Enseignement à domicile : une scolarité bientôt réformée

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En passant de 1 230 élèves inscrits à près de 3 600 en l’espace de dix ans, l’enseignement à domicile n’a jamais autant séduit. Pourtant, en octobre 2025, Valérie Glatigny a exprimé vouloir réduire de 50 % le nombre d’enfants concernés d’ici 2028. Que prévoit ce modèle qui attire de plus en plus de parents, et est-il viable ?

La pandémie de Covid-19 qui a eu lieu en 2020-2021 apparaît comme un déclencheur pour de nombreuses familles qui ont opté pour un enseignement à domicile de leurs enfants. Cette période de confinement a permis à certains parents de tester ce type de scolarité, et ils ont parfois souhaité la prolonger.

Louis Cassart, gestionnaire de dossiers de l’enseignement à domicile à la Fédération Wallonie-Bruxelles, insiste sur le droit constitutionnel des parents. « En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement obligatoire concerne tous les enfants de 5 à 18 ans. À partir du moment où les parents déclarent leur choix d’enseignement, ils exercent leur plein droit. Ils n’ont pas l’obligation d’en indiquer le motif ». Si toutes les déclarations ne mentionnent pas de raisons, pour l’année scolaire 2024-2025, ce sont les raisons pédagogiques qui ont le plus souvent justifié un enseignement à domicile.

Un enseignement non subsidié

Chaque année, environ 4 000 enfants sont déclarés au service de l’enseignement à domicile, comprenant deux tiers d’élèves instruits à domicile et un tiers dans des «écoles privées». Ces dernières sont des structures qui regroupent un nombre restreint d’étudiants dans lesquelles l’enseignement peut être individualisé.

A l’image de l’Alpha School, que Florence d’Oultremont a créé en 2021. Elle accueille aujourd’hui une soixantaine d’enfants âgés de deux ans et demi à treize ans. Avec en moyenne un enseignant pour sept élèves, elle entend mettre en place une pédagogie alternative et remédier aux difficultés de chacun. « Plus de 80 % de nos enfants de primaires sont des enfants avec des difficultés scolaires : des dys, de l’autisme, des troubles de l’attention, etc. », précise la fondatrice.

Que ce soit en école privée ou à domicile, ce type d’enseignement non subsidié représente un coût, selon Leen Deckers, travailleuse au sein de l’ASBL Enseignement À Domicile. Alors que des établissements privés peuvent demander jusqu’à 1 000 euros par mois, les dépenses peuvent vite s’accumuler dans l’enseignement à domicile, entre l’achat des manuels et du matériel. Sans compter que ce modèle mobilise le temps d’un parent qu’il ne consacre pas à un emploi rémunérateur.

Leen Deckers souligne aussi qu’au fur et à mesure que les matières se complexifient, les dépenses augmentent parce que certains parents font appel à des professeurs particuliers pour compléter leurs enseignements. De plus, nombreux sont ceux qui allouent une part de leur budget aux activités extra-scolaires, un moyen de socialisation majeur pour leurs enfants. 

Un modèle à plusieurs vitesses

Ce modèle de scolarité séduit inégalement les différents niveaux d’enseignement. Les examens apparaissent comme une difficulté supplémentaire dans le parcours à domicile, « une épée de Damoclès au-dessus de la tête des élèves du secondaire », puisque tout échec signifie un retour à l’école dans l’année qui suit le dernier diplôme que l’élève a obtenu. L’accumulation de ces difficultés peut expliquer pourquoi beaucoup d’enfants quittent ce modèle au moment du secondaire.


La plupart des élèves n’attendent pas ce changement de niveau pour quitter l’enseignement à domicile. Les chiffres sont formels : peu d’élèves enchainent les années scolaires dans ce modèle. A chaque rentrée académique, près de 40% des inscrits sont des nouveaux arrivants.

Contrôle surprise !

L’enseignement à domicile ne signifie pas une liberté pédagogie totale. « Il y a quand même des garde-fous, des contrôles qui sont effectués pour voir si tout se passe bien », précise Louis Cassart. En effet, pour les années primaires, des inspecteurs vérifient le niveau des élèves à la maison environ tous les deux ans. « La loi impose un contrôle l’année des 8 ans et un contrôle l’année des 10 ans. »

Ainsi, 1100 contrôles ont été réalisés durant l’année académique 2024/2025 en Fédération Wallonie-Bruxelles. En cas de premier contrôle raté, un second survient dans les six mois pour vérifier si le retard a été résorbé. Si l’inspecteur émet à nouveau un avis négatif, l’élève doit rejoindre l’enseignement traditionnel. Lors de l’année précédente, 131 élèves ont été renvoyés à l’école. 

Un nouveau programme pour la rentrée 2026

Dans la déclaration de politique communautaire, Valérie Glatiny, Ministre francophone de l’Education projette de « réduire de 50 % le nombre de jeunes en enseignement à domicile d’ici 2028 ». Son cabinet est convaincu qu’un « cadre scolaire est structurant et bénéfique aux apprentissages et à la socialisation des jeunes ».

Dans ce cadre, la réforme prévoit qu’un plan de formation serait demandé aux parents lorsqu’ils déclarent opter pour ce type d’enseignement à domicile. Et si le projet est jugé insuffisant, la déclaration pourrait être refusée et l’enfant réinscrit dans une école. Une autre nouveauté envisage un retour à l’école dès le premier contrôle (contre deux actuellement), si l’encadrement apparaît comme insatisfaisant. Tous les deux ans, ces contrôles devraient statuer de la bonne socialisation de l’enfant en plus de ses capacités scolaires.

La mise en œuvre de ce nouveau schéma de suivi des élèves en situation d’absentéisme ou de décrochage est « désormais programmée dans l’enseignement fondamental […] à partir de 2026-2027 », précise le cabinet. L’enseignement secondaire disposera, lui, d’une année supplémentaire.

Depuis septembre, une forme d’enseignement synchrone permet déjà aux élèves (sur avis médical) de s’inscrire dans une école sans être tenus de suivre l’ensemble des cours en présentiel. 

Méthodologie :
Vous pouvez retrouvez toutes nos sources dans les liens ci-dessous :

  • Identification de phénomènes : il y a une augmentation du taux d’élèves qui suivent l’enseignement à domicile en Fédération Wallonie-Bruxelles.
  • Toutes nos données sont disponibles à ce lien.
  • Récupération de données partagées via mail par le Service de L’Enseignement à Domicile. Ces données proviennent de leur base de données interne à laquelle ils n’ont pas souhaité nous donner accès pour des raisons de protection de la vie privée.
  • Répartition du nombre d’élève en fondamental/secondaire
  • Nombre d’élèves en école privée : information présente dans le dossier de presse de la rentrée 2025-2026 (+Nombre de contrôles effectués pour l’année 2024-2025).
  • Consultation des questions parlementaires. 1000000020de039 1000000020da046 
  • Constat: Une réforme de l’enseignement à domicile est menée par la ministre Valérie Glatigny. Dans des réponses à des questions parlementaires, elle avance certains chiffres : 

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