Le Magic Land, toujours debout sans subsides

Depuis l’annonce du Ministre flamand de la Culture, Jan Jambon, sur la baisse des subsides culturels, les critiques affluent. La situation n’est pas plus clémente pour les institutions culturelles en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mammouth a visité un théâtre qui survit depuis deux ans sans subsides.

par

Photo : Julie Delvigne

Depuis l’annonce du Ministre flamand de la Culture, Jan Jambon, sur la baisse des subsides culturels, les critiques affluent. La situation n’est pas plus clémente pour les institutions culturelles en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mammouth a visité un théâtre qui survit depuis deux ans sans subsides.

Photo : Julie Delvigne

Dans la vaste commune de Schaerbeek, coincé entre les frénétiques Rue du Brabant et Rue d’Aerschot, se trouve le Magic Land Théâtre. Un établissement qui a pour vocation de faire rire les gens. Ce sont d’ailleurs les éclats de rire des comédiens en pleine répétition qui nous accueillent après avoir franchi la porte de ce lieu. Occupés à ajuster leur costume, les artistes sont dans leur dernière ligne droite avant leur spectacle « Le Bal des Momies ». Dans la salle, les chaises sont empilées et entassées avant de pouvoir accueillir les spectateurs. L’endroit est exigu mais coloré et la bonne humeur des comédiens envahit petit à petit tout l’espace. Johanne Duplouy, chargée de communication du théâtre, nous indique de ne pas faire attention au désordre.

En entendant que le reportage se concentre sur la baisse des subsides alloués au secteur culturel, un comédien se lance en criant « Nous n’avons plus de subventions. On va tous mourir ! ». Cette fois-ci, la phrase scandée ne fait pas partie du scénario du prochain spectacle mais reflète la réalité des conditions de travail des employés de ce théâtre. Johanne confirme : « En décembre 2017, nous avons appris par la presse que la Fédération Wallonie-Bruxelles avait décidé de ne plus nous allouer de subsides ». Quelque 130.000 euros en moins par an. Un vrai choc. La somme n’était pas énorme -ils faisaient partie des petites subventions- mais elle leur permettait d’avoir plus de salariés et d’être plus à l’aise. Ils le sont beaucoup moins désormais. Face à cette situation, l’équipe a rendez-vous prochainement avec la nouvelle Ministre des Médias, Bénédicte Linard (Ecolo), pour discuter de cette coupe de subsides.

DES PROJETS INCERTAINS JUSQU’À LA DERNIÈRE MINUTE

Chaque année, le Magic Land organise plusieurs spectacles. Mais chaque année, ces projets sont source d’incertitude. Pour chaque nouveau projet, ils peuvent demander de l’aide à la commune ou à la COCOF mais ils ne reçoivent jamais plus que 5 ou 10.000 euros. Ils peuvent aussi envoyer cette demande à la Fédération. Malheureusement, la plupart du temps, leurs dossiers sont refusés. Tous les secteurs qui demandent des subsides éprouvent ces difficultés. Ils se retrouvent, à un moment donné, à avoir des projets en cours sans avoir encore reçu l’argent ou sans savoir s’ils le recevront. « À moins d’être très à l’aise financièrement, personne ne peut savoir si son projet sera viable. Il y a toujours une grosse zone d’inconnu. Nous misons à risques à chaque fois. Ça met de l’adrénaline au moins ! ».

Pourtant ce ne sont pas ces conditions difficiles qui vont réussir à démotiver ces comédiens à la force de vivre aussi vive que leur humour. Preuve à l’appui : leurs spectacles affichent tout le temps complet. « Notre salle fonctionne, nos spectacles fonctionnent. On ne peut pas dire qu’on est dans quelque chose où il y a trois pelés et deux tondus et dont tout le monde s’en fout, non ! ».

UN SOUS-SOL REMPLI DE MYSTÈRES

En zigzaguant parmi les comédiens en pleine répétition, nous tombons sur un escalier menant à la cave. L’ambiance est sombre et les seuls éléments éclairés sont une vieille machine à écrire et d’étranges potions. Il s’agit en fait d’un Escape Game. L’équipe a décidé de lancer le Magic Escape afin de diversifier leur activité et d’avoir, in fine, plus de moyens financiers. De retour au rez-de-chaussée, les huit comédiens s’activent toujours sur scène et le directeur artistique veille à ce qu’ils soient prêts à temps. « Nous ne faisons pas de spectacles avec seulement deux comédiens. Ils sont huit et c’est notre marque de fabrique. Évidemment, cela représente un coût par soir mais on ne veut pas toucher à l’âme de notre théâtre. »

C’est la volonté de l’équipe du Magic Land qui leur a permis de garder leurs portes ouvertes jusqu’à maintenant. En attendant de voir comment la situation évoluera avec le nouveau gouvernement mais le théâtre est assez optimiste et parie sur un changement de politique.

Photo : Julie Delvigne (CC BY NC ND)
Photo : Julie Delvigne (CC BY NC ND)
Photo : Julie Delvigne (CC BY NC ND)
Photo : Julie Delvigne (CC BY NC ND)

Nouveau sur Mammouth

Ben, l'ami des oubliés
L'internat pour adultes, l'alternative aux kots étudiants
J'ai essayé le test antigénique en Sicile
Paradoxales, les femmes dans la société russe