Hausse des prix de l’énergie

La Belgique à contre-courant d’une Europe qui agit

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Crédit photo : Alexander Fox

La Belgique à contre-courant d’une Europe qui agit

Crédit photo : Alexander Fox

Alors que la volatilité des prix de l’énergie provoquée par les bombardements américano-israéliens en Iran frappe de plein fouet les ménages européens, plusieurs gouvernements ont dégainé des mesures massives pour contenir l’explosion des coûts. En Belgique, en revanche, l’exécutif temporise. Entre arbitrages budgétaires et choix politiques, le pays apparaît aujourd’hui en retrait face à une crise pourtant déjà bien visible dans le quotidien des citoyens.

Depuis la fin du mois de février 2026, le choc énergétique se diffuse rapidement à l’ensemble du continent européen. La perturbation du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour entre 20 et 30% du pétrole mondial, soit environ 15 à 21 millions de barils par jour, a immédiatement entraîné une hausse des prix sur les marchés internationaux. Cette augmentation s’est répercutée presque instantanément sur les carburants et, plus largement, sur l’ensemble des coûts énergétiques.

En Belgique, les effets sont déjà visibles. Les prix des carburants, encadrés par un système de plafonds en Belgique, ont atteint leur plus haut niveau historique. Les factures d’électricité et de gaz suivent la même trajectoire, et les secteurs les plus dépendants de l’énergie, comme le transport, l’agriculture ou certaines industries, commencent à ressentir la pression. Cette dynamique rappelle celle de la crise de 2022, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais dans un contexte économique et budgétaire bien plus contraint.

« On a inventé une taxe sur la taxe« 

Pour comprendre cette hausse, il faut regarder la composition du prix à la pompe. Damien Ernst, professeur d’électromécanique à l’ULiège : “Le prix du diesel c’est 3 composantes: les accises (60 cents par litre), la commodité (qui prend en compte le prix du pétrole, du raffinage, la distribution et la marge) et la TVA. C’est très spécifique en Belgique, mais la TVA s’applique même sur les accises, on a inventé une taxe sur la taxe.

La Belgique choisit l’attentisme

Face à cette nouvelle flambée, le gouvernement belge adopte une posture prudente. Au 9 avril 2026, aucune mesure structurelle n’a été adoptée pour amortir la hausse des prix. Les autorités se sont contentées d’ouvrir des discussions avec le secteur énergétique et d’engager des consultations internes, sans déboucher sur un plan concret.

Cette position semble donner la priorité à la maîtrise des finances publiques plutôt qu’à un soutien immédiat aux consommateurs. Le Premier ministre Bart De Wever a d’ailleurs exprimé publiquement ses réserves quant à l’opportunité de lancer de nouvelles aides généralisées, estimant que leur coût serait difficilement soutenable.

On ne va pas arroser les gens par hélicoptère car, avec nos finances dégradées, nous sommes un sous-marin. Et on n’ouvre pas la fenêtre d’un sous-marin” déclarait-il à la chambre le 2 avril.

Dans les faits, cette absence de décision place la Belgique dans un groupe restreint de pays européens qui, à ce stade, n’ont pas déployé de réponse significative face à la crise.

Une Europe sans cap commun

Contrairement à la crise énergétique de 2022, l’Union européenne n’a, à ce stade, défini aucun cadre clair de réponse face à la flambée des prix. Bruxelles se contente pour l’instant d’ouvrir des discussions et d’évoquer des pistes, sans imposer de ligne commune. Résultat : les États membres agissent en ordre dispersé, chacun selon ses priorités politiques et ses marges budgétaires.

Dans ce vide stratégique, les réponses nationales divergent fortement. Certains pays privilégient des baisses de taxes pour contenir la hausse des prix, d’autres optent pour des aides ciblées ou des interventions directes sur le marché. Mais cette fragmentation va parfois plus loin, au point de poser des questions juridiques au sein même du marché européen.

C’est notamment le cas en Europe centrale. En Hongrie, le gouvernement a instauré des prix plafonds sur les carburants accessibles uniquement aux véhicules immatriculés dans le pays. La Slovaquie, de son côté, a mis en place des mécanismes similaires, en appliquant des prix plus élevés pour les automobilistes étrangers afin de limiter le “tourisme à la pompe”. Ces dispositifs, qui introduisent une discrimination entre citoyens européens, ont été critiqués par la Commission européenne, qui a demandé leur abandon au nom des règles du marché intérieur. 

Certains gouvernements ont choisi d’agir rapidement sur la fiscalité afin de limiter l’impact immédiat de la hausse des prix. En Espagne, par exemple, l’exécutif a mis en place un plan massif combinant une réduction de la TVA sur l’énergie et les carburants, une baisse significative des taxes sur l’électricité et des aides directes à certains secteurs professionnels. L’Italie a prolongé ses baisses d’accises sur les carburants, tandis que l’Irlande a adopté une réduction temporaire des taxes à la pompe accompagnée de dispositifs de soutien aux ménages. D’autres pays, comme la Roumanie ou la Suède, ont également opté pour des mesures fiscales afin de contenir la hausse.

L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal et l’Autriche ont également appelé la Commission européenne à mettre en place une taxe sur les surprofits des producteurs d’énergie, afin de financer des mesures de soutien sans alourdir davantage les finances publiques.

Une situation toujours instable

Si les tensions sur les marchés énergétiques ont légèrement reculé ces derniers jours, la situation reste loin d’être stabilisée. Le détroit d’Ormuz, brièvement rouvert ce 8 avril, a de nouveau été fermé par l’Iran après les frappes israéliennes au Liban, ravivant les incertitudes sur l’approvisionnement mondial.

Dans ce contexte, le prix du baril, qui avait dépassé les 100 dollars au plus fort de la crise, est repassé sous ce seuil, traduisant un certain apaisement des marchés. Cette évolution commence à se répercuter en Belgique, où une baisse des prix à la pompe est attendue dès ce vendredi.

Pour autant, cette accalmie reste fragile. La volatilité demeure élevée et l’évolution du conflit pourrait à tout moment entraîner de nouvelles perturbations. Dans ce contexte incertain, les choix politiques opérés par les États européens, et notamment l’absence de réponse immédiate en Belgique, pourraient rapidement être remis à l’épreuve.

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