Le folklore étudiant tente de subsister face à la pandémie

Les cercles étudiants innovent pour allier responsabilité et intégration de nouveaux étudiants. Les premières années ont l’occasion de participer à des activités festives en petit comité. Reportage à Louvain-la-Neuve.

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Crédit photo : Samuel Di Carlantonio (C)

Les cercles étudiants innovent pour allier responsabilité et intégration de nouveaux étudiants. Les premières années ont l’occasion de participer à des activités festives en petit comité. Reportage à Louvain-la-Neuve.

Crédit photo : Samuel Di Carlantonio (C)

Des fêtes clandestines apparaissent aux quatre coins du pays depuis la rentrée académique. Non sans risque, les fêtards s’exposent à des sanctions financières et pénales prévues par la police et les universités. Pourtant, des initiatives se multiplient sur les campus pour proposer un cadre divertissant et culturel qui suit scrupuleusement les mesures sanitaires. Une semaine après la rentrée, le cercle Philo & Lettres de Louvain-La-Neuve (FLTR) lance un barbecue d’accueil. 

Une organisation préparée depuis juillet 

Sur la voie Cardijn, devant le bar du cercle, les comitards terminent d’aménager un bout de terrasse improvisée. Une fois le désinfectant et le listing disposés à l’entrée, le cuistot lance le barbecue. Maxime et David, à la tête du cercle Philo & Lettres, collaborent avec l’université́ catholique de Louvain (UCLouvain) depuis trois mois. Les deux étudiants qui chapeautent l’organisation saluent « le travail de l’université qui fournit les moyens financiers et logistiques pour les soirées d’accueil ». Également dans le coup, la commune de Louvain-La-Neuve a retiré exceptionnellement les pilonnes en bois de la voie publique pour agrandir l’espace à l’extérieur. La terrasse est davantage Covid-friendly

L’activité atteint rapidement son quota de participants. Les premières années, reconnaissables à leur manque d’assurance, s’installent à côté des membres du cercle plus expérimentés. Emma, qui débarque sur le campus, voit dans l’initiative une bonne opportunité : « Rencontrer de nouvelles personnes et découvrir autre chose que les cours n’est pas facile cette année. Et même lors des cours, soit ils sont en ligne, soit je suis assise à distance de mes amies. » Pour avoir accès à ce moment social en terrasse, l’étudiante en latin-français a dû enfiler un collier rose vif, un repère utilisé par les organisateurs pour évaluer la fréquentation. « Toutes les trente minutes, on compte le nombre de participants en vérifiant s’ils portent bien un des quarante colliers » explique Maël, président de baptême du cercle. 

Une ambiance à la fois responsable et conviviale 

“D’une manière amusante et sécurisante, on découvre la culture en rencontrant de nouvelles personnes”

Finie la bataille des coudes devant le bar, le mode horeca a supprimé tout agglutinement. Pour commander une boisson, les étudiants restent désormais assis. « Comme au resto », ils interpellent le serveur par un signe de la main pour les plus timides, par un « taaavernier ! » pour les plus dégourdis. Pour une guindaille, l’ambiance est peu bibitive et bien calme… Conséquence du Covid, la sono a été sacrifiée. Les conversations doivent se dérouler sans hausser le ton pour émettre le moins de postillons possible. Dans cette logique, les chants paillards et les à-fonds sont proscrits sur la terrasse. Le folklore bat de l’aile. 

Coiffé de sa calotte, Maxime discute traditions estudiantines. Le président du cercle « le plus culturel de Louvain » n’a pas voulu déroger à la réputation de l’ASBL. A table, il converse à propos de la première semaine à l’université avec les nouveaux arrivants et appréhende les activités de baptême. Dans le monde de la guindaille depuis trois années, Maxime estime ce genre d’activité d’accueil essentielle sur le plan culturel : « Avec une manière mature et chaleureuse, on perpétue la tradition qui accompagne l’arrivée des premières. » Une visite guidée de la ville est aussi au programme signale-t-il. Le folklore n’est pas mort. 

Prévention et sécurité 

La police apparait sur les abords de la terrasse, elle effectue là sa deuxième patrouille en l’espace d’une petite heure. Durant le barbecue, quelques étudiants distraits se voient rappeler les mesures en vigueur. Port du masque pour les déplacements, gobelet à usage personnel, interdiction d’élever la voix. « Nous sommes intransigeants. Organiser un événement pendant cette période demande un sens des responsabilités de la part de chacun », confient les organisateurs. 

Marie-Aimée prend les coordonnées des participants et leur rappelle les mesures sanitaires

Une BOB reconnaissable à son t-shirt jaune fluo s’occupe des fauteurs de troubles. Si la première remarque est un simple rappel à l’ordre, c’est rapidement « buiten » nous prévient-on. Une entreprise de gardiennage privée complète le dispositif et se tient prête à évacuer manu militari tout élément perturbateur. 

Comme l’indique Michel Péters sur son blog, ce n’est pas la première fois que le folkore estudiantin connaît une crise. Durant la deuxième guerre mondiale, le folklore avait tenté de subsister en mode mineur, certains étudiants affichant un V de la victoire sur leur penne. Durant les années 60, il a connu une période de déclin due à l’embourgeoisement des étudiants, au manque d’organisation et d’initiative des cercles ou encore, dans la foulée de Mai 68, aux engagements politiques prenant le pas sur les activités estudiantines. Aujourd’hui, avec la pandémie, le folklore connait un nouvel épisode d’accalmie. Ce n’est qu’au moyen d’initiatives responsables tel que ce barbecue d’accueil louvaniste que les étudiants pourront en assurer la pérennité. 

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