Le projet urbain carolo séduit-il de nouveaux habitants ?

Le déclin industriel a beaucoup joué en défaveur du Pays Noir. Dans le but de faire revivre ses rues et son activité économique, la ville lance, dès 2012, un vaste projet de rénovation urbaine. L’ambition est de faire de Charleroi une ville plus vivante et attrayante. Pari réussi ? Charleroi attire-t-elle de nouveaux habitants ? 

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Photos : Laura Droesbeke

Le déclin industriel a beaucoup joué en défaveur du Pays Noir. Dans le but de faire revivre ses rues et son activité économique, la ville lance, dès 2012, un vaste projet de rénovation urbaine. L’ambition est de faire de Charleroi une ville plus vivante et attrayante. Pari réussi ? Charleroi attire-t-elle de nouveaux habitants ? 

Photos : Laura Droesbeke

Autrefois connue pour ses mines de charbon et son activité sidérurgique, Charleroi devient l’une des villes les plus riches au monde à la fin du XIXème siècle. Dès la fermeture des charbonnages, son activité économique ralentit fortement. La ville la plus peuplée de Wallonie voit son nombre d’habitants diminuer jusqu’en 2017. Un an plus tard, ce nombre s’accroit légèrement. Ce n’est que de courte durée car en 2020, depuis la crise sanitaire, la population à Charleroi baisse à nouveau. L’érosion continue, puisqu’entre 2011 et 2021, la ville a encore perdu plus de 1600 habitants. Elle en compte un peu moins de 202 000 en 2021 (source : Statbel)

Non, Charleroi n’attire pas encore massivement de nouveaux habitants. Pas au point en tout cas de combler le vide laissé par ceux qui la quittent. Pourtant, il y a bel et bien de nouveaux occupants dans la ville. Est-ce le plan de rénovation urbaine qui les a attiré ici ? Que sont-ils venus chercher à Charleroi ? Mammouth a rencontré quelques Carolos d’adoption.

Tony, 30 ans et manager du restaurant Tenshi, a décidé de venir vivre à Charleroi pour des raisons professionnelles. À la suite de l’ouverture d’une chaîne de restauration pour laquelle il travaille, ce Bruxellois a emménagé dans l’agglomération en septembre 2021. Sa seule motivation est de tenter de nouvelles choses, d’avoir une nouvelle équipe et d’expérimenter l’ouverture d’un restaurant. 

« Les gens sont accueillants, disponibles contrairement à Bruxelles où ils sont froids, pressés »
Selon Tony, le coût immobilier est plus avantageux à Charleroi. Les prix varient entre 130 000 et 170 000€ pour une maison en bon état, voire excellent.

Linnet, 41 ans et artiste, a rencontré le Pays Noir alors qu’elle cherchait un point de fuite. D’origine cubaine, elle quitte son pays natal en 2010 pour être libre à El Salvador. Elle y prend goût à la liberté. Malheureusement, ses rêves vont être vite bousculés. Maman, elle ne se voit pas rester dans cet État où le danger et la violence sont omniprésents. En 2020, elle fait une demande d’asile en Belgique. L’assistante sociale lui laisse une marge de manoeuvre dans le choix de son lieu de résidence. Reconnaissante, elle accepte la destination qui lui est proposée : Charleroi. 

Au départ, Linnet craignait que Charleroi soit dangereuse, comme la décrivent certains habitants. Avec le temps, elle se rend compte que le danger à Charleroi n’est rien comparé à ce qu’elle a vécu à El Salvador.  
Avec son mari et sa fille, Linnet est arrivée dans le camp de réfugiés à Marcinelle, en Belgique en 2020. 
Son endroit préféré à Charleroi est le « Livre ou verre », un café-bouquinerie.
Certaine de ses oeuvres sont réalisées avec sa fille de 4 ans. Elle la laisse s’exprimer à travers l’art sur une surface vierge. À partir des couleurs, des formes créées par sa fille lui découlent des idées pour concevoir son oeuvre. 
Aujourd’hui, Linnet ne veut pas quitter le Pays Noir. Elle a des amis, un travail et des projets. Parmi ses projets, un s’est réalisé : illustrer une revue (Akène : Exil au féminin) avec ses oeuvres.

Caroline, 39 ans et secrétaire dans un cabinet d’avocat, découvre Charleroi à la suite d’un safari urbain organisé par Nicolas Buissart. Parisienne, l’idée de renaissance de cette ville la séduit. Elle quitte la France en 2019 en espérant que le Pays Noir revivra de ses cendres. Dans ses valises, elle emporte plein d’idées de projets visant à moderniser Charleroi.

Défendant l’idée que chaque quartier de Charleroi à sa propre identité, Caroline a proposé de reprendre le concept « Le Bonbon » à Paris. Elle aimerait introduire un magazine dont le contenu ferait état de ce qui se passe dans le quartier : boutiques de créateurs, bons plans, adresses de restaurants, etc. De quoi dynamiser l’activité économique et culturelle.

Arrivée à Charleroi, Caroline a présenté des projets à la Ville en vue de l’améliorer.

Bien qu’ils se soient tous installés à Charleroi pour des raisons différentes, ces trois profils ont en commun une envie d’habiter la ville et de la faire vivre au travers de leurs activités professionnelles. Ils envisagent positivement les grands travaux qui animent la ville, mais ceux-ci n’ont pas été déterminants dans leur choix de venir vivre à Charleroi.

Si le nombre d’habitants de Charleroi n’a fait que diminuer ces dernières années, de nouveaux venus viennent tout de même apporter un vent frais sur la ville. Combien sont-ils dans ce cas ? À l’heure actuelle, aucune recherche n’a été faite sur le sujet. Une étude est en cours, nous dit-on à la commune. D’ici là, Caroline, Linnet et Tony ne quitteront pas les lieux. Ils disent vouloir rester pour de bon et voir fleurir le fruit de leurs projets à Charleroi. 

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