Le handicap face à l'enseignement ordinaire

Othmane est un petit garçon de 7 ans. Il est porteur de trisomie 21, mais est scolarisé dans l’enseignement ordinaire depuis sa première maternelle. Il a fait sa rentrée en primaire à l’Institut Saint-Charles de Molenbeek en septembre dernier. Cette intégration offre de réels bénéfices pour ceux qui partagent le quotidien de ce petit garçon.

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Photo : Lambret Coralie

Othmane est un petit garçon de 7 ans. Il est porteur de trisomie 21, mais est scolarisé dans l’enseignement ordinaire depuis sa première maternelle. Il a fait sa rentrée en primaire à l’Institut Saint-Charles de Molenbeek en septembre dernier. Cette intégration offre de réels bénéfices pour ceux qui partagent le quotidien de ce petit garçon.

Photo : Lambret Coralie

Othmane porte des pantalons Batman et des pulls à l’effigie de ses personnages préférés. Ses petites lunettes rondes cachent un regard enfantin, innocent et malicieux, qui ne laisse présager aucune différence avec un autre enfant de son âge.

En classe, Deborah, son institutrice, a lu aux élèves le livre « On est tous différents ». A la fin de l’histoire, à la question « qui dans la classe est différent ? », ils ont répondu « Yassine parce qu’il court plus vite que moi », « Jules parce qu’il a les cheveux blonds », « Vous Madame, vous avez des lunettes » et en dernier « Othmane parce qu’il a des petites oreilles ». Autrement dit, aucun enfant n’a relevé une différence liée au handicap de leur copain. Pourtant, Othmane est parfois distrait, il aime répéter tout ce que Madame Deborah dit, il n’a pas toujours les mêmes devoirs que les autres et il a le droit d’écrire sur son ardoise quand il n’arrive plus à se concentrer. Mais ces différences n’en sont pas pour les autres élèves.

Othmane montre fièrement la petite pancarte avec son prénom.
Le petit garçon porte fièrement son nom et sa différence.
Photo : Lambret Coralie

Intégrer et favoriser la différence

Othmane a très vite trouvé sa place dans sa nouvelle école. Dans la cours de récréation, il joue, rit aux éclats, râle un peu aussi parfois et reste longtemps dans les toilettes pour se laver les mains, comme ses copains.

En classe, il est assis juste à côté de son institutrice. Elle aime garder un œil sur ce qu’il fait. Grâce à cette attention particulière, Othmane participe à toutes les activités, tout en bénéficiant parfois de petits aménagements supplémentaires. D’une part, une enseignante de l’Etincelle, école spécialisée de Molenbeek, aide Othmane dans sa classe quatre heures par semaine, grâce à un accord avec l’école. Et d’autre part, pour faciliter le travail de Deborah, une institutrice orthopédagogue travaille aussi, une matinée par semaine, sur des exercices plus spécifiques. Elle est envoyée par le centre Saphir de Bruxelles qui propose des services de soutien pour les enfants de 0 à 23 ans, atteints de trisomie 21 ou de dysphasie, et leur famille.

Othmane travaille en groupe avec d'autres élèves et est très attentif.
Othmane adore s’investir dans les travaux en groupe.
Photo : Coralie Lambret

La scolarité ordinaire, un choix et un droit

Le choix de ne pas placer Othmane dans le spécialisé a toujours été une évidence pour Nora, sa maman.  « Je souhaitais qu’Othmane puisse fréquenter la même école que son frère » explique-t-elle. Elle justifie également cette décision en évoquant les droits de son fils. En fait, elle n’a jamais voulu que le handicap de son enfant soit un frein à une scolarité normale. « C’est une belle manière de confronter les autres enfants à la différence pour développer leur tolérance », développe Nora.

Lorsqu’on a un enfant handicapé, la discrimination est un quotidien auquel on ne s’habitue jamais réellement 

Nora

Othmane et sa famille ont inévitablement rencontré des obstacles dans cette quête de l’ordinaire. Rien que lors des démarches d’inscription en primaire, la trisomie d’Othmane a ramené tout son entourage à une dure réalité. La direction de l’école qu’il fréquentait depuis le début a refusé que le garçon poursuive sa route chez eux.  Les enseignants ont estimé qu’un enfant handicapé, en primaire, représenterait une charge de travail plus conséquente à laquelle ils ne voulaient pas s’adapter. « Lorsqu’on a un enfant handicapé, la discrimination est un quotidien auquel on ne s’habitue jamais réellement », confie Nora.

Nora a encore essuyé beaucoup de refus de la part des établissements, avant la moindre rencontre avec Othmane, et avec pour seule justification sa trisomie trop difficile à gérer pour le corps enseignant. Pourtant, l’accès à l’enseignement ordinaire pour les personnes handicapées est un droit en Belgique.

D’autres écoles, comme l’Institut Saint Charles à Molenbeek dans lequel il est scolarisé depuis la rentrée, leur ont néanmoins réservé de belles surprises. La direction a approuvé sa demande après avoir consulté l’avis de ses potentiels professeurs. Othmane a atterri dans la classe de Madame Deborah, institutrice dévouée et passionnée par son métier. Cette nouvelle étape a marqué la fin d’une période émotionnellement éprouvante pour la famille.

Une institutrice expérimentée

Othmane travaille individuellement avec Déborah, son institutrice, qui l'aide à lire.
Déborah aide Othmane du mieux qu’elle peut.
Photo : Coralie Lambret

Othmane n’est pas le premier enfant handicapé que Deborah accueille dans sa classe. « J’ai déjà travaillé avec un enfant malentendant, j’avais un micro relié à son appareil auditif et il y avait plusieurs aménagements à faire », explique l’enseignante. L’expérience était différente, mais tout aussi enrichissante.

L’encadrement d’Othmane ne lui a pas fait peur et c’est naturellement qu’elle a accepté de devenir son institutrice et de créer un environnement agréable pour son nouvel élève. Pourtant, « ce n’est pas facile tous les jours ; Othmane demande un peu plus d’attention que les autres enfants », avoue-t-elle, tout en soulignant les bénéfices d’une telle opportunité. Othmane est une réelle source d’apprentissage sur les valeurs humaines, tant pour l’école que les autres élèves.

Dans une Belgique très mauvaise élève en terme d’intégration scolaire des personnes porteuses d’un handicap, Othmane et son entourage sont une note d’espoir. « J’espère qu’il restera dans l’enseignement ordinaire le plus longtemps possible » confie, sereine, sa maman. L’avenir de la scolarité d’Othmane est incertain, car sa différence fait encore souvent peur aux enseignants. Sa maman reste cependant confiante et mène quotidiennement sa bataille pour que la différence de son fils ne soit plus un critère d’exclusion et de discrimination.

Vue d'ensemble sur la classe d'Othmane et sur ses camarades.
Othmane s’intègre parfaitement dans sa nouvelle classe.
Photo : Coralie Lambret

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