Jouer défensif, ça paye ?

On a analysé les statistiques de la Pro League pour voir si le nombre de joueurs défensifs influence le résultat.

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On a analysé les statistiques de la Pro League pour voir si le nombre de joueurs défensifs influence le résultat.



Peut-être plus que des choix tactiques, les compositions des équipes à l’entame du match engendrent des différences au classement. Au fil des saisons, une tendance s’installe : les équipes qui empilent les défenseurs ne sont pas celles qui encaissent le moins. Ni celles qui gagnent le plus.

Dimanche 14 décembre 2025, Dender accueille le Club de Bruges dans le cadre de la 18e journée du championnat belge. Alors que les hôtes occupent la dernière place du classement, leur coach, Hayk Milkon, adopte une formation défensive. Cinq défenseurs sont alignés pour obtenir un résultat positif contre les Brugeois. Et pourtant, rien n’y fait. La rencontre se solde par une défaite sèche 1-5 à domicile. Un mois plus tard, le 16 janvier, le Club de Bruges reçoit la RAAL (Royale Association Athlétique Louviéroise). Alors que les Louviérois sont 13ème au classement, le coach de La Louvière, Frédéric Taquin, s’est montré joueur : « nous avons mis en place un jeu de position ambitieux et nous avons joué le tout pour le tout » . Seulement trois défenseurs alignés pour les promus et un résultat totalement différent, une victoire 2-3 à Bruges.

Si ces matchs ne sont que des exemples, ils illustrent toutefois une vraie tendance de fond. Plus les équipes alignent de défenseurs, plus leurs chances de perdre augmentent. Les statistiques sont éloquentes : quand une équipe joue à cinq défenseurs, elle a une chance sur deux de perdre.

Défendre à 5 : un choix de mal classé

Si la majorité des matchs se jouent avec une défense à quatre ou à trois joueurs, le dispositif à cinq n’est pas anecdotique. Et paradoxalement, les équipes qui y recourent le plus souvent occupent majoritairement le bas du classement : elles se situent entre la 10e et la dernière place. Ces clubs, pourtant en quête urgente de points, optent pour ce système bien plus fréquemment (plus du double) que celles du haut de tableau alors que les données démontrent une inefficacité probante.


Contrairement aux croyances collectives, mettre le bus devant sa cage ne garantit ni la victoire, ni une meilleure solidité défensive. Une défense à cinq encaisse en moyenne 20% plus de buts que les défenses à trois ou quatre. Et n’allez pas croire que ces équipes se montrent alors plus prolifiques devant le but adverse puisqu’elles plantent en moyenne 25% de buts en moins.

Selon le coach de la RAAL Frédéric Taquin, les mauvaises performances des équipes à cinq défenseurs peuvent s’expliquer par le système de jeu observé dans le championnat belge. « Il y a 40% des buts encaissés qui proviennent des phases arrêtées en Jupiler Pro League. Une défense à cinq, c’est inévitablement plus de fautes concédées dans son dernier tiers, ce qui amène plus de danger devant son but » .

La fin des latéraux défensifs

L’évolution du football a parfois provoqué des changements radicaux de composition d’équipe. Les joueurs aux extrémités des défenses, appelés « latéraux », ont par exemple vu leur rôle évoluer au fil du temps. « Dans les années 2000, les quatre de derrière étaient des joueurs uniquement à vocation défensive » , se souvient Ali Lukunku, ancien de joueur du Standard de Liège. Désormais, ces latéraux sont devenus des pistons, capables d’assurer un rôle offensif au besoin. Les grands gabarits ont laissé place aux joueurs plus petits, plus explosifs, capables de multiplier les allers-retours sur le côté. Et tout naturellement, les formations en 4-4-2 et en 4-3-3 ont connu des variantes avec des pistons : les 3-5-2 et le 3-4-3.

Toutefois, au delà des choix opérés sur la composition à l’entament des matches, les entraineurs doivent garder en tête une variable d’ajustement essentielle : l’adversaire. « Durant ma carrière, on s’est tout le temps adapté aux équipes meilleures que nous, et quand on était la meilleure des deux, c’était l’adversaire qui s’adaptait à nous » , souligne Lukunku.

Frédéric Taquin ne partage pas cette vision du football, même s’il la comprend. Tout dépend, selon lui, de la qualité disponible dans chaque effectif. Le tacticien illustre cette problématique par une métaphore automobile. « Dans un même championnat, certains roulent en Ferrari, d’autres en Golf ou en BMW. Dès lors, vouloir jouer à armes égales peut s’avérer suicidaire » . Taquin et son équipe font le choix d’être sans complexe : défense agressive, en avançant, et en gardant à l’esprit qu’ils n’ont rien à perdre. 

L’ensemble de nos données a été collectées sur Transfermarkt, à partir des pages de chacun des 27 clubs ayant évolué en Jupiler Pro League de la saison 2012-2013 à la saison 2025-2026. Tous les matches des phases classiques du championnat belge du 1er juillet 2012 au 1er février 2026 ont été analysés. Les informations ont ensuite été structurées selon l’ordre suivant : la journée, la date, le classement du club, le lieu, l’adversaire, le classement de l’adversaire, la composition de l’équipe au coup d’envoi, le coach et le score. Sur l’ensemble des formations recensées, certaines ont été regroupées lorsqu’elles ne représentaient que des variantes d’un même système, afin d’obtenir des résultats plus représentatifs.

Notre base de donnée utilisée pour réaliser cette enquête.

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