La Belgique importe toujours des espèces exotiques protégées 

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Le commerce d’espèces exotiques protégées en Belgique suit une tendance de fond : il est soumis à un cadre légal de plus en plus restrictif mais les autorités manquent de moyens pour l’éradiquer complètement. Des mammifères aux coraux, en passant par des vêtements en cuir ou des squelettes, notre pays a importé des millions d’espèces depuis 1980. Analyse d’un phénomène polymorphe.

Entouré d’animaux dès son plus jeune âge, Alexis se découvre très vite une passion pour les espèces exotiques. “J’ai une tortue d’Hermann et j’avais un chirurgien d’eau de mer, un Zebrasoma Flavescens”, explique cet habitant de Kraainem âgé de 23 ans. “Le Zebrasoma flavescens, je l’ai payé 350 euros, ce qui est relativement peu cher pour un poisson de cette espèce. C’est un peu le Graal en aquariophilie marine. »

L’accès à ces espèces est parfois anormalement simple. Alexis a pu se procurer ce poisson, unique à ses yeux, via un commerce d’aquarium qui fermait boutique et qui n’avait pas les permis nécessaires. Quant à la tortue d’Hermann, il l’a obtenue via un éleveur particulier « en règles ». Pour finaliser l’achat, il a dû suivre plusieurs démarches et notamment acquérir un certificat de détention. “Lorsque j’ai reçu la tortue, elle était déjà pucée. Il y a vraiment eu un suivi. Et si un jour je dois m’en séparer ou que je dois la revendre, je dois transférer le dossier à la personne.”

Moins de contrôles car moins de moyens

La détention de certaines espèces exotiques est soumise à l’obtention de permis et de certificats délivrés dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). En Belgique, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA ) encadre la légalité de ces importations, en étroite collaboration avec la douane, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) et le service CITES du SPF Santé publique. Des contrôles sont notamment effectués dans les ports et les aéroports, environ tous les deux mois, afin de vérifier le respect des réglementations en matière d’importation de viande, de plantes, de produits végétaux et d’animaux. “Pour que le commerce soit légal, il faut que le pays exportateur délivre un permis d’exportation, et le pays importateur, un permis d’importation”, tranche Anne Vanden Bloock, membre de l’organe de gestion CITES.

De 2020 à 2024, les procès-verbaux pour infraction, des procès-verbaux avec saisie et des procès-verbaux d’avertissement n’ont pas fortement variés. En revanche, le nombre de contrôles CITES a diminué en quatre ans, aussi bien chez les éleveurs que sur les plateformes en ligne en raison d’un déficit de ressources humaines, financières et technologiques.

Les infractions observées concernent majoritairement la détention de ces espèces sans certificat ou leur commerce non documenté. Selon les données accessibles publiées par l’AFSCA en 2024, 854 passagers ont commis une infraction en rapportant des produits non conformes en Belgique. En presque dix ans, le nombre de passagers en infraction a presque doublé : seuls 468 passagers non-conformes été recensés en 2015.

Le corail toujours dans le viseur

Entre 1984 et 2024, la Belgique a importé d’importantes quantités d’espèces exotiques menacées d’extinction provenant des quatre coins du monde. Animaux vivants, corail, caviar, vêtements ou chaussures en cuir, squelettes,… Rien que pour le Zimbabwé, la cellule CITES a enregistrés plus de 9 millions d’espèces et produits importés. L’Afrique du Sud, avec 6 millions d’espèces importées, puis la Chine, avec plus de 5 millions d’importations, complète ce sombre tableau.


Cliquez sur l’onglet pour voir quel pays exporte le plus d’animaux et/ou produits d’origine animale.

Au fil des ans, les législations et les règles sanitaires se sont durcies et les restrictions ont été élargies. « Dans le passé, la Belgique était un plus grand importateur d’animaux, mais ce n’est plus le cas depuis le début des années 2000. Concernant l’importation d’oiseaux, les contrôles sont beaucoup plus stricts en raison de la grippe aviaire. Les chiffres de l’importation de reptiles ont aussi diminué au cours des années. Maintenant, on s’intéresse davantage aux coraux », précise Anne Vanden Bloock.

En 2024, plus de 2700 importations d’espèces et produits exotiques ont été enregistrées en Belgique. Le corail représentait de loin l’élément le plus prisé, avec plus de 2 000 spécimens introduits, principalement pour l’aquariophilie. Suivaient les poissons (630), les mammifères (7), les oiseaux (4) et les reptiles (1). Si ces données ne sont pas anecdotiques, elles témoignent d’une réduction drastique de ces pratiques. À titre de comparaison, la Belgique importait plus de 10 600 animaux exotiques en 1984, année lors de laquelle les oiseaux trustaient la première place de ce commerce (10 100), talonnés par les mammifères (430) et les reptiles (56). 

Des trous dans la raquette

Alors que les contrôles diminuent aux frontières en raison du manque de personnel, les autorités sont soumises à une pression croissante : la quantité de cargaisons qui arrivent chaque jour dans les ports et les aéroports augmente, et des pays ne déclarent pas certains échanges ou exportations. “Il faut une impulsion politique et des moyens financiers”, insiste Justine Guiny, senior policy manager de l’organisation Traffic. « Notre organisation collabore avec les gouvernements. Nous réalisons des collectes de données qui permettent de travailler avec les douanes afin d’intercepter les marchandises aux différents points d’entrée des pays. Ces interceptions nécessitent de nombreux moyens technologiques, humains et des formations pour les agents sur place, qui sont aujourd’hui insuffisants. »

Depuis 1984, l’importation d’animaux exotiques menacés d’extinction a essentiellement des objectifs commerciaux. Des animaleries ou des particuliers en raffolent pour l’aquariophilie ou le marché des animaux de compagnie. Une infirme partie de ces exportations ont des visées scientifiques ou éducatives. Désormais, les autorités font face à de nouveaux défis : le trafic illégal explore de nouvelles voies pour contourner les règles en vigueur.

Méthodologie

Nous avons extrait les données à partir du site CITES, et nos données sont disponibles ici

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