Les hommes sont surreprésentés dans les 10 plus gros festivals belges
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En 2025, des centaines de milliers de festivaliers se sont pressés sur les plaines des différents festivals belges pour admirer de près leurs artistes favoris. Des scènes qui mettent essentiellement des hommes en avant.
Minuit 25. Scène principale, Les Ardentes. Le public liégeois est survolté à l’entame de la dernière performance du jour. Des enceintes jaillissent les premières paroles. “I’m good, yeah, I’m feelin’ alright. Baby, I’ma have the best f***ing life of my life”. David Guetta lance son set en clôture de cette première journée de festival avec son morceau I’m good. Le DJ français est une des têtes d’affiche de la journée d’ouverture, en compagnie des rappeurs Damso, Vald, Kaaris, Laylow et Soolking. Le point commun entre tous ces artistes ? Ce sont des hommes. En 2025, l’écrasante majorité des artistes qui se sont produits dans le festival liégeois sont masculins. Et le cas des Ardentes n’est pas isolé.
La parité des genres attendra dans les festivals
Les dix plus gros festivals de musique en Belgique affichent la même tendance, sans exception. Les artistes masculins trustent le haut de l’affiche, ne laissant qu’une petite part aux autres genres. À Tomorrowland et aux Ardentes, 8 artistes sur 10 sont des hommes, sans compter les groupes mixtes. “C’était catastrophique les Ardentes l’an passé, il n’y avait que 3 meufs sur l’affiche…”, déplore Charles, chanteuse belge. Autre festival belge, mais même problème : les artistes féminines sont quasiment inexistantes dans la programmation du Graspop Metal Meeting.
Le ‘meilleur élève’ de la classe se trouve du côté de Namur. L’année passée, 14 artistes féminines se sont produites aux Solidarités. Pas de quoi s’exclamer non plus puisque celles-ci ne représentent que 30% de la programmation du festival namurois.
Pour Mathieu Fonsny, programmateur du Dour Festival, il n’est pas toujours aisé d’atteindre une parité genrée. “Nous avons la volonté de programmer plus d’artistes non-masculins, mais nous dépendons aussi de leur disponibilité. À Dour, nous proposons une programmation reggae, rock et métal. Ces genres musicaux souffrent d’une sous-représentation féminine. » Marc Radelet, attaché de presse du festival des Francofolies de Spa, le rejoint : “nous dépendons de l’actualité musicale et des styles de musiques recherchés. Cette année, nous aurons une journée plus urbaine. Ce jour-là, nous aurons moins d’artistes féminines même si ce genre se féminise de plus en plus”. Le festival spadois reste néanmoins attentif à la question, mais précise : « nous ne nous mettons pas de pression pour arriver à 50-50 en terme de parité, car nous n’y arriverons pas”.
Ce constat ne se limite pas aux gros festivals belges. Le rapport de Scivias, la plateforme pour l’égalité dans la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles, partage cette réalité de terrain largement en défaveur des femmes cisgenres, des personnes non-binaires et transgenres. Publié en 2024, le rapport porte sur les 32 festivals de musique qui se tiennent en Fédération Wallonie-Bruxelles et fait le constat amer que ces artistes ne sont représentées que dans 35% de la programmation totale.
“Dans les différentes aides apportées au secteur, il y a des obligations en termes diversité des genres”, rappelle Diane Dernouchamps, du service des musiques de l’Administration générale de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles. “Il n’y a pas de quota contraignant, mais le critère est pris en compte par la Commission des Musiques”.
Une Belgique très électro
A défaut de proposer une parité de genres, les festivals belges exposent une diversité de genres musicaux, électro en tête. Depuis quelques années, l’électro est particulièrement en vue sur la scène belge, portée par Tomorrowland. Le festival draine chaque année 400 000 personnes venues du monde entier pour écouter les performances de Charlotte de Witte ou Martin Garrix. Et tous festivals confondus, plus de 800 artistes électro ont performé l’été passé en Belgique.
Le monde festivalier belge ne se résume pas à Tomorrowland et à l’électro. Les Ardentes offrent un terrain de jeu particulier à la scène hip-pop et rap, quand les métalleux se rendent au Graspop Metal Meeting de Dessel, ou que les fans de rock et de pop prennent la direction du Brabant Flamand pour profiter du Rock Werchter. L’été musical en Belgique est éclectique, et séduit aux quatre coins du pays. Mais ces festivals belges offrent-ils une vitrine aux artistes locaux ?
Les artistes belges pas toujours au-devant de la scène
Le succès des festivals repose principalement sur une programmation internationale. Pour certains d’entre eux, la présence d’artistes belges s’avère anecdotique. Au Graspop Metal Meeting par exemple, près de la moitié des artistes sont américains, et les Belges n’ont presque pas voix au chapitre.
Seuls trois festivals se démarquent avec une affiche majoritairement belge : les Francofolies, les Lokerse Feesten et les Solidarités. “C’est l’un des premiers critères de programmation pour les Francofolies de Spa”, explique Marc Radelet. “Le festival est avant tout centré sur des artistes issus de l’espace francophone. Cela dit, ce n’est pas un critère d’exclusion. La scène belge est assez riche et nous avons accueilli quelques interprètes flamands aussi, même s’ils chantent en anglais.”
Ce type d’événements constitue un vrai tremplin pour les artistes belges. À Dour, “on souhaite que les gens ne viennent pas uniquement que pour les têtes d’affiches”, affirme Mathieu Fonsny. “Si les festivaliers rentrent chez eux le soir avec peut-être 4 ou 5 nouveaux groupes en tête, dont des Belges, cela nous rend fiers”.
Fin juin, Couleur Café et le Graspop ouvriront à nouveau l’été festivalier en Belgique. Un été musical chargé, déjà prêt à faire vibrer un public diversifié. Un été coloré, qui aurait tout à gagner avec encore plus de diversité.

