Fact-checking: le coronavirus circule-t-il dans l'air?

Des études montrent que le virus se déplace dans l’air et reste viable plusieurs heures. Le risque de contamination augmente dans les lieux confinés.

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Photo: Pete Linforth (CC BY NC ND)

Des études montrent que le virus se déplace dans l’air et reste viable plusieurs heures. Le risque de contamination augmente dans les lieux confinés.

Photo: Pete Linforth (CC BY NC ND)

Notre enquête commence par une vidéo relayée le 10 avril dans un article de The Epoch Times, un journal alimenté par de nombreuses théories du complot sur la pandémie de Covid-19. On y voit une personne qui tousse dans une allée délimitée par des étagères, comme on peut en trouver en supermarché, et le nuage de particules produit par la toux persiste plusieurs minutes dans l’air avant de se disperser dans deux allées voisines. En collaboration avec Journalistes Solidaires, Mammouth a vérifié l’origine de cette vidéo et récapitule les principaux éléments à connaître sur la propagation du virus dans l’air.

Une étude finlandaise validée par la communauté scientifique

Cette vidéo a été réalisée par l’université finlandaise d’Aalto et fait partie d’une étude qui vient d’être acceptée pour parution dans la revue Safety Science. Elle a été menée par une trentaine de chercheurs finlandais issus de l’université Aalto, du centre de recherche technique de Finlande ou encore du l’institut météorologique finlandais. Parmi ces derniers, le professeur Antti Hellsten, spécialisé dans la modélisation de la dispersion atmosphérique. Il précise d’emblée la méthodologie et explique qu’ils n’ont pas cherché à placer des entrées ou sorties d’air à des endroits spécifiques : “La ventilation modélisée est représentative d’une ventilation ambiante, telle que trouvée dans les supermarchés”. Ainsi, sans aucun arrangement spécifique de ventilation, les gouttelettes produites par la toux d’une personne, mesurant 1,80 mètre, se dispersent dans un rayon de 4 mètres. Et ce,  en dépit de la présence des étagères de 2,5 mètres de hauteur bordant les allées du magasin.  

Les chercheurs pensent que ces gouttelettes peuvent transporter le virus, avec une charge suffisante pour contaminer ceux qui l’inhalent. Pour Ville Vuorinen, assistant professeur à l’Université d’Aalto, les résultats de l’étude encouragent à éviter au maximum les lieux publics confinés comme une boutique, un bar ou des bureaux open space : “Une personne infectée par le Coronavirus peut tousser et partir, mais laisse derrière elle des gouttelettes extrêmement petites dans l’air contenant du Coronavirus. Ces particules pourraient finir dans les voies respiratoires d’autres personnes à proximité.” Les chercheurs estiment que le nombre de particules exhalées par “une personne symptomatique peut créer des concentrations de 10 à 500 particules par mètre cube dans l’espace environnant“. Plus une personne reste longtemps à proximité, plus le risque d’inhaler une quantité suffisante pour être infectée augmente.

Sur le site de l’OMS, la volatilité du coronavirus n’est pas reconnue. Ainsi, l’organisation admet que la transmission du Covid-19 se fait notamment par l’inhalation de gouttelettes émises par une personne infectée lorsqu’elle parle, tousse, ou éternue, mais pour l’OMS, “ces gouttelettes sont relativement lourdes, ne parcourent pas de grandes distances et tombent rapidement au sol”.  Pourtant, les chercheurs de l’étude finlandaise ont modélisé des gouttelettes plus petites que 20 micromètres. Pour une toux sèche, typique du virus actuel, les gouttelettes sont plus petites que 15 micromètres. Les scientifiques montrent ainsi que les gouttelettes de cette taille ne tombent pas sur le sol avant plusieurs minutes mais restent en suspension. Elles peuvent transporter des coronavirus lorsqu’elles sont exhalées par une personne infectée. 

Si la volatilité n’est pas reconnue, elle reste une hypothèse et comme le résume un article très complet de notre confrère Florian Gouthière dans Libération, l’utilisation de climatiseurs ou VMC doit respecter certaines conditions pour être sans danger.  

Une persistance différente en fonction des surfaces

Le prestigieux New England Journal of Medicine a publié une étude le 17 mars sur la persistance du virus sur différentes surfaces mais aussi dans l’air. Les chercheurs ont comparé la persistance du virus de la Covid-19, SRAS-CoV-2, à celle du virus du SRAS, SARS-CoV-1, apparu en 2002. Sur du plastique et de l’acier, ils ont trouvé des particules viables du Covid-19 72 heures après. Toutefois sa demi-vie, c’est-à-dire le temps au-delà duquel il a perdu la moitié de son activité virologique, est alors de 6,8 heures pour l’acier et de 5,6 heures pour le plastique. Sur le carton et le cuivre, il est moins persistant. Ainsi, au bout de 4 heures, sur du cuivre, il n’y a plus aucune trace de particules viables tandis que sur du carton, elles disparaissent au bout de 24 heures. Pour les deux surfaces, la demi-vie est inférieure à 2 heures. Le virus est resté viable dans l’aérosol pendant les 3 heures qu’a duré l’expérience. Toutefois sa demi-vie est de 1,1 heure.

Au terme de leurs expériences, les scientifiques ont conclu à des “persistances similaires” entre le SRAS-CoV-2 et le SARS-CoV-1. Les différences dans la propagation de l’épidémie, par rapport à celle de 2002, dépendent donc pour eux d’autres facteurs, notamment de la transmission du virus par des personnes asymptomatiques. 

Une contamination possible par contacts indirects

Au sein d’un hôpital du Nebraska, une étude, non encore validée par les pairs, s’est intéressée à la transmission du virus sur différentes surfaces de notre environnement. Des scientifiques ont prélevé des échantillons déposés dans onze chambres d’isolement de patients atteints du Covid-19, mais présentant des symptômes très variables. Plus de 75% des effets personnels des patients, comme les téléphones, les iPads, et les objets en contact direct tels que les toilettes, étaient positifs. Plus de la moitié des échantillons situés à une distance de sécurité de 2 mètres du patient – distance conseillée aux États-Unis, étaient également contaminés. Tout comme 66,7% des échantillons d’air à l’extérieur des chambres, dans les couloirs. Les scientifiques supposent que ces particules virales ont été “transportées par le personnel quittant la chambre.” Le virus semble donc se propager aussi lorsqu’il n’y a pas de contact direct par voie aérienne à plusieurs mètres du patient. 

Cette étude a conclu que les particules virales étaient également produites par des patients sans toux. Si l’OMS reconnaît qu’une toux légère peut suffire à transmettre le virus , la transmission par une personne asymptomatique reste pour l’organisation une hypothèse.

Éviter les lieux confinés

Les conclusions de ces différentes études attestent du fait que le virus se transporterait bien par voie aérienne. Selon les résultats, les particules exhalées par une toux restent en suspension plusieurs minutes, et la demi-vie du virus dans l’air est de 1,1 heure.

La dose de particules virales suffisante pour provoquer une infection est encore hypothétique. Elle dépend également des personnes. Toutefois, comme l’a rappelé Steven Van Gucht, porte-parole interfédéral du Covid-19 : “Les endroits où il y a le plus de contaminations sont les endroits intérieurs, avec beaucoup de personnes dans un espace restreint avec une mauvaise ventilation“. Une constatation partagée par les chercheurs finlandais qui conseillent d’éviter les lieux collectifs confinés car l’effet de dilution est moins important qu’à l’extérieur. 

Quelle présence du virus dans les villes polluées et dans les eaux de baignades ? 

Le physicien et chimiste Jean-François Doussin, interrogé par Le Journal du CNRS, rejette l’hypothèse selon laquelle les particules fines de pollution seraient un vecteur du virus. Mi-mars, des médecins italiens révélaient une forte corrélation entre le taux de pollution et le taux de décès lié au Covid. Mais selon lui, la probabilité pour qu’une particule de pollution et une particule de virus entrent en contact et coagulent, est négligeable lorsque leur concentration est inférieure à 10 000 par centimètre cube. Or, cette concentration n’est pratiquement jamais atteinte dans l’atmosphère pour les particules de pollution selon Jean-François Doussin. De plus, la quantité de virus exhalée par les malades serait assez faible. A ce jour, la concentration, à partir de laquelle les particules de virus seraient véritablement dangereuses, est encore inconnue.

Toutefois, une récente étude de l’université Harvard, non encore validée par les pairs, montre que la mortalité liée au Covid-19 est plus forte chez les sujets exposés de façon chronique à la pollution. 

Vigilance dans les eaux de baignade  

Alors que les piscines belges restent portes closes, peu d’études ont été menées au sujet de la contamination par l’eau. Mais si plusieurs cas de contamination par l’air ont été relayés par les médias, comme les dix personnes dans un restaurant chinois climatisé, ou encore les membres d’une chorale aux États-Unis, aucun cas rapporté ne semble avoir pour origine une baignade. 

Une étude réalisée par l’Institut flamand de la Mer (VLIZ), en collaboration avec l’université de Gand et la province de Flandre occidentale, atteste d’un faible risque de contamination à la côte belge cet été. Le virus ne survivrait pas dans la mer, ni dans le sable, à cause de la chaleur et de la déshydratation. En revanche, le VLIZ appelle à la prudence concernant les déchets. En effet, s’ils sont récents, les détritus laissés sur la plage pourraient présenter un risque de contamination. Une gestion efficace de ces ordures est donc indispensable pour accueillir les touristes sans risque.

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