La petite balle jaune change de camp

Le padel séduit de plus en plus de Belges

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Photo : Yasmine Akki

Le padel séduit de plus en plus de Belges

Photo : Yasmine Akki

Dernier sport en vogue en Belgique et dans le monde entier, le padel ne cesse de gagner du terrain et séduit de plus en plus d’amateurs. La discipline éclipse peu à peu le tennis, son cousin historique, poussant de nombreux clubs à reconfigurer leurs infrastructures. Cette transition, motivée aussi par des raisons économiques, voit l’émergence de nouveaux complexes dédiés, qui permettent peu à peu une meilleure professionnalisation du nouveau sport roi.

Expansion rapide, ambitions élevées

Selon des chiffres rapportés par Padeltennis Wallonie-Bruxelles (la seule fédération reconnue), on recensait 295 clubs en 2021, soit 50 % de plus que les 181 de 2020. Même constat pour le nombre de joueurs en compétition, qui a connu une croissance exponentielle (de 11.000 en 2020, à plus de 22.000 en 2021 et environ 50.000 aujourd’hui). La fédération se veut d’ailleurs ambitieuse et a osé se fixer un objectif très clair, celui d’atteindre les 100.000 membres d’ici la fin de 2024. La Belgique se situe d’ores et déjà dans le top 10 mondial pour ce qui est du nombre de clubs et de terrains, dépassant les 2.000 infrastructures.

Ces chiffres significatifs ont convaincu Alain Henrotte, le directeur du centre sportif Sportcity, de continuer de miser sur ce sport. Il y a un an, son complexe a fait le choix, comme beaucoup d’autres, de condamner deux de ses terrains de tennis pour laisser place aux courts de plexiglas. “ Au vu du franc succès de nos trois premiers terrains, nous prévoyons d’ici 2025 de remplacer les quatre autres terrains de tennis indoor en courts de padel ”, dit-il. Ces futurs terrains permettront notamment l’organisation de tournois au sein même du club.

L’aspect financier de l’affaire n’est pas négligeable. En effet, les coûts réduits de construction et d’entretien contribuent à une rentabilité accélérée, notamment en raison des tarifs de location qui peuvent doubler ceux du tennis.

Cette offre satisfait une demande toujours plus forte. Alors que les courts de padel tournent à plein régime du matin au soir, ceux de tennis sont inoccupés la plupart du temps. Les adeptes se bousculent et doivent souvent s’y prendre une semaine à l’avance pour espérer avoir un créneau de libre. L’avantage spatial du padel permet de construire trois terrains sur deux de tennis, en plaçant un court à l’horizontale.

Sur les traces de l’Espagne

Le développement de la pratique amateur permet au padel professionnel de commencer à exister réellement, notamment au niveau médiatique, la preuve étant la couverture du Brussels Premier Padel P2 par de nombreux médias. Cette médiatisation grandissante n’atteint pas encore le niveau de l’Espagne, où le padel est fortement implanté. La domination du padel professionnel par les joueurs hispaniques est d’ailleurs extrême. Depuis des années, les Espagnols, mais aussi les Argentins, représentent plus de 90 % des 100 premières places mondiales.

L’une des raisons de cette hégémonie se trouve aux origines de ce sport, qui doit sa naissance, en 1969, à l’homme d’affaires mexicain Enrique Corcuera, grand amateur de tennis. Lors d’un de ses voyages aux États-Unis, il avait essayé le “ paddle-tennis « , un jeu inspiré du tennis, mais pratiqué sur un terrain plus petit, avec un filet plus bas et une raquette plate sans cordage. N’ayant pas assez de place pour construire un court de tennis, il construit à Las Brisas, au Mexique, un court plus petit, encadré de murs sur la base de ce concept. Le squash, autre sport de raquette, a probablement aussi influencé la conception initiale du court de Corcuera avec son aire de jeu fermée et son jeu incluant les murs, se rapprochant énormément du format du padel. C’est après la visite d’un ami que le nouveau sport atterrit en Espagne, à Marbella, où il connaît ses premiers succès dans les années 90.

Pour Alvar Madrid, journaliste responsable de la section padel pour le média digital espagnol Relevo, la situation actuelle est simplement logique “ Aujourd’hui, la Belgique est (comme) l’Espagne, il y a 10 ans. Les gens sont en train d’apprendre à jouer et aime ça. Pour l‘instant, le sport n’est pas encore arrivé au point où les gens suivent la compétition professionnelle. Le premier pas pour aimer regarder du padel, c’est aimer jouer, ensuite, l’envie viendra de voir comment les meilleurs joueurs jouent pour les imiter. Cela viendra, c’est une question de temps… ” La différence de niveau ne devrait donc être que temporaire. “ C’est un sport très jeune qui est entré en Europe il y a 25 ans mais pendant 15 ans seulement, nous, les Espagnols y avons joué. C’est seulement depuis 8-9 ans qu’il y a eu une expansion incroyable dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis. La Belgique est dans une phase de croissance, d’expansion. Ce sport va énormément grandir ces prochaines années. Ce qui est pour l’instant 10 ou 12 complexes dans les grandes villes en sera facilement une trentaine dans les prochaines années. ” explique l’Espagnol.

Une pandémie bénéfique

Maxime Deloyer, 20 ans, partage aujourd’hui la place de numéro 1 belge avec son partenaire Clement Geels. Loin des premières places du classement mondial, la paire ne se situe pour le moment qu’à l’entrée du top 100. D’abord tennisman, Maxime a très tôt changé de raquette pour devenir l’un des précurseurs du padel en Belgique avec comme rêve de tutoyer les meilleurs. Pour progresser il lui a fallu rejoindre une académie espagnole. “ Dès l’âge de cinq ans, ils font déjà 15-20 heures par semaine, ils peuvent s’entraîner avec les meilleurs coachs et les meilleurs joueurs, ils s’entraînent entre eux et atteignent donc forcément très vite au haut niveau. ”

Le Covid a beaucoup aidé le padel

Maxime Deloyer

En Belgique, le padel n’existe réellement que depuis quelques années.  » Le Covid a beaucoup aidé le padel car le tennis était interdit pendant la pandémie, par contre on pouvait prendre l’autre raquette « , explique Maxime Deloyer.  » Tous les joueurs de tennis ou d’autres sports de raquettes qui étaient interdits de pratiquer leur sport, se sont mis au padel et n’ont jamais lâché. « 

L’organisation du Brussels Premier Padel, tournoi de 3e catégorie, sur le circuit professionnel permet de donner une réelle opportunité à Maxime Deloyer et Clément Geels grâce aux Wild Cards (les Wildcards sont des invitations pour les joueurs dont le classement n’est pas suffisamment élevé pour se qualifier automatiquement au tournoi). L’événement qui fêtait cette année sa troisième édition, a récemment été renouvelé pour trois supplémentaires, justifiées par un succès grandissant d’années en année.

L’investissement dans un tournoi de ce type, est un investissement à long terme dans le padel en lui-même qui permettra, selon Vincent Laureyssens, de faire naître des vocations et pourquoi pas, d’un jour, faire jeu égal avec les Espagnols. “ Eux ont commencé il y a 30 ans, nous il y a 5 ans donc il y a simplement une génération de retard et peut être que dans 20 ans on aura un champion belge mais il est encore dans le ventre de sa maman tout comme en Italie, au Danemark ou en Hollande, ça viendra… ”

Cette vision est partagée par Andrés García Armero, responsable du polysport chez Relevo “ C’est une évolution, dans 10 ans, quelques-uns des enfants qui sont dans les gradins du tournoi ou qui sont dans leur club à s’entraîner seront de grands joueurs. ”

Il souligne également la nécessité de moyens mais aussi de modèles. “ Les enfants ont besoin d’idoles qui les inspirent pour pouvoir évoluer et progresser, c’est ce qu’on voit dans tous les sports, pourquoi il y a tant de bons cyclistes en Belgique ? Parce que tout le monde regardait Merckx, puis Johan Museeuw et maintenant Wout Van Aert. C’est une inspiration continue et c’est ce qui va se passer au padel à partir du moment où sortira un leader, les autres suivront. ” Si la Belgique essaye de se développer en padel sur le modèle espagnol, l’Espagne se calque sur nous pour devenir une référence en cyclisme.

Le padel, avec son ascension fulgurante et sa capacité à réinventer l’infrastructure sportive traditionnelle, se profile désormais comme un concurrent sérieux au tennis et aux autres sports. En tirant avantage de sa simplicité, il est en passe de redéfinir le paysage sportif européen, à l’image de ce qui s’est produit en Espagne il y a quelques décennies. L’augmentation exponentielle du nombre de clubs et de joueurs témoigne de son attrait croissant, non seulement parmi les amateurs mais aussi à un niveau professionnel. La Belgique, à travers des initiatives comme le Brussels Premier Padel, est bien positionnée pour capitaliser sur cette vague de popularité. L’avenir semble prometteur, avec la potentialité de voir émerger de nouveaux talents, qui pourraient un jour rivaliser sur la scène mondiale. Une simple question de temps et de génération.

Le Qatar élargit son terrain de jeu

Après avoir investi massivement dans le football européen, le Qatar devient un acteur clé dans le padel aujourd’hui. Le fonds Qatar Sports Investments (QSI) a en effet racheté en début de 2024 l’organisation Premier Padel, qui domine le padel mondial.

Nasser Al-Khelaïfi, président actuel du Paris-Saint-Germain et président du fonds d’investissement s’en est félicité. ” C’est un moment historique pour le padel. En tant que sport générant la croissance la plus rapide du secteur sportif mondial, QSI est fier d’être au cœur du développement et de la professionnalisation du padel dans le monde entier, en plaçant toujours les joueurs au centre de notre mission qui consiste à faire grandir ce sport en tous lieux. Nous sommes très enthousiastes à l’idée d’ouvrir ce nouveau chapitre. « 

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