Dans les yeux d'un jeune aisé

Loïc Rigolet vit à Bruxelles, chez ses parents, et travaille comme sommelier dans le célèbre restaurant familial “Comme chez soi”. Bien que fortuné, le jeune homme garde la tête sur les épaules.

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Photos : Nicolas Guidi (CC BY NC ND)

Loïc Rigolet vit à Bruxelles, chez ses parents, et travaille comme sommelier dans le célèbre restaurant familial “Comme chez soi”. Bien que fortuné, le jeune homme garde la tête sur les épaules.

Photos : Nicolas Guidi (CC BY NC ND)

Au volant de sa voiture bleu électrique, Loïc roule en direction de son club sportif. Il fait partie de cette jeunesse privilégiée et c’est l’un des seuls qui a accepté de nous ouvrir les portes de ce monde. À quelques pas du rondpoint Churchill, Loïc rétrograde et gare sa BMW sur le parking du Léo. Un prestigieux club de hockey et de tennis qui a vu défiler de grands champions. Le Léopold Club accueille des dizaines de membres tout au long de l’année dans un cadre très « chic et select ». Loïc est conscient de cette chance. « Je dirais tout simplement que j’ai peut-être plus l’occasion de vivre des choses exceptionnelles que d’autres personnes, mais j’ai reçu une éducation où on m’a appris des valeurs donc je pense savoir ce qu’est l’argent. » Loïc récupère son sac de sport et verrouille sa voiture. Dès l’entrée du domaine, la couleur est annoncée : « ce club est strictement réservé aux membres et leurs invités », peut-on lire sur un écriteau en bordure d’un jardin soigneusement entretenu. Une grande allée sépare le parking des installations sportives. Au bout de celle-ci, un « Club-House » accueille l’ensemble des membres et fait face aux 2 grands terrains de hockey. À l’intérieur, un vaste restaurant composé d’une dizaine de tables recouvertes de nappes blanches se trouve à quelques pas du « bistro du Léo ». Un lieu de rencontre branché où les sportifs peuvent déguster quelques recettes de Pierre Wynants, un célèbre cuisinier belge qui a, notamment, donné au restaurant « Comme chez soi » ses lettres de noblesse. Mais pour Loïc, Pierre Wynants n’est pas qu’un simple cuisinier, c’est avant tout son grand-père. Plus bas, en sous-sol, se trouvent les vestiaires et les terrains de tennis couverts. Du matériel récent, qui provient de grandes marques sportives, vient équiper les différentes salles ; le genre de marques que l’on peut apercevoir aux abords des courts de Roland Garros. Nous croisons quelques personnes qui ressortent des vestiaires portant des polos floqués d’une célèbre marque. Loïc, lui, se contente du maillot de son équipe pour s’entraîner. « Je ne veux pas dépenser des sommes folles pour des trucs inutiles. Quand je dépense de l’argent, c’est pour me faire plaisir, mais surtout pour faire plaisir aux gens que j’aime. » Nous nous dirigeons à présent vers l’un des immenses terrains extérieurs. Au loin, des jeunes enfants s’exercent au tennis ou au hockey en compagnie d’une formatrice dans une ambiance fraternelle et respectueuse, car ce sont les valeurs que le club souhaite insuffler à ces jeunes. Ici, presque tout le matériel est neuf. « Au vu du prix, c’est le minimum ! », nous confie une mère de famille accoudée à la rambarde du terrain et qui dépense plus de 1000 euros par an pour ses enfants. « Ils sont inscrits dans ce club depuis 2 ans et je dois dire que nous en sommes tous pleinement satisfaits ! », nous dit-elle. Même si une certaine mixité sociale s’est installée depuis quelque temps, le club inspire toujours une image de prestige auprès du grand public.

Rue du quartier Churchill

Entrée du Léo
Entrée du Léo 2
Club House Leo
Montre Loic
Terrain 4
Terrain 1
Terrain Léo
Terrain 2
Parking du Léo
Voiture de Loic
Loïc dans le restaurant
Comme chez soi
Vue d'ensemble Léo

Le fils à papa  

Loïc saisit son stick et commence son entrainement sur une partie du terrain. Entre deux coups, il nous explique qu’être catégorisé comme « gosse de riches » est tout aussi déplaisant que malsain. Le simple fait de l’évoquer lui rappelle une époque où le jeune homme a perdu pied, malgré la bonne éducation reçue de ses parents. « Avant, c’est vrai, on peut dire que j’étais le stéréotype du fils à papa. Je ne me rendais pas compte du comportement que j’avais. Je n’arrivais pas à comprendre que tout le monde n’avait pas la même chance que moi. Heureusement, grâce à mes amis qui m’ont remis les pieds sur terre, j’ai changé. »  Ce n’est pourtant pas le cas de tout le monde. On peut imaginer que beaucoup de jeunes, issus du même milieu, s’enferment dans une réalité biaisée en fréquentant uniquement des lieux ou des personnes de leur niveau. N’ayant donc aucun contact avec « le monde réel », difficile pour eux de s’adapter aux personnes plus modestes. « Je ne vais pas spécialement chercher des gens qui ont de l’argent, si la personne est sympa avec moi on peut discuter. Je ne fais pas attention à leur compte en banque. Je dirais qu’il faut plus regarder la personnalité plutôt que le portefeuille. Éviter de la juger ou de la critiquer au premier abord et essayer de prendre la peine de connaître un petit peu plus la personne. »  Depuis le bord du terrain, Victoria, la copine de Loïc, observe son compagnon jouer. Elle n’appartient pas « au milieu » comme on pourrait le dire vulgairement, mais elle avoue n’avoir jamais eu à se plaindre. D’apparence discrète et équilibrée, la jeune fille nous confie cependant que son mode de vie a quelque peu changé depuis leur rencontre. « Globalement, je vis de la même façon et je reste fidèle à moi-même. Le seul plaisir que l’on s’accorde ensemble, c’est de pouvoir s’offrir, de temps en temps, une soirée dans des restaurants gastronomiques. »  À la fin de cette séance d’entrainement, c’est tout naturellement que les joueurs se dirigent vers les vestiaires pour se changer, Loïc suit le mouvement.

Un long chemin parcouru, un travail acharné  

Une fois l’entrainement terminé et le matériel rangé, nous reprenons la route vers le domicile de Loïc situé à proximité de son lieu de travail, le restaurant “Comme chez soi”. Mondialement connu, c’est ici que des personnalités de renom, comme l’Empereur du Japon ou encore Lewis Hamilton, viennent apprécier la cuisine de Lionel Rigolet, beau-fils du célèbre Pierre Wynants. “Impossible d’être en retard, la maison est collée au restaurant !”, plaisante Loïc. Depuis plusieurs mois, le jeune homme occupe la fonction de sommelier au sein de l’établissement. Il m’emmène dans le sous-sol du restaurant. Derrière une porte blindée se cache l’une des caves à vins les plus prestigieuses d’Europe. Disposées sur de longues étagères, des bouteilles d’exception trônent fièrement derrière une vitrine, elle-même placée sous la surveillance d’une caméra. “Je travaille, certes dans le restaurant de mes parents, mais c’est bien la preuve que je ne profite pas de la richesse d’autrui. Dans ce restaurant, j’ai presque tout fait : du service en salle, en passant par le côté administratif ou même la plonge ! Aujourd’hui, j’ai cette chance de pouvoir travailler en tant que sommelier dans un restaurant étoilé et reconnu dans le monde entier.” Sur les murs de la cave, des photos de famille sont encadrées, témoignage exclusif de la fructueuse affaire familiale dont Loïc est aujourd’hui l’un des deux héritiers. Un avenir prometteur, mais qui ne s’annonce pas de tout repos. Car malgré tout, une bonne situation peut très vite basculer du mauvais côté.  

“Il faut beaucoup de chance pour réussir, mais le travail est d’autant plus important”

L. Rigolet

J’observe Loïc disposer, avec une grande précision, des verres d’une brillance immaculée sur une épaisse table en bois. Les délicieux parfums de la cuisine parviennent même jusqu’à embaumer la totalité de la cave. Des serviettes brodées habillent des assiettes design, dressées pour le service du soir. Comme chez soi, c’est une grande machine où chaque engrenage, chaque rouage est parfaitement huilé et imbriqué dans le système. Une réussite et une réputation que Loïc a l’intention de perpétuer.  “Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce au travail, mais surtout à l’empire construit par mon grand-père, Pierre Wynants. On a toujours travaillé dur pour garder cette vie-là.”   Loïc referme la lourde porte de la cave et nous raccompagne jusqu’à la sortie. Nous passons par une cuisine active, mais étonnamment silencieuse. Est-ce bien cela, la clef de la réussite ? La discrétion plutôt que l’exubérance. Loïc aura eu le mérite de rester quelqu’un de simple et d’ouvert en nous montrant cette image déstigmatisée d’un univers méconnu du commun des mortels.  

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