Immersion au sein d'une religion méconnue

Prier et mettre en pratique. Voici les deux piliers des bahá'ís. De Bruxelles à Athus, rencontre avec cette communauté peu visible.

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Photos: Léa Nevraumont CC BY NC ND

Prier et mettre en pratique. Voici les deux piliers des bahá’ís. De Bruxelles à Athus, rencontre avec cette communauté peu visible.

Photos: Léa Nevraumont CC BY NC ND

La soirée prend place un jeudi soir d’hiver, dans l’appartement bruxellois d’Anis (personne rencontrée lors de l’interview). Dans son salon, il est difficile de croire qu’une réunion de prière va se tenir. Pourtant, ils seront quatre ce soir-là : Anis, sa femme Mariame et deux étudiants belges, Ryan et Nicolas. La religion bahá’íe compte de nombreux jeunes dans ses rangs, en quête de réponses aux questions qu’ils se posent. C’est le cas de Nicolas qui confie que petit, il n’a jamais compris pourquoi les religions étaient autant séparées une de l’autre. Pourquoi est-ce que lui, en tant que chrétien, serait sauvé et pas les autres ? Le culte bahá’íe, lui, conçoit les religions comme faisant partie d’un tout.

Le calme s’installe dans l’appartement, comme si chacun se préparait au moment à venir. On s’attend à ce qu’une personne prenne la parole et dirige cette réunion de prière comme on en a l’habitude dans d’autres religions. C’est tout l’inverse qui se passe. L’absence de prêtre ou de toute personne représentant l’autorité pour prier est un principe fondamental des bahá’ís. Le fidèle est, à leurs yeux, capable de prier seul, de comprendre et d’interpréter les textes religieux. Il n’existe donc pas de code pour le moment de la prière. Libre à chaque participant de prendre la parole pour réciter une prière, de chanter, de partager une pensée ou simplement de se taire.

Anis en train de prier
Nicolas en train de prier

À la fin de ce moment de prière, les croyants partagent ce qu’ils ont vécu pendant la semaine, toujours avec beaucoup d’enthousiasme, de bienveillance et d’écoute envers la personne qui parle.

Dieu dissipe les difficultés, Dieu soit loué. Ses serviteurs dépendent de son commandement 

Chanson bahá’íe
4 personnes dans un salon pour prier
Chez les baha’ìs, pas de lieu de culte en Belgique pour prier. Léa Nevraumont (CC BY NC ND)

Créée il y a deux siècles, la religion bahá’íe s’est affranchie des règles pratiquées dans les autres religions. Les bahá’ís croient en Bahá’u’lláh, un prophète envoyé par Dieu qui souhaite l’unité spirituelle de l’humanité.

La foi bahá’íe a été mise, en 2001, sur la liste des sectes en Belgique. Pour en être retirée ensuite. Cette méfiance n’étonne pas Anis : « Quand les gens découvrent une chose qui leur est inconnue, ils ont tendance, par peur, à la ranger dans cette case “secte”. Il n’en est rien. » La méconnaissance de cette religion est due à la petite taille de la communauté bahá’íe de Belgique : 500 personnes réparties dans tout le pays, dont une partie en province du Luxembourg. C’est là-bas que notre immersion va se poursuivre.

Un apprentissage concret passant par l’action

Sara
Entrée garçon maison
Les jeunes ont rendez-vous le vendredi à la maison de Sara

À Athus, chaque vendredi dès 16h, les jeunes arrivent chez Sara, bahá’íe depuis toujours et devenue formatrice bénévole pour ces groupes. Les jeunes sont une priorité pour les bahá’ís. Sur le site officiel de la religion en Belgique on peut lire : “Un groupe de préjeunes est un groupe de jeunes âgés de 11 à 15 ans qui se réunissent chaque semaine dans le but de développer leurs talents et de contribuer à l’amélioration de la société. (…) à partir d’un matériel spécifique, le groupe débat de divers sujets — tant philosophiques que pratiques — et s’engage dans des projets de service communautaire que les préjeunes élaborent eux-mêmes.” 

Sur les deux groupes de jeunes animés par Sara, la majorité de ceux-ci ne sont pas bahá’ís. Elle explique qu’en effet, au-delà de la religion, les bahá’ís font tout pour améliorer le monde dans lequel ils vivent. Cette amélioration doit donc se faire avec l’aide de tous, peu importe leur religion. Voilà pourquoi, ces cours ne sont pas tournés autour de l’étude de la religion à proprement parler, comme c’est le cas avec le catéchisme, mais plutôt autour d’activités de français à travers lesquelles les jeunes lisent des textes, apprennent du vocabulaire et mettent en pratique ce qu’ils ont appris. Comment réaliser un bon discours ? Comment s’exprimer de façon claire face à quelqu’un ? Quelles sont les clés pour captiver son audience ? Telles sont les questions du jour auxquelles les plus grands doivent répondre. Chacun y va de sa réponse personnelle avant de se replonger dans les exercices du livre. Ces exercices les mettent face à des textes dont ils doivent avoir bien saisi le sens pour répondre aux différentes questions. Les jeunes mettent en pratique leur apprentissage avec des exercices consistant à construire un château de cartes ensemble ou à réaliser un parcours les yeux bandés grâce aux indications de leurs camarades.

Groupe de jeunes qui étudient

Jeunes dans le fauteuil
3 jeunes faisant un chateau de cartes

Dire que ces cours ne parlent pas du tout de religion serait toutefois faux. Les supports de cours ont été mis en place par la communauté bahá’íe. Les plus jeunes travaillent ainsi sur Brises de confirmation, un livre qui prône les valeurs bahá’íe : le sens de l’effort et l’entraide. Le prosélytisme est interdit dans les fondements de la religion bahá’íe. Mais les réunions de prière et les animations pour jeunes donnent à voir une religion, certes peu visible, mais qui soigne son image.

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