Emploi en Wallonie : entre promesses de recrutement et réalités du terrain

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88.000 intentions de recrutements par les entreprises wallonnes en 2026. Ce chiffre impressionnant ressort d’une étude réalisée par le Forem, en collaboration avec des organisations patronales, à l’initiative du gouvernement wallon. Les syndicats tempèrent l’optimisme.

Y a-t-il assez de postes vacants disponibles en Wallonie, alors que des dizaines de milliers de personnes perdront leur allocations de chômage en 2026 ? pour répondre à cette question, le Forem a mené une étude sur les besoins de main d’œuvre (BMO), en collaboration avec l’Union des Classes Moyennes (UCM) et l’organisation Akt, à l’initiative du ministre wallon de l’emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR).

L’enquête avait pour but de sonder les besoins en ressources humaines des entreprises wallonnes, afin de comprendre leur réalité en matière d’embauche. Entre octobre à décembre, 72.000 entreprises ont été contactées, et 10.106 entreprises, de toute taille et de tout secteur, ont répondu (soit un taux de réponse de 14%). Près d’un tiers (32%) ont affirmé avoir l’intention de recruter. En extrapolant les résultats, le Forem calcule que 88.000 personnes pourraient être engagées dans les prochains mois. Les entreprises interrogées indiquent que près de la moitié des recrutements prévus devraient être réalisés sous contrat à durée indéterminée, tandis que les contrats à durée déterminée représenteraient un peu moins de trois contrats sur dix. Les contrats intérimaires représenteraient un emploi sur dix et les flexi-jobs à peine 2% des recrutements totaux.

Quatre secteurs clés concentrent le plus de promesses d’engagements, avec entre 11.000 et 13.000 projets de recrutement : la santé et de l’action sociale, les activités de services administratifs et de soutien, le commerce et la construction.

Du côté des syndicats, on accueille ces chiffres avec prudence. Daniel Cornesse, secrétaire national du CSC chargé des affaires wallonnes, met en garde sur l’intention réelle à recruter. Si ces entreprises sont prêtes à le faire, cela ne peut être que bénéfique, mais rien ne garantit le passage à l’acte, dit-il, tout en questionnant les chiffres avancés. “Si on regarde les chiffres d’offre d’emploi diffusés par le Forem, on est plutôt autour des 40.000, dont une grosse partie en Flandre. Pour le reste, ce sont principalement des intérimaires. Donc, entre l’intention annoncée dans l’enquête, ce qui est sans doute très positif, mais que nous aimerions voir concrétiser en acte, et les faits observables, sur le nombre d’emploi disponible, il y a une sérieuse marge”.

L’offre de formation suffit-elle ?

La main d’œuvre wallonne est-elle assez qualifiée pour ces emplois ? Selon Raymonde Yerna, patronne du Forem, “40% des demandeurs d’emploi disposent au maximum du certificat d’école primaire ou des bases en humanité, et 40% d’autres disposent au maximum du certificat d’étude secondaire inférieur”. Mais le ministre Pierre-Yves Jeholet se veut rassurant : “Pas de diplôme, ne veut pas dire pas d’expérience, pas de qualification ou pas de disponibilité pour une formation courte qui peut aider pour vraiment remettre à l’emploi”.

D’ailleurs, sur le terrain, les qualifications ne sont pas nécessairement les atouts premiers. “La plupart des offres d’emplois ne mettent pas en avant le besoin d’un certain niveau de diplôme pour être engagé, souvent ils exigent un permis de conduire et de l’expérience dans le domaine”, observe une jeune demandeuse d’emploi.

Pour acquérir de l’expérience, certains employeurs proposent des formations destinées à favoriser la réinsertion socio-professionnelle. L’offre du Forem permet aussi d’améliorer ses compétences, selon sa directrice. “Plus d’agilité, plus de souplesse dans les formations, c’est avec ça qu’on ira demain”, dit Raymonde Yerna.

Ces affirmations ne rassurent pas Daniel Cornesse, qui s’inquiète sur le budget alloué à l’aide à l’emploi. Le gouvernement wallon prévoit une économie de 100 millions d’euros en matière d’emploi et de formation en 2026, souligne-t-il. Notre jeune demandeuse d’emploi semble confirmer la faiblesse de l’offre de formation. “Mon frère s’est inscrit sur une liste d’attente pour faire paysagiste, ça fait 3 ans qu’il est en attente”, explique-t-elle.

Entre les intentions des entreprises et la réalité du terrain, une question reste en suspens : ces 88.000 intentions de recrutement se traduiront-elles concrètement par des embauches effectives d’ici la fin de l’année 2026 ?

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