseignement, notamment en interdisant “les aménagements au niveau des objectifs d’apprentissage définis par les référentiels interréseaux de compétences”(1). Au même moment, elle a aussi adopté deux autres décrets : un pour l’enseignement supérieur inclusif et l’autre pour l’enseignement de promotion sociale inclusif.

Elle tente tout de même de berner le maître de la classe : dans son avis n°3 relatif au Pacte d’Excellence, conformément à l’article 24 de la CDPH, elle confirme le droit à l’inscription dans l’enseignement ordinaire et le droit à l’école inclusive pour les personnes porteuses d’un handicap. Cependant, Unia signale tout de même l’intention de maintenir deux systèmes d’enseignement et le non-respect du droit aux aménagements raisonnables pour les élèves en situation de handicap (qui sont obligatoires et d’application immédiate), ce qui est contraire à l’article 24 de la convention(2). La communauté française mériterait une bonne heure de colle pour non-respect du règlement.

La petite dernière, la Communauté germanophone, apparaît comme l’élève discrète et silencieuse au fond de la classe. On a du mal à la cerner. D’après ses dernières mesures politiques adoptées pour favoriser l’enseignement inclusif, on trouve le Förderdekret qui interdit désormais en Communauté germanophone de classifier les élèves en “types” et qui force les écoles spécialisées à ne plus être isolées, mais à partager le même campus qu’une école ordinaire. Mais elle ne décroche tout de même pas la gommette puisque, d’après Unia, elle viserait “l’adaptation pédagogique plutôt que l’inclusion totale”.

Bref, la note globale de la Belgique en termes d’inclusion scolaire est plus proche du zéro que du 10 sur 10. Alors comment choisir une école adaptée à mon enfant porteur d’un handicap ?

Au cas par cas

Actuellement, puisque la Belgique dispose toujours de deux systèmes distincts d’éducation, l’ordinaire et le spécialisé, il n’existe pas de système général adapté aux besoins des élèves porteurs d’un handicap. Le choix appartient à l’enfant et à ses parents.

Pour ce qui est du choix de l’établissement scolaire pour des élèves sourds et malentendants, il faudra prendre en considération le type de surdité de l’élève, son éventuel appareillage auditif, son parcours et son mode de communication (langage oral, lecture labiale ou langue des signes).

Certaines personnes disposant d’un implant auditif peuvent, par exemple, intégrer une école ordinaire et adopter un dispositif de micro que l’enseignant porte autour du cou et qui permet à l’élève d’obtenir une meilleure qualité d’écoute en réduisant les bruits de fond. Pour les élèves atteints d’une perte d’audition plus sévère et de naissance, on peut opter pour l’enseignement bilingue qui fait appel à un interprète qui signe ce que l’enseignant dit. Mais ce type d’institutions inclusives bilingues est plus rare, car il existe un manque considérable d’interprètes, ce qui rend difficile l’accès aux études et à l’information.

Pour visionner plus de témoignages de personnes sourdes et malentendantes et des professionnels qui gravitent autour d’eux, nous vous invitons à vous rendre sur les pages Instagram et Facebook de Sourde École, un projet réalisé par dix étudiants de troisième année à l’IHECS, qui aborde l’inclusion scolaire des personnes sourdes et malentendantes en Belgique.

L’école n’est pas toujours synonyme de facilité, et cela, les élèves et étudiants le savent très bien. Mais en plus des…

Gepostet von Sourde École am Mittwoch, 22. April 2020

Un projet de Dilinay Kocek – Marie Degel – Dorian Darcy – Louise Silvestre – Chloé Pourtois – Celia Leone – Marie Druet – Louisianne Verlende – Emma Grégoire – Zoé Bullman

Sources :
(1) Unia. (2019). Vers un système d’éducation inclusif en Belgique : Inspirations et exemples.
(2) Unia. (2019, février 13). Pacte d’Excellence concernant les élèves en situation de handicap : un bilan mitigé.

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