“Juger une personne sur son revenu (…), c’est réducteur”

Xavier* est un étudiant de l’IHECS de 23 ans comme les autres…mais pas tout à fait. Héritier d’une grande famille noble de Bretagne, il fait partie de cette classe que certains appellent « privilégiée ».

par

Anaïs Corbin

Xavier* est un étudiant de l’IHECS de 23 ans comme les autres…mais pas tout à fait. Héritier d’une grande famille noble de Bretagne, il fait partie de cette classe que certains appellent « privilégiée ».

Anaïs Corbin

Son père est gérant de portefeuille. Le patrimoine de sa famille, il n’en parle pas publiquement…En dehors de l’aspect financier, c’est surtout un héritage historique qu’il veut faire perdurer. Nous le rencontrons dans sa maison de Maître aux allures Louix XVI à Ixelles.

Te sens-tu privilégié ? Comment le vis-tu ? 

Dans mon ressenti, non. Mais je reconnais que je le suis. J’ai toujours été soutenu pour mes études et passions. Je n’ai jamais manqué de rien. Ce privilège, je le vis très bien. Mes parents ont travaillé et ont de l’argent, il n’y a pas de honte à avoir.

T’es-tu déjà posé la question : et si j’avais été “pauvre”, comment aurait été ma vie ? 

Oui je me la suis posée. Je me rappelle d’un enfant qui était dans la classe de ma sœur en primaire, Dylan, et ma mère disait toujours “Xavier aurait été Dylan s’il n’était pas né à la maison”. Dylan et moi étions similaires. Il était très intéressant, intelligent. Nous avions les mêmes passions et centres d’intérêt, les mêmes capacités de compréhension, le même caractère. Sauf qu’il a eu la malchance de naître dans une famille brisée, il a été enlevé par les services sociaux quand il avait 4-5 ans, il a toujours eu du mal avec ça et a fait de la prison, a pris de la drogue, a subi une descente aux enfers. Moi, j’étudie et lui est maintenant en prison.

« Si un jour je venais à manquer d’argent, je me débrouillerai par moi-même » 

Que ferais-tu si, subitement, tu manquais d’argent ? 

Si l’argent venait à manquer, nous aurions toujours le soutien familial. Mais dans le pire des cas, je ferai comme mon père m’as toujours appris : je me débrouillerai. Il ne nous donne pas beaucoup d’argent. Il veut qu’on en apprenne la valeur, et qu’on apprenne la débrouillardise. Si j’arrête de travailler, il me coupe les vivres. Les frais d’études sont à sa charge mais il ne fait pas de cadeau.

A ton avis, est-ce que tes amis du même milieu pensent comme toi ? 

Cela dépend car c’est un milieu qui ne peut pas se résumer à une catégorie socio-culturelle. On trouve de tout dans ce milieu donc on trouve aussi des gens qui pensent différemment de nous, c’est large. 

« Résumer quelqu’un à son revenu (…), c’est réducteur »

Es-tu à l’aise avec toutes ces questions d’argent ? 

Je n’en parle pas car je trouve que ce n’est pas intéressant. Résumer quelqu’un aux revenus qu’il a (lui ou ses parents), ou au style de vie auquel il est habitué, est réducteur. C’est passer à côté de sa personnalité. 

Quelles sont les valeurs véhiculées à travers cette classe sociale ? 

Il y a de tout. Moi, j’ai été élevé dans des valeurs traditionnelles catholiques. C’est ce qui m’a construit et a fait la personne que je suis aujourd’hui. 

Penses-tu que la fortune a une réelle influence sur ta manière de voir la vie ?

Sur ma façon de voir la vie, non, je ne pense pas. Ce qui a eu le plus d’influence a été la religion chrétienne. Ma mère n’avait pas de fortune, elle nous a beaucoup élevé dans ces valeurs religieuses, donc non je pense pas. 

Malgré la fortune, planifies-tu tes dépenses ? As-tu déjà vécu au-dessus de tes moyens ? 

Je n’ai jamais vécu au-dessus de mes moyens car je loge chez mes parents. Quand je gagne de l’argent par mon travail, j’aime dépenser en loisirs, bars, restaurants. Quand mon compte est vide, c’est comme ça et on n’y change rien, tant pis pour moi. 

“Je ressens le poids de l’héritage”

Quelle est l’importance de l’héritage au sein du cercle familial ? 

C’est super important. Ma famille a une histoire dont je suis très fier. Je ressens le poids de l’héritage dans l’idée d’être à la hauteur de mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père, etc. Pression que je me mets à moi-même d’ailleurs. Ce sont des choses que je revendique et dont je veux être digne et surtout des choses que je veux transmettre.

Comment te vois-tu évoluer plus tard ? Quelles sont tes aspirations ? 

J’ai de grandes aspirations, surtout au niveau de la politique. J’ai ma vision et j’aimerais la réaliser. Je peux faire jouer les contacts et relations de ma famille, cela m’aidera. J’aurai des portes qui s’ouvriront plus facilement à moi qu’à d’autres personnes, j’en suis conscient et je compte utiliser ça pleinement. Chacun utilise les armes qui lui ont été données par la vie. Je ne vois pas pourquoi je n’utiliserai pas ces atouts.

*Xavier : Nom d’emprunt

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