À Charleroi, le temps d’une foire, des dynasties de forains perpétuent une vie hors du commun.
Des cris résonnent depuis le haut des manèges entrecoupés par des musiques à basses enivrantes. Une odeur de sucre et de friture flotte dans les allées bondées de Carolos. Derrière son stand de tir, Gilles Janssens montre les cibles aux enfants. En face de lui se trouve le stand de son mari, Christophe Letot. C’est rare qu’ils se retrouvent si proches : « Il me surveille », lance Christophe d’un ton rieur.


Christophe a pris le goût de la foire par un oncle. La foire, c’est presque toujours comme ça :la foire, c’est une affaire familiale. Des dynasties entières s’étendent d’attraction en attraction. Tout le monde a une cousine ou un beau-fils quelque part dans le parc de loisirs. Gilles et Christophe sont d’ailleurs les parrains de Chelsea, la fille de Vanessa Bellenger, qui est à la petite roue pour enfants. Et le mari de Vanessa, René Schweig, se trouve quelques mètres plus loin, à la pêche au canard. L’amour de la foire se transmet de génération en génération.
Plus loin, enfouie dans les jeux d’arcade, se trouve la famille Hockemuler. Sevan tient la caisse à la place de son père, Christophe Hockemuler. A dix-sept ans, il est sûr de reprendre le luna-park dans le futur. Tellement sûr qu’il suit l’école par correspondance. Sur son téléphone, il regarde les devoirs qu’il doit rendre. D’habitude, il les fait pendant la matinée, quand la foire est encore fermée. Même si sa mère, Maïté, ne le croit pas toujours.
Vers minuit, les couloirs qui traversent les stands se vident. La musique baisse de quelques décibels et les stands s’obscurcissent un à un. Vanessa, René et leurs enfants papotent encore quelques instants sous les lumières néons du stand de Christophe Letot. Ils vont chercher des affaires dans leur caravane puis s’en vont à leur maison. Leur maison sans roues. Ce sera plus facile pour que les enfants aillent plus facilement à l’école. Comme tant de forains, le couple possède une bâtisse dans laquelle ils dorment, ou pas, en fonction de la localisation de la foire. Christophe et Gilles, eux, rentrent dans leur caravane qui est juste derrière leurs stands.




Le luna-park des Hockemuler est le dernier ouvert. Sevan récupère les sous de quelques machines, éteint les lumières et ferme les portes. Accompagné de son père, il marche, mains dans les poches, vers le parking des caravanes. La leur est plein milieu d’un labyrinthe de maisons sur roues. A l’intérieur, c’est grand et spacieux. Le décor est minimaliste couleur bois et blanc. Bien au chaud, ils sont prêts à aller se coucher. Sevan lui rentre dans sa propre caravane. Demain, il sera étudiant en matinée, forain l’après-midi.







